Kosovo : les tensions, 15 ans après la déclaration d’indépendance

Dans le centre de Gracanica, « enclave serbe » du Kosovo @ L

RFI – Accents d’Europe – 13.02.2023 – Audio – 5 min

Le 17 février 2008, le Kosovo déclarait son indépendance. Une indépendance qui n’est toujours pas reconnue par la Serbie. Alors que les Américains et Européens mettent la pression pour l’obtention d’un accord entre Belgrade et Pristina, les tensions se sont faites particulièrement vives, ces dernières semaines, notamment dans le nord à majorité serbe. Dans les enclaves serbes du sud du pays, une partie de la communauté dénonce l’insécurité qui la viserait. 24 ans après la guerre et les bombardements de l’Otan, comment ces Serbes vivent-ils les négociations actuelles, qui pourrait voir Belgrade être contraint de reconnaitre l’indépendance du pays ?

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Le reportage sur le site de RFI.

Albanie : «Dès que ce sera possible, j’irai au Royaume-Uni»

Une agence spécialisée dans les visas à Kukës @ LS

Tribune de Genève – 09.02.2022 – Article

Les jeunes du nord-est de l’Albanie émigrent en masse vers les côtes britanniques pour fuir la misère. Le sujet empoisonne les relations entre Londres et Tirana.

Les matchs de foot le dimanche : c’est l’une des seules distractions pour les jeunes hommes de la région de Kukës. Faute de perspectives, la jeunesse quitte massivement les montagnes arides qui entourent cette ville sans charme du nord-est de l’Albanie. «Ici, le salaire, c’est 250 francs suisses par mois, pour 8 heures de travail par jour, sept jours sur sept…», se désole Hasan, dans un stade de la ville flambant neuf, mais aux trois-quarts vide.

En 2019, ce natif de Kukës a payé 14’000 francs pour se cacher dans un camion à Calais, et entrer en Grande-Bretagne. Revenu il y a quelques semaines dans la grisaille de sa ville natale, ce jeune de 28 ans pense déjà repartir. «Ici, la plupart des gens n’ont aucune sécurité financière. Les salaires ne permettent pas de fonder une famille, ni de payer un loyer et les factures chaque mois…»

Comme Hasan, la plupart des garçons qui s’ennuient devant les télévisions des cafés enfumés n’attendent rien d’autre que de fuir la corruption et les salaires de misère de l’Albanie. Les vitrines des magasins de Kukës témoignent de l’exode en cours : des lignes de bus pour l’Allemagne, des aides pour obtenir un visa, des conseils juridiques en anglais…

«Le seul espoir, c’est de partir»

«L’espoir est mort en Albanie, on n’a plus aucun espoir que les choses s’améliorent ici», résume gravement Dull, emmitouflé dans sa doudoune. À 18 ans, ce grand brun élancé travaille dans le principal restaurant de la ville. «Le seul espoir qu’il y a, c’est de partir.» Depuis quelque temps, l’émigration vers la Grande-Bretagne est devenue le but ultime de cette jeunesse albanaise sans le sou. Sur TikTok, les «stories» anglaises des compatriotes partis ces dernières années font miroiter une vie luxueuse et facile, à des années-lumières de la morosité miséreuse de Kukës.

Pour réaliser leur rêve, les jeunes Albanais n’hésitent pas à mettre leur vie en danger, en embarquant sur les bateaux pneumatiques des passeurs depuis le nord de la France. En un an, ils ont été ainsi plus de 15’000 à franchir la Manche, soit près d’un tiers des traversées. Les Albanais sont aujourd’hui la première nationalité parmi les arrivées illégales sur le sol britannique.

Il y a quelques semaines, Dull faisait partie des candidats au départ sur les plages de Dunkerque. «Cette nuit-là, on était environ 2 000 jeunes Albanais à attendre pour passer en Grande-Bretagne. Ça devait me coûter entre 3 et 4 000 pounds. Mais bon, il y a eu beaucoup de contrôles, les bateaux ont été saisis par la police française, et on n’a pas pu partir. Mais dès que ce sera possible, je repartirai.»

Réseaux de trafiquants

Face au nombre record de «small boats», certains politiciens britanniques n’ont pas hésité à parler «d’invasion», dans une surenchère médiatique aux relents xénophobes. En décembre, Londres a annoncé un traitement accéléré des demandes d’asile albanaises ainsi que des renvois massifs vers Tirana. Pas sûr cependant que cette politique répressive suffise à dissiper le rêve anglais de la jeunesse de Kukës.

«L’espoir est mort en Albanie.» Dull, 18 ans

«Selon la Banque Mondiale, 70 % des Albanais sont en situation de risque de pauvreté relative, et le nord-est du pays est particulièrement concerné», explique le démographe Ilir Kalemaj. «L’une des seules solutions pour cette jeunesse non qualifiée, c’est de s’endetter pour payer les passeurs, et aller travailler au noir en Angleterre, où une petite partie d’entre eux va malheureusement être employée dans les serres de cannabis.»

Alors que les zodiacs se succédaient sur la Manche, le ton n’a cessé de monter entre les gouvernements britannique et albanais, chacun se rejetant la responsabilité du pic migratoire. Mais derrière cette crise diplomatique inédite, Londres s’inquiéterait aussi de la montée en puissance des trafiquants albanais sur son territoire. «Nous, on est un petit peuple, et on n’est pas des criminels comme le prétend le gouvernement anglais, surtout, en Angleterre, il y a des organisations criminelles bien plus puissantes que les petits groupes albanais», s’indigne Altin, lui aussi natif de Kukës.

Ce trentenaire a payé 13’000 francs pour monter dans un camion et travailler quelques années dans le BTP à Birmingham. Selon lui, l’exode actuel est aussi amplifié par les relations troubles qu’entretient la classe politique albanaise avec le crime organisé. Les affaires mêlant de hauts responsables albanais avec le milieu criminel font régulièrement la une à Tirana.

«Ici en Albanie, le crime organisé est bien plus dangereux qu’en Grande-Bretagne…», souffle Altin. «C’est aussi pour ça que les jeunes veulent partir! Il n’y a pas de sécurité ici. Mais la réalité en Angleterre n’a rien à voir avec la vie de rêve qu’on espère.» Selon des ONG britanniques, plusieurs centaines de mineurs albanais auraient disparu de leurs centres d’accueil ces derniers mois. Ces enfants auraient été kidnappés devant les portes de leurs hôtels par les trafiquants de drogue.

Le reportage sue le site de la Tribune de Genève.

Littérature en ex-Yougoslavie : l’héritage d’Ivo Andric, objet des passions nationalistes

Enes Skrgo se bat pour rendre hommage à l’écrivain Ivo Andric @ LS

RFI – Accents d’Europe – 02.02.2022 – Audio – 5 min

Quelle place pour la littérature du passé dans les pays d’ex-Yougoslavie ? Dans une région minée par l’idéologie nationaliste, certains auteurs et leurs œuvres font les frais des tensions communautaires contemporaines. C’est le cas d’Ivo Andric, l’écrivain le plus connu des écrivains yougoslaves. Près de 50 ans après sa mort, les écrits et le parcours de ce géant de la littérature européenne divise toujours les Slaves du Sud.


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Le reportage sur le site de RFI.

Dure à sa frontière, la Croatie gagne sa place dans Schengen

La police croate doit surveiller plus de 1 300km de frontière terrestre @ LS

Tribune de Genève – 05.01.2023 – Article

Bien que dénoncée par les ONG, la Croatie se voit récompensée pour la gestion très ferme de ses frontières. Elle est depuis dimanche le 27e membre de l’Espace Schengen.

Une brume épaisse recouvre les forêts du massif de Pljesevica. Situées à 140 km au sud de Zagreb, ces montagnes enneigées séparent la Croatie de la Bosnie-Herzégovine. Depuis 2013, la frontière est aussi celle de l’Union européenne. «Au pied de ces montagnes, côté bosnien, se trouve un camp de migrants qu’on ne peut pas voir maintenant à cause des conditions météo», explique Mladen Matovinovic, le chef de la police des frontières dans le canton de Lika-Senj.

«C’est l’un des plus anciens camps de la région et, en ce moment, il y a environ 200, 300 migrants qui attendent le bon moment pour tenter d’entrer chez nous en République de Croatie.» Le long des chemins de terre qui parcourent les sous-bois, de nombreuses caméras thermiques détectent le moindre mouvement. Elles donnent l’alerte à la police croate, à l’affût dans ses 4×4 prêts à intervenir.

Depuis six ans, la Croatie est devenue l’un des principaux points d’entrée des migrants qui tentent de rejoindre certains pays d’Europe de l’Ouest, en empruntant la route des Balkans. À partir du 1er janvier, les quelque 1300km de frontières terrestres croates deviennent aussi celles de la zone Schengen, et ses 420 millions d’habitants.

Frappés et violés

«En tant que pays membre de l’UE, nous avions déjà une responsabilité assez importante. En entrant dans l’Espace Schengen, nous prenons en charge la frontière extérieure de l’Union européenne et nous sommes prêts», affirme le chef policier, en patrouillant à quelques mètres du territoire bosnien. «Nous y travaillons depuis longtemps et nous nous sommes préparés de plusieurs façons.»

Parmi les méthodes utilisées par la police croate: les refoulements directement à la frontière. Ces pushbacks, qui empêchent les migrants de déposer une demande d’asile dans le pays, Omar dit les avoir subis près d’une vingtaine de fois. Ce jeune Palestinien originaire de Gaza a passé plus d’un an en Bosnie-Herzégovine avant de réussir à entrer sur le territoire croate.

«Moi, je n’ai pas été brutalisé, mais plusieurs de mes amis ont été frappés», raconte-t-il, après avoir profité d’un repas chaud sous une tente montée par la Croix-Rouge dans le centre de Zagreb. «J’ai pu le voir lors de mes différentes tentatives: d’abord ils récupéraient les téléphones, ils les cassaient, puis ils sortaient leurs bâtons et ils frappaient certains migrants avant de les renvoyer brutalement en Bosnie.» Comme la plupart des migrants qui parviennent à entrer en Croatie (en majorité des Afghans et des Syriens), Omar compte poursuivre sa route vers la Slovénie, avec l’Allemagne comme objectif final.

Colère des ONG

Si elle semble s’être tempérée ces dernières semaines, cette gestion très ferme de la frontière se retrouve au cœur d’un bras de fer entre l’État croate et les défenseurs des droits humains. Amnesty International dénonce ainsi depuis de nombreuses années des violences systématiques et des actes de torture de la part de la police croate. «Nous avons recensé des situations où des personnes ont été violées, où on les a battues ou visées par des décharges électriques», accuse ainsi la juriste Antonia Pindulic, qui travaille pour le Centre d’études pour la paix de Zagreb (CPS).

«Certaines fois, une arme à feu a été utilisée pour leur tirer dessus au niveau des oreilles ou à côté des jambes. Donc oui: c’est évident que la torture à nos frontières a atteint des niveaux effroyables et terrifiants.» Des mauvais traitements mis en évidence l’an dernier par une enquête filmée du collectif de journalistes européen Lighthouse Reports.

Mais ces polémiques sur le respect des droits fondamentaux n’ont pas empêché la Croatie d’obtenir le feu vert pour entrer dans l’Espace Schengen au 1er janvier. Mis sur pied à l’été 2021, le «mécanisme indépendant de surveillance des droits humains» semble avoir satisfait les dirigeants européens qui font confiance au gouvernement conservateur pour surveiller la frontière.

«Pas de preuves concrètes»

«À ces accusations de traitements inhumains, je réponds qu’il n’y a pas beaucoup de preuves concrètes», réplique ainsi Terezija Gras, secrétaire d’État aux affaires intérieures. «Nous sommes conscients que lors de la surveillance d’une frontière aussi longue, des défaillances individuelles peuvent toujours se produire, mais dès le premier jour où nous avons été confrontés à des accusations, nous avons commencé à prendre toutes les mesures pertinentes, et aujourd’hui je pense que la Croatie est l’un des États membres qui peut servir d’exemple à d’autres.»

Selon l’agence Frontex, près de 140’000 personnes ont emprunté la route des Balkans entre janvier et novembre 2021, ce qui en fait la principale voie d’accès illégale vers la zone Schengen.

Le reportage sur le site de la Tribune de Genève.

La Croatie passe à l’euro, les Croates s’inquiètent

Billets d’euros et les derniers kunas @ LS

France Inter – Un Jour dans le Monde – 02.01.2023 – Audio – 5 min

Depuis le 1er janvier, la Croatie est officiellement dans le zone euro. Si les dirigeants se félicitent de cette nouvelle intégration à l’économie européenne, ce changement de monnaie ne suscite pas vraiment l’enthousiasme de la population.

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Le reportage sur le site de France Inter.

La Croatie face au déclin démographie

Dans le centre de Zagreb fin décembre 2022 @ LS

RTS – Tout un Monde – 26.12.2022 – Audio – 5 min

L’Europe vieillit : sur les 450 millions de personnes de l’Union Européenne, une sur cinq est âgée de plus de 65 ans et le phénomène va s’accentuer encore dans les prochaines années. Les Balkans sont particulièrement touchés par le déclin démographique : en cause, le vieillissement de la population, mais aussi la baisse de la natalité et l’émigration. En Croatie, le phénomène est particulièrement rapide.

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Le reportage sur le site de la RTS.

La Bosnie-Herzégovine toque à la porte de l’UE après sept ans d’attente

Devant la délégation de l’UE à Sarajevo @ LS

Libération – 13.12.2022 – Article

Dans le contexte de la guerre en Ukraine, la Bosnie vient de se voir accorder le statut de candidat à l’adhésion. A Sarajevo, on salue cette décision, sans illusion sur la suite.

Près de sept ans après le dépôt de sa candidature, la Bosnie-Herzégovine est enfin reconnue comme candidate à l’adhésion par l’Union européenne (UE). Les ministres des Affaires européennes de l’UE ont approuvé mardi l’octroi du statut, ont affirmé des sources diplomatiques à l’Agence France-Presse. La décision devrait être formellement endossée par les dirigeants lors d’un sommet jeudi. Si elle ne monopolise pas les conversations de Sarajevo, la décision a tout de même fait le tour de la capitale bosnienne, si peu habituée aux bonnes nouvelles. «Ce statut de candidat, c’est quelque chose de positif, je pense que ça peut faire avancer beaucoup de choses ici, espère ainsi Elmar, 19 ans, qui finit sa scolarité dans le quartier de Dobrinja. Ça peut nous pousser à améliorer le fonctionnement de nos institutions, comme la présidence, c’est le plus gros problème de la Bosnie-Herzégovine.»

Les 3 millions de Bosniens s’inquiètent surtout, en ce moment, des conséquences de la crise énergétique. Chômage, marasme économique et inflation à plus de 17 % : à l’aube d’un hiver difficile, beaucoup voient d’un bon œil ce rapprochement, même limité, avec l’UE, deuxième puissance économique mondiale. «Le quotidien est dur en ce moment, donc ça pourrait amener du mieux, veut ainsi croire Tamara, une avocate de 39 ans qui habite à Sarajevo Est, dans l’entité serbe du pays. Peut-être que ça améliorera un peu la situation économique avec des créations d’emplois. Comme ça, les gens auront plus de possibilités de travailler et ils ne seront plus obligés d’émigrer.» Entre 2013 et 2019, faute de perspectives, près d’un demi-million de Bosniens sont partis chercher une vie meilleure ailleurs, notamment en Allemagne.

Un projet partagé

Dans un pays miné par les divisions, la perspective européenne est l’un des rares projets que semblent partager les différentes communautés. Il y a un an, les menaces de sécession agitées par les dirigeants de la République serbe de Bosnie ont fait craindre un retour des violences, vingt-sept ans après la fin d’une effroyable guerre qui a fait plus de 100 000 morts et 2 millions de déplacés. «Cette décision de l’UE, c’est une bonne chose, les politiciens ne parleront plus seulement de nationalisme, mais ils pourront aussi s’occuper des fonds européens, lance ainsi Marko, un ouvrier du BTP de Sarajevo Est. Les gens commenceront peut-être à penser de façon plus positive. Aujourd’hui, on se dit juste : “Pourvu que ce qui nous est arrivé il y a trente ans ne se répète pas.” Quand un homme travaille, il ne pense pas à des choses stupides, mais quand il ne fait rien et qu’il y a de la manipulation politique, tout peut arriver.»

Si les Bosniens restent plutôt favorables au projet européen, celui-ci a largement perdu de son aura au fil des années. La lenteur du processus d’élargissement mais aussi certains compromis de la diplomatie européenne avec des chefs nationalistes corrompus ont déçu les partisans d’une Bosnie démocratique. Les quotas ethniques requis par la Constitution leur semblent incompatibles avec les valeurs européennes. «En tant que Bosnien, Rom, Juif ou autres, on ne peut pas candidater au poste de la présidence de la Bosnie-Herzégovine ni être élu député à la Chambre des peuples, si on ne se déclare pas membre de l’une des trois communautés ethniques : bosniaque, serbe ou croate, dénonce ainsi Suad Dozic, animateur de l’initiative citoyenne Restart. Il s’agit d’une discrimination manifeste qui a fait l’objet de plusieurs condamnations par la Cour européenne des droits de l’homme. Mais ici, la communauté internationale et le haut représentant ne font rien pour changer cela. Au contraire, ils travaillent à diviser davantage le pays.»

Divisions communautaires attisées

Loin de répondre aux demandes des Européens, les partis ethnonationalistes au pouvoir depuis vingt ans se sont surtout efforcés d’attiser les divisions communautaires pour conserver le pouvoir. Mais dans le contexte de la guerre en Ukraine, la proximité affichée de l’actuel président de la Republika Srpska, l’entité serbe de Bosnie, avec Vladimir Poutine a poussé les dirigeants européens à passer outre leurs exigences et envoyer un message politique.

«Si la Bosnie-Herzégovine obtient le statut de candidat, c’est seulement parce que l’UE veut éviter que la Russie n’accroisse son influence dans le pays, résume la politologue Ivana Maric. Au cours des quatre dernières années, la Bosnie-Herzégovine n’a fait aucun progrès sur les quatorze conditions posées par l’UE : aucune d’entre elles n’a été remplie.» Réforme du système judiciaire, lutte contre la corruption et la criminalité organisée ou encore garanties concernant la liberté d’expression… Des conditions qui paraissent autant d’obstacles encore insurmontables, pour l’heure, pour le système politique bosnien.

Le reporage sur le site de Libération.

L’Albanie, le nouveau paradis des randonneurs

Sous l’empire ottoman, cette région isolée a servi de refuges à des familles catholiques @ LS

Tribune de Genève – 26.11.2022 – Article

Le nombre de voyageurs explose dans le nord de l’Albanie. Une manne économique pour cette région longtemps isolée.

Avec leurs sommets menaçants et leurs forêts en pente raide, celles que l’on appelle les «montagnes maudites» semblent encercler les voyageurs. Parti à vélo depuis la Belgique, Maxime ne regrette pas d’avoir grimpé les impitoyables cols du nord de l’Albanie, avec son chien dans les bagages. «C’est une amie albanaise qui m’a dit de venir ici, et là je prends une claque, c’est juste fou!» s’enthousiasme cet ingénieur-voyageur de 29 ans. «En général, quand on regarde des photos avant un voyage, elles sont toujours retouchées, donc sur place, on est parfois un peu déçu. Mais ici, c’est juste incroyable.»

Sur les chemins de Theth, baignés par le soleil automnal, Maxime n’est pas le seul à s’émerveiller des paysages grandioses des Alpes albanaises. La saison touristique touche à sa fin, mais l’anglais résonne encore dans les «butjina», les gîtes, de la vallée. Et notamment dans celui d’Alvaro Dreni qui supervise ses travaux d’agrandissement.

«J’ai travaillé neuf ans aux États-Unis, et c’était bien pour faire de l’argent, mais mon esprit était ici», explique cet enfant du pays de 47 ans au sourire généreux. «Je pensais aux belles ressources de notre région, où mes ancêtres ont vécu, et je voulais revenir pour investir dans le tourisme. En quatre ans, je suis passé de 6 à 20 chambres, et la demande est en hausse constante.»

Manne

Il y a encore quelques années, seuls les randonneurs étrangers s’aventuraient dans ces montagnes difficiles d’accès. Avec ces reliefs redoutables, la région a servi de refuge aux familles catholiques albanaises qui refusaient de se convertir à l’islam sous les Ottomans, il y a 400 ans. Leurs siècles de vie en autarcie ont forgé la légende des Alpes albanaises, et ils ont aussi suscité la curiosité des visiteurs.

«Au début, les habitants ne comprenaient pas pourquoi les touristes venaient randonner ici», sourit ainsi Pavlin Polia. Cet ancien guide touristique de 41 ans a lui aussi transformé en gîte la maison familiale, située tout près de l’église de Theth. «Ils étaient encore imprégnés de la mentalité communiste, et ils leur demandaient, sceptiques: «Mais qui vous a payés pour venir marcher ici?» Et les touristes rigolaient: «Mais c’est nous qui avons payé pour randonner ici!»

Une époque déjà bien lointaine. Avec près de 6 millions de visiteurs, 2022 est une nouvelle année record pour le tourisme en Albanie. Le secteur pèse désormais plus de 20% du PIB local. Ce boom économique transforme le pays, et notamment la région de Theth.

Le «cœur des Alpes albanaises» est l’une des attractions des agences touristiques, et les cars de randonneurs se succèdent d’avril à octobre sur la route récemment goudronnée. La manne touristique permet d’améliorer un peu le quotidien des familles les plus pauvres. Loin du confort de la modernité, elles ont survécu aux durs hivers grâce à une petite agriculture de subsistance.

«Ce sont des conditions de vie primitives!» lance ainsi Perla, une fermière de 72 ans, élégamment coiffée, qui ne dispose d’un frigo que depuis cinq ans. «Je n’ai pas eu une vie facile, mais aujourd’hui, avec les touristes, je peux vendre mon vin et mon fromage aux gîtes.»

Patrimoine en danger

Alors que cinq familles seulement vivaient encore à Theth dans les années 90, elles sont aujourd’hui une trentaine à y résider toute l’année, même quand la neige coupe la région du reste du monde. La plupart agrandissent la demeure familiale pour répondre aux flux de visiteurs. Car depuis la pandémie, les Albanais se pressent eux aussi pour découvrir les cascades et les canyons de la vallée.

Mais dans un pays où le salaire moyen est de 550 euros par mois, séjourner à Theth n’est pas accessible à tous. «Pour nous les Albanais, c’est un peu difficile», admet Pal, 31 ans, venu avec sa femme depuis Tirana. «Il faut mettre beaucoup d’argent de côté pour venir, peut-être une fois dans l’année. Et pour certains Albanais, c’est même impossible.»

Tandis que les hôtels poussent comme des champignons, les maisons en vieilles pierres disparaissent des paysages de Theth et, avec elles, une partie de l’identité de la région. «Il faut que les habitants répondent à ce flux de touristes en leur offrant ce qu’ils possèdent d’unique, pas des choses que les visiteurs peuvent trouver partout ailleurs», s’inquiète Liridona Ura de l’ONG GO2 Albania.

«Les Alpes albanaises et le tourisme ne pourront être protégés que si l’on ne détruit pas le territoire et que l’on préserve son authenticité.» Dans un pays où l’État de droit reste faible, pas sûr que les autorités parviendront à sauver à temps ce patrimoine albanais. Alors qu’elles prédisaient une capacité d’accueil de 1500 lits d’ici à 2030, la barre des 2000 lits a déjà été atteinte cette année à Theth.

Le reportage sur le site de la Tribune de Genève.

Le Monténégro dépendant du charbon

RFI – Accents d’Europe – 07.11.2022 – Audio – 5 min

Le charbon revient en force en Europe en raison des prix qui flambent et de la rareté des ressources. Ses émissions polluantes sont pourtant responsables de dizaines de milliers de morts prématurées sur le continent. Mais au Monténegro, l’unique centrale de Pljevlja qui assure la moitié de l’électricité du pays n’est pas près de fermer…

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Le reportage sur le site de RFI (à 02’30).

Biodiversité marine en danger en Albanie

Scientifiques et écologistes tentent de sensibiliser les pêcheurs à la préservation des espèces en danger @ LS

France Inter – Un Jour dans le Monde – 16.11.2022 – Audio – 5 min

Malgré des paysages à couper le souffle, l’Albanie est considérée comme l’un des pays ayant le taux de perte de biodiversité le plus élevé d’Europe. Une tendance aggravée par l’absence d’études approfondies et de données sur les espèces marines du pays. De nombreuses espèces en danger d’extinction y sont menacées par la pollution et surtout, la surpêche, quasiment incontrôlée en Albanie. A Vlora, dans le sud de pays, un spécialiste des requins tente de sensibiliser les pêcheurs locaux.

Écouter :

Le reportage sur le site de France Inter.