Réfugiés : s’intégrer en Serbie

RFI – Accents d’Europe – 03.03.2020 – 4 min

Des milliers de réfugiés sont bloqués en Bosnie ou en Serbie. Bloqués depuis qu’en 2016, l’Union européenne a verrouillé la «route des Balkans», cette voie d’accès vers l’Europe via la Hongrie ou la Slovénie. Résultat en Serbie, beaucoup de jeunes adultes cherchent à s’intégrer et décident d’apprendre le serbe. Le Workshop est l’une des rares ONG qui aide ces réfugiés à Belgrade.

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Le reportage original ici (à 7’50).

Après le séisme en Albanie  : le défi de rebâtir la confiance

Le centre de la ville de Thumanë dévasté par le séisme en février 2020 @ LS
Le centre de la ville de Thumanë dévasté par le séisme en février 2020 @ LS

Equal Times – 26.02.2020

«  Inch’Allah, ils vont faire quelque chose de beau de Thumanë, quelque chose qu’on n’ait jamais vu… Parce que nous, on se sent abandonné avec nos traumatismes.  » Comme tous les jours, Devi et ses amis, la vingtaine, tentent de calmer leurs angoisses en marchant autour d’un centre-ville dévasté. Derrière les enfants qui sortent de l’école, s’étend un champ de ruines, au milieu desquelles se mêlent des vêtements, des jouets, des fleurs… Ici, Devi a vu périr l’un de ses amis, pris au piège sous les décombres de son immeuble. La petite ville de Thumanë, située à 35 kilomètres de Tirana, la capitale, a été durement frappée par le séisme du 26 novembre 2019  : 24 personnes sont mortes dans l’effondrement de leur logement (sur un total de 51 victimes).

Trois mois après le séisme, rien n’a véritablement changé dans cette campagne albanaise, déjà oubliée à son délabrement depuis la chute de la dictature stalinienne en 1991.

Les bâtiments matérialisent l’interminable «  transition  » vers l’économie de marché  : un mélange de malfaçon et de débrouille, facilité par la corruption et le laisser-faire des autorités. Certains n’ont pas résisté au tremblement de terre de magnitude 6,3, dont l’épicentre se situait à tout juste 20 kilomètres de là. Un peu partout dans la petite ville, les sommets des tentes distribuées par l’Agence turque de Gestion des catastrophes et des situations d’urgences (AFAD) dépassent des murets. «  Les gens ont trop peur de rentrer chez eux  », lâche Devi, les yeux rouges. «  Même si leur maison a été jugée habitable par les experts, ils préfèrent encore rester dans les tentes.  » Mi-février, le ministère pour la Reconstruction estimait que sur les 17.000 personnes laissées sans-abri par la catastrophe, plus de 10.000 dormaient toujours sous les tentes.

Imer, lui, n’a pas reçu de tente. Avec sa femme, c’est dans une serre au milieu de leur potager que ces paysans d’une cinquantaine d’années subissent le froid des nuits d’hiver. «  On se jette les couvertures sur le dos et on essaie de dormir  », lance-t-il amèrement en s’allumant une cigarette. «  Je n’ai pas demandé à être relogé, parce qu’ici j’ai mon terrain et mon champ, je ne peux pas partir…  » Situé à quelques mètres de son abri de fortune, son vieil immeuble aux tuiles orange et aux briques blanches est marqué d’une croix jaune. «  La croix jaune, ça veut dire que c’est à réparer   », explique Devi. «  Mais, d’après de ce que j’ai entendu, ce bâtiment-là, ils vont le détruire. On ne sait pas exactement ce qu’ils ont décidé pour la reconstruction.  » À Thumanë, comme dans les villes voisines, on s’impatiente de savoir quelle forme prendra la renaissance promise par les autorités.

Un bilan alourdit par la corruption et l’urbanisation sauvage

Une cinquantaine de kilomètres plus au sud, Durrës est une cité «  martyre  ». La deuxième ville, et principal port d’Albanie, porte encore les stigmates de la catastrophe. Ici et là, et surtout le long de la plage ou dans le quartier de «  l’ancien marais  », des immeubles sont éventrés, fissurés  ; des tas de briques cassées gisent sur le trottoir. Au pied d’une immense résidence de douze étages aux murs intérieurs effondrés, un homme d’une quarantaine d’année dépose une télévision dans sa voiture. Il s’engouffre à nouveau par la porte défoncée  : le périmètre n’est pas sécurisé. «  On a été hébergé à l’hôtel pendant deux mois, et maintenant on nous a relogé dans un appartement de location en nous promettant une aide au logement, mais on n’a toujours rien reçu  », se plaint Lule, sa mère, qui porte son petit-fils de trois ans dans les bras. «  L’appartement où on vient d’arriver est vide. On est bien obligé de venir récupérer des affaires ici, en montant par ces escaliers détruits et en nous mettant en danger. Qu’est-ce qu’on peut faire d’autres  ? On n’a pas l’argent pour acheter de nouveaux meubles.  »

Vieilles de cinq ou 50 ans, nombreuses sont les constructions qui ont révélé leurs insuffisances dans une région où l’activité sismique est pourtant particulièrement élevée. Plus de 80.000 bâtiments ont été endommagés et les dégâts ont été évalués à plus de 900 millions d’euros, selon un rapport présenté par le gouvernement albanais. Alors que le pays s’ouvre au tourisme de masse et que des résidences de luxe s’élèvent à un rythme effréné dans la capitale et sur la côte, la catastrophe est venue rappeler le grand dénuement dans lequel vit une majorité d’Albanais. Le taux de pauvreté est toujours de 34 %, d’après la Banque mondiale. Conséquences du séisme et de son impact sur l’activité économique, 26.000 personnes supplémentaires ont plongé dans la pauvreté, selon le gouvernement albanais.

Naturelle, la catastrophe l’était, certes. Mais l’ampleur du bilan humain et matériel s’explique aussi par l’urbanisation sauvage de ces 30 dernières années et l’incurie des autorités à élaborer de véritables plans d’aménagement et tenir à distance l’argent des réseaux criminels. L’écrivain et polémiste albanais, Fatos Lubonja n’hésite pas à qualifier, lors d’une interview avec Equal Times, ce développement urbain de «  manifestation extrême du système néolibéral où les politiciens sont les gestionnaires d’intérêts criminels  ». En Albanie, les immeubles de dix étages sont courants, alors que la législation n’en autorise que quatre ou cinq…

«  Cet État, en raison de ces conflits d’intérêts, n’est pas intéressé à ce que les villes aient des plans d’urbanisme, qui déterminent, par exemple, la hauteur des bâtiments en fonction des zones sismiques et géologiques. Cet État a contourné les institutions publiques qui contrôlent le mode de construction, et a laissé le bâtiment entre des mains corrompues et criminelles », accuse Fatos Lubonja.

Plus d’1 milliard d’euros, c’est le coût de la reconstruction annoncé par les autorités. Si les travaux devraient démarrer au printemps, le défi sera aussi de bâtir une confiance largement mise à mal. Les Albanais ont toujours en tête les premières images de la catastrophe, où habitants et forces de police locales n’avaient que leurs mains et des pelles pour espérer sauver des vies. Il aura fallu de longues heures pour que des secours, surtout venus de l’étranger, suffisamment équipés et organisés, arrivent sur les lieux. «  Compte tenu de cette expérience, la méfiance des Albanais envers une reconstruction rapide et honnête est compréhensible », estime Fatos Lubonja.

Depuis 2017, l’Albanie a perdu 23 places dans le classement de la perception de la corruption publié par l’ONG Transparency International. Dirigé par le Premier ministre, Edi Rama, depuis bientôt sept ans, le pays se classe aujourd’hui 106e sur 180. Le gouvernement veut toutefois se montrer à la hauteur de la situation en tentant une régulation dans le secteur de la construction. Un encadrement plus strict ainsi que la modernisation des normes de construction ont été annoncés. Les autorités ont également lancé des poursuites pénales contre d’éventuels responsables d’abus en matière de construction. Depuis décembre, ingénieurs, architectes, fonctionnaires, etc., des dizaines de personnes ont été arrêtées.

À Thumanë, Imer montre les arbres fruitiers et les champs qui font désormais sa seule richesse. S’il dit avoir confiance dans le gouvernement pour redonner vie à sa ville, il est tout de même inquiet. Comme près de la moitié de la population albanaise, il n’a pas de titre de propriété pour ses terrains. «  Celui qui a de l’argent, il peut avoir des documents légaux. Pour les autres, ce n’est pas pareil… », souffle-t-il en regardant les décombres. «  Me prendre mon terrain, ce serait comme une deuxième mort pour moi après le séisme…  »

L’article original ici.

Après le séisme : espoirs et inquiétudes autour de la reconstruction

L'un des hôtels de la plage de Durrës, mis à terre par le séisme de novembre @ LS
L’un des hôtels de la plage de Durrës, mis à terre par le séisme de novembre @ LS

RFI – Accents d’Europe – 25.02.2020 – 5 min – Audio

Dans les zones les plus touchées par le séisme de fin novembre, la situation a peu évolué. Beaucoup d’habitants sont encore logés dans des tentes et les décombres sont visibles partout. Beaucoup d’attentes mais aussi de défiance face à la reconstruction annoncée par les autorités. Le coût est estimé à 1 milliard d’euros…

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Le reportage original ici (à 11’40).

L’Albanie face à son passé totalitaire

L'ancien prisonnier Gjet K. à la prison de Spaç @ LS
L’ancien prisonnier Gjet K. à la prison de Spaç @ LS

RTBF – Transversales – 22.02.2020 – 17 min – Audio

Près de 30 ans après la chute de la dictature de Enver Hoxha, l’Albanie a toujours autant de mal à affronter son passé totalitaire. Entre apathie et nostalgie, la société oublie peu à peu la brutalité d’un système isolationniste et paranoïaque qui a fait mourir au moins 6 000 personnes et condamné plus de 100 000 autres aux camps et prisons sordides (sur une population de moins de 3 millions d’habitants). Les 45 ans de terreur politique prennent deux pages dans les livres d’histoire, d’anciens cadres occupent toujours les plus hautes sphères de l’État et certains prennent plaisir à dénigrer publiquement les victimes. Cette situation, ainsi que les problèmes actuels de la société albanaise, corruption et inégalités en tête, en conduisent beaucoup à regretter ouvertement l’époque du « paradis socialiste » de « tonton Enver » comme les militants de l’actuel Parti communiste. Pourtant les choses bougent peu à peu et ces mêmes victimes peuvent aujourd’hui accéder à leur « dossier », ces rapports rédigés par la terrible Sigurimi, la police politique. En s’armant de patience et de courage, elles peuvent ainsi enfin savoir comment, pourquoi et à cause de qui leur vie a basculé.

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«Ensemble pour l’Albanie», pour reconstruire après le séisme

A la recherche de survivants à Durrës @ LS

Le Soir – 17.02.2020 – Article

Une conférence se déroule ce lundi à Bruxelles. La présidente de la Commission en appelle aux donateurs : un milliard d’euros sont nécessaires pour reconstruire ce pays frappé par un violent séisme fin novembre.

Comme tous les jours, Devi et ses amis tentent de calmer leurs angoisses en marchant autour d’un centre-ville dévasté. « La croix jaune, ça veut dire que c’est à réparer. Mais, d’après de ce que j’ai entendu, ce bâtiment-là, ils vont le détruire », raconte le jeune homme en montrant la carcasse d’un immeuble aux tuiles orange et aux briques blanches.

Autour d’eux s’étend un champ de ruines où se mêlent des vêtements, des jouets, des fleurs… Ici, Devi a vu périr l’un de ses amis, pris au piège sous les décombres de son immeuble. La petite ville de Thumanë, située à 35 kilomètres de Tirana, la capitale, a été durement frappée par le séisme de magnitude 6,3 du 26 novembre 2019 : 24 personnes y sont mortes dans l’effondrement de leur logement (sur un total de 51 victimes).

10.000 personnes sous tente

Un peu partout dans cette petite ville rurale, les sommets des tentes, distribuées en urgence, dépassent des murets. « Les gens ont trop peur de rentrer chez eux », explique Devi, les yeux rouges. « Même si leur maison a été jugée habitable par les experts, ils préfèrent encore rester dans les tentes. »

Sur les 17.000 personnes laissées sans-abri par la catastrophe, plus de 10.000 dorment toujours sous les tentes, selon le ministère pour la Reconstruction. Vieilles de 5 ou 50 ans, nombreuses sont les constructions qui ont révélé leurs insuffisances dans une région où l’activité sismique est élevée : au moins 80.000 bâtiments ont été endommagés.

Plus d’1 milliard d’euros, c’est ce que devrait coûter la reconstruction d’après un rapport mené conjointement par l’Union européenne, les Nations unies et la Banque mondiale. Soit l’équivalent de près de 7 % du PIB de l’Albanie, toujours l’une des économies les plus pauvres du continent.

À Tirana, on compte sur la générosité des donateurs potentiels pour aider le pays de 2,8 millions d’habitants à se remettre debout. Venues de Turquie, du Canada, de Chine, du Koweït ou d’Afrique du Sud, de nombreuses délégations devraient être présentes ce lundi à Bruxelles aux côtés des États membres de l’UE, et ajouter leur contribution aux 15 millions d’euros déjà promis début décembre par la Commission européenne.

Du côté de la Délégation de l’UE à Tirana, on veut se montrer optimiste. « Il est clair que la conférence ne sera pas en mesure de couvrir l’intégralité des coûts. L’objectif, c’est de rassembler une somme importante. Les indications vont dans le bon sens, il y a depuis le premier jour [de la catastrophe], une grande solidarité », affirme l’ambassadeur de l’UE en Albanie, Luigi Soreca.

Il faudra toutefois vaincre un certain scepticisme. Le pays souffre de sa mauvaise réputation quant à l’omniprésence de la corruption. En net recul dans le classement annuel de l’ONG Transparency International, l’Albanie se classe aujourd’hui 106e sur 180 pays.

« Il ne faut pas oublier que l’Albanie est membre du Conseil de l’Europe, des Nations unies, de l’OSCE », tente de rassurer l’ambassadeur. « Des mécanismes de financement existent dans ces institutions, nous discutons avec les autorités albanaises afin de les utiliser et garantir ainsi la transparence. »

97 % des Albanais pro-UE

Quelques semaines avant la tenue d’un nouveau Conseil européen, les diplomates tiennent à mettre l’accent sur le « symbole » que prend cette réunion à Bruxelles, voulue par le Premier ministre albanais. L’opposition de la France, du Danemark et des Pays-Bas à l’ouverture des négociations à l’automne dernier avait été particulièrement mal vécue en Albanie, pays où la population désespère d’accéder un jour à l’UE. « Dans notre dernier sondage, 97 % des Albanais avaient une opinion positive de l’UE », assure M. Soreca. « Un chiffre de rêve, difficile à trouver dans un pays membre de l’UE. »

Reconstruction d’écoles ou d’hôpitaux, l’UE devrait également participer à l’établissement d’un système durable de protection civile. À Thumanë, on s’impatiente de tourner la page. « Inch’Allah, ils vont faire quelque chose de beau de notre ville », espère Devi en fixant les décombres. « Parce que nous, on se sent abandonné avec nos traumatismes. » Le passif de l’urbanisation sauvage

L.S

Contraints à l’immobilité pendant 45 ans de dictature communiste, les Albanais ont massivement quitté leurs campagnes après l’effondrement du régime en 1991. Une soif de liberté qui a nourri l’urbanisation sauvage. Les grandes villes ont connu un développement chaotique, favorisé par le laxisme et la corruption des autorités, souvent au mépris des normes sismiques et géologiques. Des quartiers ont vu le jour sur des terrains impropres à la construction, sur la côte ou dans les anciens marais de Durrës et de Tirana, des zones durement frappées par le séisme. Les conflits de propriété pourraient aussi compliquer la reconstruction : la moitié des bâtiments ne seraient pas légaux. Les réseaux criminels sont très présents dans la construction et l’hôtellerie. Les autorités veulent endiguer ce phénomène via la réforme du système judiciaire, gangrené par la corruption.

L’article orginial (abonnés) ici.

Séisme : une conférence des donateurs pour aider l’Albanie à se reconstruire

Déblaiement d’un hotêl effondré par le séisme à Durrës @ LS

RTBF – Info – 17.02.2020 – 1’15 min – Audio

Une conférence des donateurs est organisée par l’UE à Bruxelles pour venir en aide à la reconstruction après le séisme du 26 novembre survenu en Albanie.

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« Les métropoles barbares » – entretien avec Guillaume Faburel

Le gigantesque chantier de "Belgrade sur l'eau" @ LS
Le gigantesque chantier de « Belgrade sur l’eau » @ LS

RFI – Accents d’Europe – 07.02.2020 – 3’10 min – Audio

Dans son livre « les métropoles barbares », le géographe Guillaume Faburel analyse le développement des métropoles et leur impact environnemental mais aussi social. Peu remise en question, la métropolisation effrénée de tout le territoire a pourtant des conséquences décisives sur la manière dont nous habitons la Terre.

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Le reportage original ici (à 10’00)

Belgrade manifeste contre la pollution de l’air

Manifestation contre la pollution de l'air à Belgrade @ LS
Manifestation contre la pollution de l’air à Belgrade @ LS

RFI – Accents d’Europe – 03.02.2020 – 4’30 min – Audio

Belgrade s’est mise à son tour à manifester contre la pollution de l’air. La capitale serbe, comme tous les Balkans, paie sa dépendance au charbon. Mais les citoyens, plus conscients des risques pour la santé, commencent à s’impatienter.

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Le reportage original ici (à 14’40)

La jeunesse kosovare se trouve désemparée face aux difficultés pour obtenir un visa Schengen

Marché d'hiver dans le centre de Pristina @ LS
Marché d’hiver dans le centre de Pristina @ LS

France Inter – Un Jour dans le Monde – 03.02.2020 – 5 min – Audio

La jeunesse kosovare se trouve désemparée face aux difficultés pour obtenir un visa Schengen, qui lui permettrait de partir vers les pays européens. Malgré les promesses faites par l’Union, les citoyens de ce petit pays des Balkans, encore non-reconnu par 95 pays dans le monde, attendent toujours leur droit de circuler librement sur le continent.

Au Kosovo, les moins de trente ans représentent plus de 60 % de la population. Une jeunesse qui se sent à l’étroit, et isolée, dans un pays plus petit que l’Île de France…

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Le reportage original ici (à 20’30)

Au Kosovo, une jeunesse privée d’Europe

Dentiste à Prizren @ LS
Dentiste à Prizren @ LS

Libération – 02.02.2020 – Article

Malgré les promesses de l’UE, les citoyens du petit Etat des Balkans attendent toujours de pouvoir voyager librement en Europe. De nouvelles règles entrées en vigueur dimanche compliquent un peu plus l’obtention du visa Schengen.

Sur les hauteurs de Pristina, devant la porte d’une agence spécialisée dans l’obtention du visa Schengen, des dizaines de personnes font la queue dans un froid glacial. Le visage déconfit, Shpetim sort de l’agence, des feuilles dans les mains. «Je voulais aller voir ma famille en Suisse. C’était la première fois que je déposais une demande, mais ils m’ont refusé le visa, souffle ce trentenaire en regardant dans le vide. Ils ne m’ont donné aucune explication. Je ne sais pas pourquoi ils ont refusé…» Pourtant, Shpetim l’assure, il n’avait aucune intention de rester en Suisse. Il pense aux 6 000 euros qu’il a dû réunir sur un compte bancaire comme garantie financière, un défi dans une société malmenée par le chômage, et où le salaire moyen peine à atteindre les 450 euros.

Six étoiles blanches et la forme jaune de l’Etat sur un fond bleu… A l’image de son drapeau, le Kosovo est tourné vers l’Union européenne qui le reconnaît comme «candidat potentiel». Mais les portes de l’Europe, elles, mettent du temps à s’ouvrir. Douze ans après l’indépendance du pays, voyager librement sur le continent reste toujours un rêve pour les 1,8 million de Kosovars. Six : c’est le nombre de pays vers lesquels ils peuvent voyager sans visa, selon le ministère des Affaires étrangères du Kosovo. Et les nouvelles règles pour l’obtention du visa (les frais de dossier passent notamment de 60 à 80 euros) ne devraient pas les rapprocher des 26 pays (dont 22 membres de l’UE) de l’espace Schengen.

Profond ressentiment

Aller voir sa famille en Suisse, se rendre à un rendez-vous professionnel en Allemagne, faire quelques jours de tourisme en France, etc., pour tous ces déplacements, une demande de visa Schengen s’impose. Et avec elle, des formalités longues, fastidieuses, coûteuses, et à l’issue plus qu’incertaine. Une odyssée bureaucratique qui ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir. C’est en tout cas ce que promettent depuis des années les diplomates de l’Union européenne à des Kosovars de plus en plus sceptiques.

En juillet 2018, la Commission européenne avait approuvé la levée des visas pour le Kosovo, considérant que le pays avait rempli les conditions demandées. Mais depuis, rien. La liberté de circulation des Kosovars reste prisonnière des contradictions de l’UE et des divergences entre Etats membres. Certains, l’Espagne en tête, bloquent toujours sur la reconnaissance de l’ancienne province serbe. Une situation qui crée un profond ressentiment à l’égard de l’UE, dont l’image s’est déjà considérablement ternie avec les déboires de la mission Eulex (Mission européenne pour l’instauration de l’Etat de droit au Kosovo, dont certains responsables ont été soupçonnés de malversations).

Malgré une fuite des cerveaux continue, le Kosovo reste le plus jeune pays du continent : 65% de la population a moins de 30 ans. Une jeunesse connectée qui se sent à l’étroit dans un pays plus petit que l’Île-de-France et qui ne supporte plus cet isolement forcé. «Les gens du Kosovo se sentent trahis, explique le politologue Agon Maliqi. Le Kosovo méritait cette libéralisation des visas et nous avons été traités différemment des autres pays de la région qui ont obtenu cette libéralisation il y a dix ans maintenant. Ces promesses non tenues donnent des arguments à ceux ici qui affirment que « l’UE ne nous veut pas », que « nous sommes différents et pas vraiment européens ».»

Préjugés

Sans le dire officiellement, certaines capitales européennes redoutent que cette levée des visas ne pousse la jeunesse à émigrer illégalement. Le souvenir de l’hiver 2014-2015, qui avait vu près de 60 000 Kosovars suivre l’exode des réfugiés syriens dans l’espoir, déçu, d’obtenir l’asile en Allemagne, hante encore certains décideurs. Mais pour Agon Maliqi, ces raisonnements ne tiennent pas. Ils révèlent plutôt la persistance de certains préjugés sur ce pays majoritairement musulman. «Ces arguments ne sont soutenus par aucun fait, dénonce-t-il. Tous les mouvements actuels en provenance du Kosovo concernent essentiellement des permis de travail vers l’Allemagne ou la Suisse. Les pays qui bloquent la libéralisation du visa ne sont généralement pas des pays où vivent les Kosovars. C’est là où il y a certains éléments de racisme, et peut-être d’islamophobie, dans l’opinion de certains dirigeants européens.»

Alors que les citoyens des Balkans restent sous le choc du veto d’Emmanuel Macron à l’ouverture des négociations avec l’Albanie et la Macédoine du Nord, l’UE a perdu de sa crédibilité dans la région. A elle de montrer qu’elle peut tenir parole, en permettant enfin aux citoyens du Kosovo de voyager librement sur leur continent.

Le reportage original ici.