En Albanie, la démolition du théâtre national suscite l’indignation

Les ruines du theatre national de Tirana @ LS

Libération – 20.05.2020 – Article

Dimanche, les autorités ont choisi de détruire le vieux théâtre de Tirana, en pleine nuit et en pleine pandémie. Impardonnable pour des milliers d’Albanais, qui protestent à nouveau ce mercredi contre la dérive dictatoriale en cours.

«Nous sommes le théâtre.» Dans une atmosphère lourde, oscillant entre colère et tristesse, ils sont des centaines, souvent munis de pancartes, à converger vers le centre de Tirana. Une banderole jaune est déployée, on peut y lire : «Scène de crime». Derrière, l’importante présence des forces de police ne réussit pas à masquer les ruines du théâtre national. Les images de la destruction du monument par les autorités, dimanche à 4h30 du matin, ont choqué beaucoup d’Albanais. «Le théâtre était quelque chose qui nous rassemblait, déplore Xhemal, un jeune biologiste, au bord des larmes. C’était l’art ! Les comédiens ont sacrifié leur vie pour nous émanciper. Loin de reconnaître ce travail, les institutions le méprisent totalement.» Dans les gravats, on distingue des bouts de costumes ou des affiches des dernières représentations.

Témoins des premiers procès instaurés par la dictature stalinienne qu’a connue l’Albanie jusqu’en 1991, les planches du théâtre ont fait vibrer la vie culturelle pendant plus de soixante-dix ans. Faute d’investissements, l’édifice, inauguré en 1939 lors de l’occupation du pays par l’Italie de Mussolini, tombait lentement en décrépitude. Depuis près de deux ans et demi, l’Alliance pour la protection du théâtre tentait chaque soir de secouer les consciences pour éviter sa disparition. L’ONG Europa Nostra, pour la sauvegarde du patrimoine culturel du continent, l’avait récemment placé en tête de sa liste des monuments menacés.

Promesses non tenues

Alors que la municipalité appelle à la réconciliation et tente de calmer le jeu en présentant le projet de nouveau théâtre élaboré par l’agence danoise de «l’archi-star» Bjarke Ingels, les manifestants crient à la mascarade. Ils pointent l’absence d’appel d’offres et le manque de transparence. Juché sur une scène de fortune devant la foule, le metteur en scène Robert Budina demande justice. «Ils l’ont détruit juste au moment où nous avions trouvé l’argent en Europe pour le restaurer, et là, leur projet va coûter 30 millions d’euros aux Albanais, assure-t-il. Ils ont un autre projet, ce n’est pas de construire un nouveau théâtre, mais des tours [gratte-ciel, ndlr]. Du business. C’est ça le but du gouvernement.»

Au-delà de l’attachement sentimental ou de la valeur architecturale du bâtiment, beaucoup de manifestants sont venus exprimer leurs inquiétudes quant à la politique du Premier ministre socialiste, Edi Rama. Difficile aujourd’hui d’imaginer que cet artiste et homme politique suscitait l’espoir de la jeunesse lors de son élection à la tête du pays, en 2013. Les promesses de lutte contre la corruption et les inégalités n’ont pas été tenues, et des centaines de milliers d’Albanais ont quitté le pays ces dernières années. L’interminable réforme de la justice, voulue par l’Union européenne, n’inspire pas confiance aux citoyens.

Les dernières élections locales ont vu souvent le Parti socialiste concourir seul, sans opposition. Pire, ce pro-européen proche du président turc est accusé de servir les intérêts des «oligarques» du BTP, et de sombrer dans l’autoritarisme. Alors que l’Albanie ne recense même pas 1 000 cas de Covid-19, le Premier ministre a imposé des lois particulièrement liberticides, avec autorisation de la police pour aller faire ses courses et couvre-feu à 13 heures. Le week-end de la destruction du théâtre, la circulation automobile était interdite à Tirana.

«Libérer l’Etat»

Les lignes rouges de la démocratie ont-elles été franchies ? Oui, répond sans hésiter Ida Obiqi, 31 ans. «Nous ne sommes pas là seulement pour l’art, mais pour résister, clame la jeune femme, tragique. La dictature, ce n’est pas seulement le communisme que l’on a subi. La dictature, ça peut arriver dans tous les pays, même pluralistes, s’il y a des escrocs à la tête de l’Etat. C’est pour ça qu’aujourd’hui, on crie « A bas la dictature ».»

Intellectuel passé par les geôles du régime communiste, Fatos Lubonja voit dans les ruines du théâtre le point culminant des tensions politiques et sociales de ces dernières années. «Pour beaucoup d’Albanais, cette destruction est un coup très dur, dit-il. Pas seulement contre leur mémoire historique, leur identité, mais aussi contre leur dignité et leurs libertés.» Cet infatigable contempteur de la classe politique en appelle à un «mouvement citoyen» afin de «libérer l’État capturé par le crime organisé et de refonder les conditions d’un pluralisme politique d’un État de droit.»

Loin de jouer l’apaisement, le Premier ministre s’est montré inflexible. «La démocratie, c’est une participation à un débat, pas une imposition tyrannique de la part d’une minorité, avec des menaces de chantage et de violence», a répliqué Edi Rama sur les plateaux de télévision. Dans ce nouvel acte d’une démocratie albanaise à la dérive, la récession économique qui commence risque d’étouffer encore plus les espoirs de changement.

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Albanie: manifestation à Tirana après la destruction du Théâtre national

Manifestation contre la destruction du theatre national @ LS

RFI – Info – 18.05.2020 – 1’20 min – Audio

Plusieurs milliers d’Albanais ont manifesté ce lundi 18 mai contre une dérive dictatoriale du Premier ministre socialiste Edi Rama, après la destruction du Théâtre national.

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Le reportage original ici.

Au Monténégro, une piste d’atterrissage désormais sûre pour les oiseaux d’Europe

Situee sur la voie de l Adriatique, la saline d'Ulcinj est une etape importante des oiseaux migrateurs vers l Europe
Située sur la « voie de l’Adriatique », la saline d’Ulcinj est une étape importante des oiseaux migrateurs vers l’Europe @ LS

Equal Times – 22.04.2020 – Article

Menacée par un méga projet d’urbanisation touristique, la saline d’Ulcinj est désormais protégée. Une bonne nouvelle pour cette importante réserve de biosphère de l’Adriatique. Reste maintenant à redémarrer la production de sel et donner des perspectives durables et favorables aux oiseaux comme aux humains.

Le sourire resplendissant, Jovana Janjušević regarde amoureusement les différents bassins d’eau qui l’entourent. Devant la responsable du Centre pour la recherche et la protection des oiseaux (CZIP) au Monténégro, des dizaines de flamants roses sondent les eaux salées avec leurs becs recourbés. « Ces dernières années, j’ai tellement pleuré pour cette saline, mais aujourd’hui tout est rose ! », s’exclame la jeune femme. « Nous sommes vraiment optimistes, quand nous nous rappelons le nombre d’obstacles que nous avons surmontés. Nous avons réussi à protéger ce site qu’il était impensable de protéger. Donc, tout est possible ! »

Autrefois propriété de la République fédérative socialiste de Yougoslavie (RFSY), les salins d’Ulcinj ont bien failli faire les frais de l’explosion du tourisme de masse dans ce petit pays méditerranéen aux reliefs imposants. Partout sur la côte monténégrine, des hôtels et des complexes touristiques ont dévasté les criques et les forêts de pins maritimes. À Ulcinj, qui se trouve sur la côte tout proche de la frontière avec l’Albanie, Zenepa Lika est une ancienne élue au conseil municipal qui s’est battue contre les projets d’urbanisation de la saline, notamment en fondant l’association environnementale Martin Schneider-Jacoby (MSJA).

« En 2007, il est devenu clair pourquoi la saline a été privatisée et dans quel but  », dénonce cette ancienne architecte. « À savoir : transformer cette zone en terrain constructible. Leur idée était en fait de construire un « eco-resort » ici, avec des terrains de golf et une petite production de sel. Mais nous savions très bien qu’il ne pouvait pas y avoir de « petite production de sel” parce que les hôtes de luxe de cet hôtel n’auraient aucune envie d’avoir du bruit ni d’une vraie production. » Des projets d’aménagement touristique, soutenus par le gouvernement de l’époque, qui ont coïncidé avec la privatisation des salins, puis leur mise en faillite en 2013, dans des opérations financières peu transparentes.

Le gîte et le couvert sur 1.500 hectares de marais

Située dans les Balkans en face de l’Italie, aux confins du Monténégro, la saline d’Ulcinj s’inscrit dans un triangle naturel exceptionnel, entre fleuve, mer et montagnes. Un cadre particulièrement favorable à la biodiversité européenne. Oiseaux, reptiles, mais aussi plantes et insectes s’épanouissent dans cette ancienne lagune, façonnée par les humains dans les années 1930. Grâce au travail des sauniers, les récolteurs du sel, les oiseaux trouvent le « gîte et le couvert » dans les eaux chaudes et peu profondes des marais salants. Pour en extraire le sel, il faut en effet maintenir des niveaux d’eau stables et favoriser différents degrés de salinité de l’eau, grâce au pompage de l’eau de mer, toute proche. Cette eau salée est déversée dans les différents bassins et apporte une grande quantité de planctons, crustacés et petits poissons, qui répondent aux besoins des différentes espèces d’oiseaux. La constance des niveaux d’eau et la faible présence des prédateurs favorisent aussi la reproduction.

Les 1.500 hectares des marais salants d’Ulcinj, Jovana les parcourt depuis des années, et toujours avec ses jumelles. «  Nous essayons de calculer le nombre d’oiseaux qui nichent ici, qui utilisent ce lieu comme une étape dans leur migration », explique-t-elle, en observant un groupe de pélicans frisés, une espèce considérée comme vulnérable, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

« Nous le comparons avec l’aéroport le plus fréquenté d’Europe, qui est Heathrow à Londres et nous avons calculé que la saline est 50 fois plus importante pour les oiseaux que Heathrow l’est pour les humains. Ici, nous recensons plus de 250 espèces, ce qui est la moitié des espèces d’oiseaux européens ! Et ils sont présents en grand nombre. »

Les salins d’Ulcinj sont l’une des principales étapes de la migration de l’Adriatique, troisième voie de migration pour les oiseaux d’Europe qui hivernent en Afrique.

Mais avec l’arrêt des récoltes de sel en 2013, ces marais salants ont perdu de leur attrait pour de nombreuses espèces. La couleur rouge rosé qui teinte habituellement l’eau de certains bassins, due à leur salinité élevée, a disparu. « Malheureusement, la saline a fait faillite », déplore Jovana. « Le sel n’est plus produit en ce moment, ce qui est très dommageable pour l’ensemble des infrastructures, à cause de l’érosion, de l’effondrement des digues et des canaux et de tout l’équipement. Pour le moment, les oiseaux aussi sont menacés. »

La tragédie de la fin de l’exploitation du sel

Après le licenciement des employés, la saline n’a pas été entretenue et l’équilibre des différents bassins a été bouleversé. Certains oiseaux ont déserté le site, n’y trouvant plus les niveaux d’eau habituels. Le nombre d’échasses blanches, cet oiseau si typique des marais salants, a par exemple chuté de 100 couples au début des années 1990 à, à peine, 50 en 2017.

L’état actuel de la saline, qui a cessé son activité en 2013, Shaban Muça est l’un des premiers à le déplorer. Près de la pompe principale qui sert à alimenter les marais en eau salée, cet ancien employé travaille encore dans la saline, non plus pour en extraire « l’or blanc », mais pour assurer la protection du site. La fermeture de l’entreprise, lui et ses collègues l’ont vécu comme une « tragédie ».

Du temps de son âge d’or, des années 1950 aux années 2000, travailler à la « solana », à la saline, était une fierté dans la région. Quelques 40.000 tonnes de sel étaient produites ici chaque année, soit plus de 60 % de la production de la Yougoslavie. « Un sel complètement naturel et de qualité supérieure », assure Shaban, nostalgique. Avec plus de 400 employés, les marais salants d’Ulcinj étaient le centre économique du sud du Monténégro.

« À cette époque, quand le sel était produit, il y avait peut-être encore plus d’oiseaux  », se souvient cet homme imposant. « Surtout les flamants roses parce qu’ils recherchent certaines couches de sel dans lesquelles ils trouvent leur nourriture. »

Le retour de la production de sel ? Shaban n’ose encore y croire. Les anciens employés ont beaucoup souffert des spéculations autour de la saline, leur « deuxième maison ».

Pourtant aujourd’hui, les défenseurs des salins d’Ulcinj peuvent se montrer optimistes. Après 15 ans de bataille diplomatique, menée par les ONG et les pressions de l’Union européenne sur le gouvernement monténégrin, cet « aéroport des oiseaux d’Europe » a été déclaré parc naturel en juin 2019. Une décision qui a mis fin aux projets d’urbanisation et de gigantesque hôtel de luxe.

Éco-tourisme et développement durable

Pour restaurer efficacement le site, les ONG misent, bien sûr, sur la reprise de la production de sel, mais aussi sur l’éco-tourisme et le développement d’activités durables. Et pour que cela fonctionne, elles veulent impliquer les habitants d’Ulcinj dans le projet de zone protégée. Au programme : formation de guides touristiques, développement des bains de boue, valorisation de l’artisanat local ou vente de produits naturels.

Une perspective qui redonne de l’espoir à Indira Tafa dont l’huile d’olive est fabriquée selon des méthodes traditionnelles et à partir d’oliviers centenaires. « Dans la région, il y a peu de possibilités d’emploi pour des gens comme moi, très peu », lâche cette mère de famille d’une cinquantaine d’année, dont le mari était employé à la saline.

« J’espère que ça va changer, et que je pourrais travailler un peu plus, tout en apportant ma contribution citoyenne à ce parc, pour améliorer les choses. »

Au Monténégro, la transition économique qui a suivi l’effondrement de la Yougoslavie est loin de bénéficier à tout le monde. Le pays est lourdement endetté et le tourisme de masse reste l’un des principaux moteurs de l’économie, soutenu par les autorités. Les initiatives qui mêlent tourisme, protection de la nature et inclusion des populations locales restent rares.

Dans les marais salants d’Ulcinj, il faudra encore du temps avant que ne soit rétablie l’harmonie qui existait entre les oiseaux et le travail des humains. Mais Jovana Janjušević y croit. Ces derniers mois, la saline a rouvert ses portes : des ornithologues amateurs ou de simples curieux de nature y viennent louer les vélos apportés par les ONG afin de parcourir les marais. « Quand on a commencé à promouvoir la saline, personne ne venait ici. Mais aujourd’hui, nous avons plus de 500 visiteurs par mois. Nous n’en voulons pas beaucoup plus bien sûr, mais ça montre qu’il y a un intérêt pour ce site et qu’il y a des opportunités pour développer ces initiatives qui peuvent bénéficier et redonner de la fierté aux communautés locales. »

Faire de la saline d’Ulcinj, la nouvelle Camargue des Balkans, Jovana en rêve. Grâce au soutien d’ONG internationales comme EuroNatur ou la fondation Mava, les marais salants d’Ulcinj pourraient être bientôt inscrits comme un site Ramsar, le principal traité international pour la protection des zones humides. Pour les flamants roses, comme pour les sauniers d’Ulcinj, des lendemains meilleurs s’annoncent.

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Lʹarchéologie : science des identités plurielles?

Excursion d'un groupe d'archéologues au site d'Apollonia en mars 2020 @ LS
Excursion d’un groupe d’archéologues au site d’Apollonia en mars 2020 @ LS

RTS – Point de Fuite – 13.04.2020 – 30 min – Audio

Apollonia, très bien préservé, est le plus beau site archéologique d’Albanie. Ses vestiges, son musée, sa situation, racontent le carrefour de cultures méditerranéennes et européennes qu’est la région. Grecque, romaine, byzantine, ottomane, vénitienne, l’Albanie a vu passer ces différentes civilisations tout en préservant une identité spécifique: celle des Illyriens. Un peuple encore un peu mystérieux, qui aurait vécu dans la région avant les Grecs anciens, et dont se réclament les Albanais d’aujourd’hui. La langue des Illyriens serait à l’origine de l’albanais moderne. Une lecture historique en partie contredite par les scientifiques mais qui permet de comprendre la création des « mythes identitaires ».

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Reportage: Louis Seiller
Réalisation: David Golan
Production: Muriel Mérat & Christophe Canut

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En Serbie, l’information victime de l’épidémie de coronavirus

France Info – En Direct du Monde – 09.04.2020 – 3 min – Audio

Dans ce pays du sud-est de l’Europe, la situation sanitaire s’est aggravée. On compte selon le dernier bilan 2 447 cas et 61 décès. Et une victime supplémentaire : la liberté de la presse.

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Informer sur la situation sanitaire n’est pas facile en ce moment en Serbie. Une journaliste a même été arrêtée la semaine dernière, quelques heures seulement après avoir publié un reportage sur la situation chaotique dans une clinique du nord du pays. Dans son article, cette journaliste du site d’information indépendant Nova, Ana Lalic, rapportait les inquiétudes du personnel soignant : des médecins et urgentistes affirmaient que l’institution était complètement désorganisée et manquait d’équipements de base pour faire face à l’épidémie de coronavirus. Faute de masques de protection, certaines infirmières avaient même refusé de travailler. Interpellée chez elle, la journaliste a été placée en garde à vue pour 48 heures, mais sous la pression de la société civile, elle a été libérée le lendemain.

Le gouvernement tente de contrôler l’information sur l’épidémie

Sous prétexte de lutter contre les fausses informations, le gouvernement a tenté d’imposer une mesure interdisant à tous les établissements médicaux et les cellules de crises régionales de parler directement aux médias. Toute l’information sur la situation sanitaire du pays devait être centralisée auprès de la Première ministre, Ana Brnabic. Mais après la polémique suscitée par l’arrestation de la journaliste, la cheffe du gouvernement a fait volte-face, et annoncé la suppression de cette mesure. Mais, selon la journalise d’investigation Milica Saric, cette affaire est un signal d’avertissement envoyé aux journalistes : « Cela a des conséquences, pas seulement pour le ou la journaliste qui se fait arrêter mais aussi pour tous les autres. Les autorités envoient un message : ‘Faites attention à ce que vous racontez, à qui vous parlez et ce que vous publiez’. » Pour faire face à la pandémie, le gouvernement serbe a instauré l’état d’urgence et restreint les libertés le 15 mars dernier.

La presse régulièrement mise en cause par le pouvoir

À la fin des années 1990, en pleine guerre du Kosovo, l’actuel président serbe, Aleksandar Vučić, était le ministre de l’Information du dirigeant ultra-nationaliste Slobodan Milosevic. Depuis son arrivée au sommet du pouvoir il y a cinq ans, Aleksandar Vučić s’en prend régulièrement aux journalistes indépendants et il est lui-même accusé de relayer de fausses informations. Sous le feu des critiques pour sa gestion de la pandémie, le président serbe a trouvé ces jours-ci un nouveau bouc émissaire : il a accusé les dizaines de milliers d’émigrés serbes revenus au pays d’être responsables de l’expansion du virus. Les médias pro-gouvernementaux ont relayé ces accusations, en évoquant le chiffre de 3 % de personnes revenues infectées par le virus. Un chiffre impossible à vérifier puisque le pays n’a pas les capacités de tester massivement sa population.

Son et article original ici.

En pleine pandémie, le Kosovo s’enfonce dans une énième crise politique

Le monument célébrant l’indépendance du Kosovo à Pristina @ LS

Libération – 02.04.2020 – Article

Le nouveau gouvernement a chuté la semaine dernière. En toile de fond : la diplomatie américaine de Trump, qui veut obtenir un accord rapide entre Belgrade et Pristina.

Il savait que la partie ne serait pas facile, mais il ne l’avait sûrement pas imaginée aussi corsée. Arrivé en tête des élections législatives kosovares du 6 octobre, le dirigeant du parti souverainiste de gauche, Vetevendosje (Autodétermination), Albin Kurti, est embarqué dans une infernale course d’obstacles pour redonner de l’espoir à la jeunesse de ce pays de 1,8 million d’habitants, miné par la corruption et le clientélisme. Le bras de fer engagé avec le Président Hashim Thaçi, qui domine la vie politique du pays depuis vingt ans, paraît bien déséquilibré.

En pleine pandémie de Covid-19, les deux hommes se sont opposés sur les mesures à prendre pour lutter contre le virus, faisant éclater la coalition gouvernementale. Après le limogeage par Kurti du ministre de l’Intérieur, venu des rangs de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), ce partenaire de coalition a déposé une motion de censure. Avec à la clé, un nouveau record historique pour le Kosovo, où aucun gouvernement n’est arrivé au bout de son mandat depuis l’indépendance en 2008 : la chute du gouvernement mercredi 25 mars, 51 jours seulement après sa prise de fonctions.

Derrière la crise sanitaire en expansion, la pression était montée sur l’exécutif ces dernières semaines, Kurti refusant de lever sans conditions la taxe de 100% imposée aux produits serbes par son prédécesseur. Celle-ci visait à riposter à la campagne diplomatique menée par les autorités serbes contre l’indépendance de son ancienne province. Appliquée depuis 2018, cette taxation a plombé les négociations entre Belgrade et Pristina. La détermination du nouveau Premier ministre a cette fois irrité la diplomatie américaine, qui fait la pluie et le beau temps au Kosovo. Dans la perspective de la présidentielle, l’envoyé spécial de Donald Trump, Richard Grenell, s’active en effet pour obtenir à tout prix un accord rapide entre Serbes et Kosovars, au grand dam des diplomates européens.

Un «plan secret»

Il faut dire que dans les plans de ce diplomate multicasquettes, la souveraineté populaire chère à Albin Kurti dérange. Richard Grenell, qui est aussi ambassadeur à Berlin et vient d’être nommé par Trump directeur du renseignement national (DNI), a choisi ses interlocuteurs : les présidents serbe et kosovar. Mis hors-jeu, le Premier ministre Albin Kurti a dénoncé un «plan secret» qu’avaient conclu Aleksandar Vucic, l’ancien ministre de l’Information de Slobodan Milosevic, et Hashim Thaçi, ancien dirigeant de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), aboutissant à une dangereuse redéfinition des frontières du Kosovo.

Malgré le démenti rapide des diplomates américains, cette mainmise de Washington sur la destinée du pays en temps de pandémie mondiale choque les Kosovars. Alors que les premières inculpations par les Chambres spécialisées du Kosovo chargées de juger les crimes des anciens de l’UCK approchent, certains éditorialistes locaux ont également soutenu l’idée que Hashim Thaçi, qui pourrait être lui-même inculpé, aurait obtenu des garanties.

Tandis que la classe politique s’agite dans de nouvelles tractations, les citoyens kosovars se retrouvent dans l’incertitude face à l’expansion de la pandémie de Covid-19.

L’article original ici.

Coronavirus: l’Albanie opte pour des mesures drastiques de confinement

L’une des rues principales de Tirana, vide @ LS

RFI – Info – 30.03.2020 – 1’15 min – Audio

Coronavirus : les Albanais ont désormais besoin d’une autorisation de la police pour pouvoir sortir faire leurs courses.

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Coronavirus: l’Albanie opte pour des mesures drastiques de confinement

RFI – Info – 30.03.2020 – 1’15 min

Les Albanais ont désormais besoin d’une autorisation de la police pour pouvoir sortir faire leurs courses.

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Une seule personne par foyer et une heure seulement pour faire ses courses. Les dernières mesures prises par les autorités albanaises pour endiguer l’épidémie de Covid-19 sont particulièrement strictes. Depuis ce lundi 30 mars, une autorisation de la police est en effet nécessaire pour sortir de chez soi.

Pour aller au supermarché ou à la pharmacie, les citoyens albanais doivent en faire la demande sur une plateforme gouvernementale ou par SMS, en précisant l’heure de leur sortie. Dans les rues du pays, l’armée et la police ont été déployées pour faire respecter ces mesures.

Les retraités sont d’office exclus de ce nouveau procédé : considérés comme des personnes à risque, ils ont interdiction totale de sortir de chez eux.

Écoles et frontières fermées

Pays de moins de trois millions d’habitants, l’Albanie compte à ce jour 223 cas déclarés de coronavirus et onze personnes sont décédées. Dès la détection du patient zéro venu de l’Italie voisine, le 9 mars dernier, les autorités albanaises ont fait le choix de mesures fortes en fermant les écoles et les frontières, en interdisant rapidement la circulation de tous les véhicules privés et en établissant un couvre-feu à 13h. Elles assurent ainsi pouvoir éviter la saturation de leur système de santé.

Dans les Balkans occidentaux, dont l’Albanie, les contaminations par le nouveau coronavirus grimpent en flèche. Cette région pauvre d’Europe se prépare au pire, avec un système de santé handicapé par l’exode de ses médecins et par le manque d’équipements.

Selon l’Organisation de mondiale de la santé, quand l’Italie compte 4,1 médecins pour 1 000 habitants, l’Albanie n’en a que 1,2, soit le taux le plus faible d’Europe.

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Marais salants dʹUlcinj, le « Heathrow » des oiseaux

Les marais salants d’Ulcinj sont l’une des principales étapes de la migration de l’Adriatique @ LS

RTS – Point de Fuite – 09.03.2020 – 30 min

Après des années de lutte menée par les associations environnementales, la saline dʹUlcinj, dans le sud du Monténégro, vient dʹobtenir le statut de parc naturel. Ces marais salants, parmi les plus grands de Méditerranée, ont bien failli faire les frais de l’explosion du tourisme dans le pays et être transformés en un « éco-resort », un complexe touristique de luxe avec golf et hélisurface. Maintenant, après des années abandon et de mauvaise gestion des marais salants, les acteurs locaux cherchent à rétablir l’équilibre qui existait entre nature et activité humaine, avant la fermeture de la saline, en associant à leur démarche les riverains. Et, il y a urgence pour ce qui est lʹune des plus importantes réserves de biosphère de l’Adriatique, surnommé, en référence à aéroport de Londres, le « Heathrow » des oiseaux.

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Reportage: Louis Seiller
Réalisation: Jean-Daniel Mottet
Production: Muriel Mérat et Christophe Canut

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Réfugiés : s’intégrer en Serbie

RFI – Accents d’Europe – 03.03.2020 – 4 min

Des milliers de réfugiés sont bloqués en Bosnie ou en Serbie. Bloqués depuis qu’en 2016, l’Union européenne a verrouillé la «route des Balkans», cette voie d’accès vers l’Europe via la Hongrie ou la Slovénie. Résultat en Serbie, beaucoup de jeunes adultes cherchent à s’intégrer et décident d’apprendre le serbe. Le Workshop est l’une des rares ONG qui aide ces réfugiés à Belgrade.

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Le reportage original ici (à 7’50).