Bosnie : une coopérative de femmes pour tourner la page de la guerre

Avec la coopérative Emina, les femmes ont redonné vie au village @ LS
Avec la coopérative Emina, les femmes ont redonné vie au village @ LS

France Inter – Un Jour dans le Monde – 13.11.2019 – 5’30 min – Audio

Dans la région de Gorazde, de petits villages, comme Ustikoline, gardent encore les traces des conflits des années 1990, où les forces serbes avaient occupé les lieux. Là-bas, grâce au mouvement Slow Food, d’anciennes réfugiées serbes et bosniaques ont fondé une coopérative, Emina, qui prépare des recettes locales et vend des fruits de la région. Et l’initiative marche bien, dans un contexte difficile marqué par le chômage et la précarité : leurs produits se vendent dans certains supermarchés et suscitent l’intérêt des touristes.

Écouter :

Le reportage original ici (à 18’40).

En Bosnie, une coopérative de femmes efface les traces de la guerre

Jasmina, la fondatrice de la cooérative Emina @ LS
Jasmina, la fondatrice de la cooérative Emina @ LS

Reporterre – 04.11.2019 – Article

La région de Gorazde, en Bosnie, a été meurtrie par les conflits yougoslaves des années 1990. De nombreux villages ont été rasés et les populations, en majorité musulmanes, ont dû fuir. Grâce au soutien du mouvement Slow Food, d’anciennes réfugiées redonnent vie à leur village grâce au succès de leur coopérative agroalimentaire.

  • Ustikolina (Bosnie), reportage

«Hier, on a passé la journée entière à peler les prunes à la main et il y en a pour 15 kg. C’est une méthode lente, ça prend beaucoup de temps.» Dans leur cuisine extérieure, ombragée de fruitiers, Jasmina Šahović [«Chaovitse»] et ses voisines ne quittent pas leurs fourneaux. La saison des prunes, les femmes du village d’Ustikolina, dans le sud-est de la Bosnie, ne doivent pas la rater. Car la požegača [«pojegatsa»], une variété locale de la Prunus insistitia, ce n’est pas n’importe quelle prune. «C’est la meilleure variété qui existe. Elle a des caractéristiques uniques et un goût très particulier, explique Jasmina en dénoyautant délicatement une belle prune. Elle n’a pas besoin de pesticide ni d’arrosage, c’est presque un arbre sauvage. Avec ses fruits, on peut faire de la rakija [«rakia», de l’eau de vie], du slatko [des fruits confits], ou du bestilj [de la confiture]…»

À Ustikolina, les prunes à chair jaune que Jasmina saupoudre de sucre représentent bien plus que de simples fruits confits. Si les collines qui dominent les mystérieuses eaux vertes de la Drina regorgent aujourd’hui de fruits et de légumes, le village revient de loin. «Vous savez, après la guerre des années 1990, il n’y avait plus rien ici, raconte Jasmina. Tout avait été détruit et la végétation avait tout envahi. C’était vide.» La région de Goražde [«Gorajdé»] a été le théâtre des pires atrocités qui ont ensanglanté la Bosnie durant l’explosion de la Yougoslavie, le conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Entre 1992 et 1995, la ville a été assiégée par les forces des Serbes de Bosnie. Dirigées par le sinistre Ratko Mladic, ces dernières ont méthodiquement appliqué un processus de nettoyage ethnique à la région, en massacrant les populations musulmanes. «Le père de mon mari a été tué ici, tout comme sa mère, poursuit Jasmina. Avec mon mari, on a dû quitter la région pendant quatre ans. On est revenus au village il y a un peu moins de 19 ans.»

«Toutes nos recettes sont de très bonnes recettes, traditionnelles et faites maison» 

Drapeaux différents selon les localités, maisons en ruine, cimetières des bords des routes… Les conséquences de cette guerre suicidaire qui a déchiré les Slaves du sud [«yougoslaves»] s’affichent partout dans la Bosnie de 2019. À Ustikolina, il suffit de grimper sur les collines, à quelques dizaines de mètres de la maison de Jasmina, pour découvrir une clôture et des fils barbelés. Le village se situe sur la «frontière» intérieure qui divise aujourd’hui le pays entre République serbe et Fédération de Bosnie-Herzégovine. Illustration de l’échec de la communauté internationale à mettre un terme au conflit, les institutions du pays ont entériné les principes «ethniques» des chefs de guerre. Les discours nationalistes des dirigeants politiques continuent d’alimenter les divisions entre Serbes, Croates ou Bosniaques. Une propagande haineuse que n’écoute plus Jasmina : «Bien sûr qu’il y a des Serbes ici, assure-t-elle. On vit normalement, on se parle, il n’y a pas de problème. C’est un truc de politiciens de jouer la carte nationaliste, seulement pour garder le pouvoir. Mais moi, ça ne m’intéresse pas, je ne veux pas savoir de quelle nationalité sont les gens. C’est quelque chose d’un autre siècle ça.» Jasmina préfère semer des graines et parler des ponts qui rassemblent les différentes communautés.

La vie est un prodige incompréhensible, car elle s’use sans cesse et s’effrite, et pourtant dure et subsiste, inébranlable comme le pont sur la Drina.»
Le pont sur la Drina, Ivo Andrić, 1945

C’est après avoir visité des coopératives agricoles en Italie au milieu des années 2000 que Jasmina est revenue avec des idées plein la tête pour son village. Plutôt que de s’épuiser à travailler seules leur lopin de terre, Jasmina propose aux femmes d’Ustikolina de s’unir autour de recettes ancestrales et de produits typiques de la région. La coopérative Émina était née. Le projet a tout de suite plu à sa voisine, Majida. «Avant, je travaillais seulement pour ma famille, se souvient-elle en remuant lentement une énorme quantité de confiture de prunes. Mais avec ce projet, j’ai commencé à produire pour d’autres personnes. C’est vraiment quelque chose de magnifique. Dès le début, j’étais sûre que ça marcherait. Car toutes nos recettes sont de très bonnes recettes, traditionnelles et faites maison.»

Fruits confits, confitures, légumes, mais aussi ajvar, cette fameuse purée de poivron des Balkans, les produits naturels de la coopérative rencontrent aujourd’hui un beau succès en Bosnie. Une réussite que les femmes d’Ustikolina doivent beaucoup au mouvement Slow Food. Eugenio Berra travaille ainsi dans le sud-est européen pour promouvoir une agriculture locale et respectueuse de l’environnement. «C’est une expérience positive, s’enthousiasme-t-il, car ce village a été complètement rasé en 1992. Les femmes et les familles se sont réfugiées à Sarajevo, en Autriche ou en Allemagne. Et d’un point de vue commercial, la coopérative est viable et durable. Elles ont réussi à s’insérer dans les circuits de distribution classiques.» Les produits de la coopérative se retrouvent aujourd’hui dans les principaux supermarchés de Bosnie et de Croatie et les femmes devraient même ouvrir prochainement leur propre boutique à Sarajevo, la capitale.

«Cette coopérative, c’est un monde qui, petit à petit, commence à émerger» 

La nouvelle vie du village, ce sont les femmes qui en sont à l’origine. «La désindustrialisation, la guerre… les hommes ont accusé le coup du processus de transition post-Yougoslavie, explique Eugenio Berra. Et dans le cas de cette coopérative, beaucoup de femmes se sont retrouvées veuves et ont dû penser à l’avenir de leur famille. C’est pourquoi ce sont surtout les femmes qui se sont retroussé les manches pour essayer de redonner vie à leur communauté.» Pour que ces changements s’inscrivent dans la durée, elles ont réappris des savoirs et des pratiques agricoles anciens, malmenés par l’industrialisation à marche forcée du socialisme yougoslave (1945-1992). La haute vallée de la Drina renoue ainsi avec sa tradition fruitière et les essences autochtones, comme les pruniers, reprennent racine. Cet environnement et ces produits sains commencent même à attirer les touristes. «Des gens viennent goûter nos plats traditionnels comme le slatko, on organise des rencontres, des balades en bateau sur la Drina, se réjouit Jasmina. Les visiteurs sont hébergés chez les femmes et c’est super, elles sont contentes. C’est du tourisme de qualité.»

Si la coopérative Émina est un succès, elle reste une initiative encore rare dans une Bosnie bien mal en point économiquement. «Cette coopérative, c’est un monde qui, petit à petit, commence à émerger, veut croire Eugenio Berra, avec toutes les difficultés d’un pays qui a des politiciens qui ne soutiennent encore que très peu les petits agriculteurs et avec une Europe qui paraît toujours plus lointaine et absente.» Dans son rapport 2018, la Commission européenne assurait être «préoccupée par la corruption généralisée» de ce pays candidat à l’entrée dans l’UE. Un constat que ne peut que partager Jasmina. «Il y a trop de corruption malheureusement, dit-elle. Les gens doivent se battre seuls parce que les politiciens ne pensent qu’à leur propre intérêt.»

Dans un État constamment paralysé par la rente de ses dirigeants nationalistes, les femmes d’Ustikolina ne manquent pas de courage pour faire vivre leurs terres et garder espoir dans l’avenir. Un espoir qu’ont perdu beaucoup de jeunes Bosniens. Désabusés, ils préfèrent quitter le pays. Comptant aujourd’hui trois millions et demi d’habitants, la Bosnie a perdu plus d’un million de personnes depuis 1992.

Le reportage original ici.

Serbie-Kosovo : le lac de Gazivode, pôle de discorde

Barrage sur le lac de Gazivode au Kosovo @ LS
Barrage sur le lac de Gazivode au Kosovo @ LS

Libération – 22.10.2019 – Article

Vingt ans après la fin de la guerre entre les deux pays, Belgrade et Pristina se disputent toujours les eaux de l’Ibar, considérées par la partie albanaise comme essentielles à son développement économique. Un conflit local qui illustre la persistance des rivalités dans cette partie des Balkans.

Branko fait de grands gestes en montrant les eaux sombres du lac derrière lui. Pour cet imposant quinquagénaire qui habite sur une colline des alentours, le lac de Gazivode reflète tous les jours le bras de fer qui oppose Belgrade et Pristina depuis l’indépendance du pays en 2008. «Ce lac, il sert à tout le monde, explique-t-il, un sac de courses à la main. C’est la Serbie qui donne de l’eau au Kosovo, les Albanais, eux, n’ont jamais eu d’eau. Jamais.» Appelé Gazivode en serbe et Ujman en albanais, ce lac de barrage est l’un des plus importants des Balkans. Sa construction sur la rivière Ibar a démarré du temps de la Yougoslavie de Tito, dans les années 70, afin de sortir le Kosovo de son isolement économique. Aujourd’hui, le lac est situé pour ses trois quarts au Kosovo, mais dans une région où Pristina n’a encore que peu d’emprise.

Le long de la route qui serpente autour du lac, le drapeau aux couleurs panslaves (rouge, bleu et blanc) trône un peu partout et l’alphabet cyrillique s’affiche seul sur les pancartes et les devantures des magasins. Sur l’un des ponts proches de la frontière serbe, des ouvriers repeignent des rambardes de ce même bleu. Depuis la fin de la guerre, il y a vingt ans, et encore plus depuis 2008, Belgrade garde la main sur la région de Zubin Potok, ses 15 000 habitants et ses infrastructures. «L’électricité est amenée par la Serbie, poursuit Branko en désignant les turbines derrière lui. Là-bas, il y a un minimum d’intérêt pour le Kosovo. Ici, autour du lac, il n’y a que des Serbes, rien d’autre. C’est resté comme ça, après la guerre entre les Serbes et les Albanais. Il y a des pays qui ont reconnu le Kosovo et d’autres non.»

Fumées sombres

Il y a un an, les dirigeants serbes et kosovars se sont successivement rendus sur le lac de Gazivode pour en revendiquer la propriété. Lors d’une tournée sous haute tension des enclaves serbes du nord du Kosovo, le président serbe, Aleksandar Vucic, a fait de ces eaux le miroir des difficiles négociations débutées en 2012 sous la pression de l’Union européenne et aujourd’hui au point mort. «Gazivode montre de la meilleure des manières l’ampleur du problème auquel nous faisons face, nos divergences, nos âpres luttes politiques», déclarait-il aux médias présents sur place. Trois semaines plus tard, c’était au tour du président kosovar, Hashim Thaçi, d’y aller, lors d’une promenade surprise en bateau sur le lac, sous forte escorte policière. «Le Kosovo est un pays unique, indépendant et souverain», rappelait-il ce jour-là.

Cette nouvelle série de provocations a été largement reprise et exagérée par la plupart des médias des deux pays, faisant ainsi vibrer les cordes nationalistes. Ce qu’espéraient les premiers intéressés. Car, entre l’ancien ministre de l’Information de Slobodan Milosevic et le fondateur de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), des tractations secrètes étaient alors en cours autour d’un éventuel partage de territoires. Comme l’ont relayé certains médias, les deux «meilleurs ennemis» auraient ainsi plusieurs fois discuté d’un possible échange : la vallée de Presevo, région majoritairement albanaise du sud de la Serbie, contre le nord du Kosovo, majoritairement serbe. Une option «ethnique» tour à tour soutenue puis rejetée par les différentes puissances internationales actives dans la région, Etats-Unis en tête. Au centre de ces mystérieux pourparlers, les eaux de Gazivode.

«Le lac est la clé des négociations.» Dans son bureau du Parlement kosovar à Pristina, Adri Nurellari confie en avoir justement discuté avec des ministres le matin même. Il est conseiller politique au Parti démocratique du Kosovo (PDK), le parti issu de l’UCK. «Le lac est très utile au Kosovo, explique-t-il. D’abord, il fournit en eau potable de nombreuses communes et une partie importante de la population. Il est aussi indispensable pour refroidir nos centrales thermiques, qui sont les principales sources énergétiques du Kosovo et qui s’approvisionnent en eau exclusivement à partir de Gazivode.» Les 380 millions de mètres cubes d’eau venus des rivières serbes sont cruciaux pour l’indépendance énergétique du pays. Le canal qui traverse la plaine centrale kosovare file droit vers Pristina et les fumées sombres d’Obiliq. Vétustes et très polluantes, les deux centrales à charbon, Kosovo A et B, produisent 95 % de l’électricité du pays. Sans Gazivode, impossible de refroidir l’eau nécessaire à leur fonctionnement.

Carte du pragmatisme

Dans son Institut de développement économique territorial de Belgrade, Dragisa Mijacic esquisse une carte et des scénarios possibles. Lui-même originaire de la région de Gazivode, il est l’un des principaux experts serbes sur la question du lac. C’est un point sur lequel la Kfor (Force de maintien de la paix de l’Otan au Kosovo) a été très claire, assure-t-il : «Vous pouvez vous entre-tuer jusqu’au dernier survivant, mais vous ne touchez pas à la distribution d’eau. Donc l’eau n’a jamais été coupée.» Même durant les pires épisodes du conflit qui firent, selon le Humanitarian Law Center à Pristina, 13 000 victimes (plus de 10 000 Albanais et 2 200 Serbes) de mars 1998 à juin 1999, le robinet de Gazivode n’a jamais été fermé.

«Le développement économique du Kosovo dépend de cette eau, poursuit Dragisa Mijacic. Sans elle, il n’y aura pas de prospérité économique pour le pays. S’il n’y a pas d’eau pour refroidir les générateurs des centrales, elles explosent dans les sept heures qui suivent.» Persuadés de détenir ainsi le meilleur atout pour négocier, les Serbes jouent la carte du pragmatisme. Pour cet expert, qui aurait l’oreille de Belgrade, les mauvais joueurs se trouvent du côté de Pristina. «Les autorités du Kosovo disent : « Ici, c’est le Kosovo et ce lac est la propriété du Kosovo, point. » Ils se comportent comme Milosevic dans les années 80 quand il disait : « Le Kosovo, c’est la propriété de la Serbie. Si vous voulez vivre ici, soyez un bon citoyen, si vous ne voulez pas, partez vivre comme un réfugié. » C’est exactement ce que font les Kosovars en ce moment. Ils tirent des profits des eaux du lac mais ils ne les réinvestissent pas auprès des communautés locales.»

Selon Belgrade, Pristina volerait l’électricité produite grâce au barrage pour la revendre, sans réinvestir dans les infrastructures du Nord, majoritairement serbe. Le barrage de Gazivode a d’ailleurs été financé grâce à un prêt de la Banque mondiale, dont s’acquitte toujours aujourd’hui Belgrade, près de quarante ans après sa signature. Mais, à Pristina, on préfère mettre l’accent sur le passif yougoslave dans la paupérisation du Kosovo. «A l’époque de la Yougoslavie, le Kosovo n’a pas reçu les investissements nécessaires dont bénéficiaient d’autres régions, simplement parce qu’il était albanais, explique Adri Nurellari. A cause de ça, seuls 25 % des terres arables du Kosovo ont aujourd’hui accès à un système d’irrigation organisée.» Les eaux de Gazivode sont aussi indispensables pour l’irrigation et un secteur agricole appelé à être modernisé, le pays dépendant fortement des importations.

Intérêts américains

Très présente au Kosovo, l’administration américaine a annoncé début septembre son intention d’obtenir rapidement un accord entre Belgrade et Pristina, en nommant un nouvel envoyé spécial pour la région. Les Américains ont quelques intérêts économiques au Kosovo, notamment dans la nouvelle centrale à charbon de 500 MW promue par les autorités de Pristina pour renforcer la sécurité énergétique du pays. Controversé pour son impact écologique et les soupçons de corruption qui l’entourent, le projet pourrait être mené à bien par ContourGlobal et des filiales de General Electric. Et pour cette nouvelle centrale, les dirigeants kosovars comptent… sur les eaux de Gazivode. Pour cela, il faudra d’abord clarifier le statut du lac dans le cadre d’un dialogue, aujourd’hui complètement bloqué.

«Ce n’est pas tellement une question émotionnelle comme celle qui concerne le nord du Kosovo – doit-il ou non revenir à la Serbie ? – ou sur la reconnaissance ou pas du Kosovo par la Serbie, c’est un problème essentiellement technique, relativise Dragisa Mijacic. La question est de savoir qui a le plus de droits, quels droits et comment ces installations doivent être gérées.» Une gestion commune et paritaire des infrastructures du lac aurait été avancée par les négociateurs de l’UE, solution que les dirigeants nationalistes des deux bords ne tiennent pas à éventer. «Le lac n’est que l’un des nombreux litiges qui sont sur la table des discussions, tempère Adri Nurellari à Pristina. Il ne peut y avoir qu’un accord global qui inclue tous les problèmes pour que rien ne soit laissé de côté et éviter de futurs ressentiments.»

Sur l’une des digues de Gazivode, Branko n’a pas de ressentiment, lui. Les tensions qui agitent les eaux du lac ne l’intéressent pas. Il y voit plutôt l’ombre des intérêts géopolitiques qui n’ont cessé de malmener les populations des Balkans. «Vous savez quoi ? Je m’en fous de tout ça, je ne déteste pas les Albanais ou les Croates, c’est un truc de politicien tout ça.» Né serbe en Dalmatie croate, il s’est retrouvé réfugié au Kosovo, pris dans la tourmente de l’implosion de la Yougoslavie. L’œil rieur, il montre une colline au-dessus du lac : «Là, je bois du vin avec des Albanais, on aime le vin comme vous, les Français.»

Le reportage original ici.

Le rock pour rassembler Serbes et Albanais

Le quartier serbe de Mitrovica @ LS
Le quartier serbe de Mitrovica @ LS

France Inter – Un Jour dans le Monde – 17.10.2019 – 5 min – Audio

A Mitrovica, dans le nord du Kosovo, la population est divisée par les tensions entre albanais et serbes, qui gardent encore les séquelles de la guerre civile de 1998. Dans le processus de réconciliation, l’école de musique de la ville, fondée après le conflit par des ONG, joue un rôle prépondérant. Elle permet à des jeunes de jouer ensemble, dans des groupes mixtes, pour apprendre à dépasser les frontières des quartiers communautaires.

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Le reportage original ici (à 24’10).

Bulgarie : une autoroute européenne menace les gorges de Kresna

Les gorges de Kresna en Bulgarie @ LS
Les gorges de Kresna en Bulgarie @ LS

RFI – C’est pas du Vent – 17.10.2019 – 8’30 min – Audio

Un projet controversé d’autoroute entre Sofia et Thessalonique, financé par l’Union européenne, risque de détruire ensemble la plus grande zone protégée et l’un des plus grands sites archéologiques du pays. Le chantier menace les magnifiques gorges de Kresna, zone natura 2000, et est combattu depuis plus de vingt ans par les écologistes et les habitants. Entaché de corruption, il illustre les contradictions de l’UE et les dérives actuelles de la Bulgarie (membre de l’UE) où gouvernent ensemble droite et extrême droite et qui ont décrété le projet « d’importance stratégique nationale ».

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Le reportage original ici (à 22’30).

En Serbie : des Fake-News d’État

Centre de Belgrade @ LS
Centre de Belgrade @ LS

RFI – Accents d’Europe – 16.10.2019 – 5 min – Audio

Dans les jeunes démocraties, l’indépendance des médias est encore très fragile. La presse est dépendante des ressources financières de pouvoirs économiques, mais aussi politiques. Exemple, dans la jeune République de Serbie : l’utilisation de fausses informations par les médias proches du pouvoir y est devenue quasi quotidienne. Et le régime du très autoritaire président Aleksandar Vučić n’hésite pas à mener de véritables campagnes de désinformation contre ceux qu’il considère comme ses ennemis.

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Le reportage original ici.

Kosovo: «On attend un changement depuis tant d’années»

Dans le centre de Pristina @ LS
Dans le centre de Pristina @ LS

Le Soir – 05.10.2019 – Article

Onze ans après l’indépendance, l’heure n’est plus à la fête au Kosovo. Le pays est toujours le plus jeune d’Europe, avec une moyenne d’âge de 29 ans, mais aussi le plus pauvre. Et dans les rues de Pristina, le désenchantement est palpable.

Allongé dans l’herbe non loin des facultés encore désertes en cette fin septembre, Fisnek fait la grimace. Cet étudiant en art aux cheveux longs n’est pas sûr de se rendre aux urnes ce dimanche. «  Il faudrait aller voter pour obtenir ce changement qu’on attend depuis tant d’années », concède-t-il. « Vingt ans qu’on l’attend… Ce sont toujours les mêmes qui promettent le changement depuis la fin de la guerre, et c’est seulement mauvais. »

Corruption et népotisme

Sur le papier, la croissance économique de 4 % pourrait enthousiasmer certains économistes. Gonflé par l’argent de la diaspora et l’aide internationale, ce chiffre cache une bien triste réalité sociale. Un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, le taux de chômage officiel est à 30 % et il atteint plus de 55 % chez les moins de 25 ans. « C’est difficile ici », résume Fisnek, « ce n’est pas qu’il n’y a pas de travail mais il paie peu. Les salaires sont souvent versés en retard et les montants ne correspondent pas au travail effectué. » 130 euros, c’est le niveau du salaire minimum. La faiblesse des rémunérations pousse les jeunes à tenter leur chance ailleurs.

Vingt après la guerre, la jeunesse kosovare ne croit plus aux promesses de lendemains qui chantent. Les jeunes diplômés s’étranglent plutôt des scandales de corruption et du népotisme généralisé. Peu après sa prise de fonctions en 2017, le Premier ministre, Ramush Haradinaj avait ainsi jugé urgent de doubler son salaire. Son gouvernement comptait alors pas moins de 76 vice-ministres dans un pays de moins de deux millions d’habitants. Sur l’artère piétonne de la capitale, Muhammed Veliu, 22 ans, veut convaincre les jeunes qu’ils peuvent changer les choses. « Dans notre pays ce qui compte », explique ce militant du parti de gauche, Vetëvendosje, « ce sont surtout les liens familiaux ou avec les partis politiques… Si tu n’as pas de proches pour t’aider, tu ne pourras jamais obtenir un poste dans l’administration. » Dans le classement 2018 de Transparency International, le Kosovo a régressé à la 93e place sur 180 pays.

Le combat des femmes

Mobiliser la jeunesse, c’est l’objectif de tous les partis politiques dont celui de Vjosa Osmani. Cette juriste a été désignée par le plus ancien parti albanais du pays, la Ligue Démocratique du Kosovo (LDK). À 37 ans, elle pourrait devenir la première femme élue au poste de Premier ministre. Étudiante en architecture, Trime est venue à l’un de ses meetings : « On attend de Vjosa du changement et qu’elle rétablisse la dignité de l’État », espère la jeune femme. « Elle doit faire en sorte que notre jeunesse puisse être en sécurité dans son propre pays. » Favorite des sondages, Vjosa Osmani pourrait, en cas d’alliance avec Vetëvendosje, mettre fin à la mainmise sur le pays du Parti démocratique (PDK).

Le changement, ils sont nombreux à l’attendre. Et notamment les femmes. Accès au travail, à l’éducation, à la santé ou à la propriété, la situation des Kosovares reste déplorable et loin des standards européens. Vullnet Krasniqi, militant de la société civile, dénonce les absurdités en matière d’égalité des genres. « En dehors de Pristina, la situation des femmes est tragique », affirme le jeune homme engagé. « 80 % d’entre elles n’ont pas d’emploi et en matière d’éducation ce n’est pas beaucoup mieux. Plus de 50 % n’ont pas les compétences scolaires requises pour chercher du travail. Et dans le même temps, des millions d’euros sont investis dans des programmes bureaucratiques pour les droits des femmes… »

Tourner la page du conflit

Chose inhabituelle lors des campagnes électorales, les candidats ont occulté la question des relations avec la Serbie. Signe que les priorités des jeunes du Kosovo sont ailleurs ? « Évidemment », répond Marija Perović. Cette énergique trentenaire habite la partie serbe de Mitrovica, une ville toujours divisée entre Serbes et Albanais. « La plupart des habitants veulent que les choses soient résolues », dit-elle en montrant les gens qui vont d’un côté et de l’autre du pont qui sépare les deux communautés. « Les politiciens sont les seuls qui retirent quelque chose de ce conflit et du fait de nous monter contre les autres. Mais je pense que les gens en ont ras-le-bol. Aucun Serbe, aucun Albanais n’est plus intéressé à se battre. »

Répondre aux attentes et aux problèmes du quotidien des Kosovars sera le principal défi du prochain gouvernement. Et il y a urgence : plus de 10 % de la population a quitté le pays ces cinq dernières années.

Les enjeux du scrutin

Près de deux millions de Kosovars sont appelés aux urnes ce dimanche pour désigner leurs 120 députés. Ces législatives font suite à la démission cet été du Premier ministre, Ramush Haradinaj, convoqué par les Chambres spécialisées de La Haye chargées de juger les crimes de guerre commis au Kosovo entre 1998 et 2000.

Le scrutin s’annonce indécis et relativement ouvert avec 25 listes en lice. Dans un contexte économique et social difficile, la campagne a été dominée par les questions de lutte contre la corruption, d’accès à la santé ou à l’éducation. L’un des enjeux majeurs sera de savoir si le Parti Démocratique du Kosovo (PDK) se maintiendra au pouvoir. Ce parti d’anciens chefs de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK) domine le pays depuis la fin de la guerre. Il est régulièrement secoué par des scandales de corruption et soupçonné de liens avec le crime organisé.

Une coalition sera nécessaire pour gouverner. L’un des principaux défis du prochain exécutif sera la reprise du dialogue avec Belgrade qui, comme 97 États de l’ONU, ne reconnaît toujours pas l’indépendance de son ancienne province.

L’article originial (abonnés) ici.

L’américanophilie au Kosovo

Le centre de Pristina @ LS
Le centre de Pristina @ LS

France Culture – Info – 1’30 min – Audio

Perçus comme des libérateurs, après les bombardements de l’OTAN sur la Serbie en 1999, les Américains sont en territoire conquis au Kosovo.

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Vjosa Osmani : une femme à la tête du Kosovo ?

RFI – Accents d’Europe – 04.10.2019 – 5 min – Audio

Au Kosovo, une femme pourrait se retrouver à la tête du gouvernement, après les législatives très ouvertes de ce dimanche 6 octobre 2019. Les Kosovars doivent élire les 120 députés du Parlement. Et 20 ans après la fin de la guerre, dans ce petit territoire enclavé des Balkans, miné par la corruption et la pauvreté, beaucoup aimeraient que ces législatives amènent du changement. Vjosa Osmani, une juriste de 37 ans, promet cette rupture.

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Le reportage original ici.

Lac de Gazivode : la clé des négociations entre Serbie et Kosovo ?

Entrée d'une des centrales du lac de Gazivode au Kosovo @ LS
Entrée d’une des centrales du lac de Gazivode au Kosovo @ LS

RFI – Accents d’Europe – 02.01.2019 – 5 min – Audio

L’accès à l’énergie n’a pas été l’un des thèmes de la campagne électorale d’octobre 2019. Pourtant les eaux du lac de Gazivode, dans le nord du pays sont cruciales pour le Kosovo, notamment pour refroidir ses deux centrales électriques qui assurent l’indépendance énergétique du pays. Cette gigantesque étendue d’eau est en partie contrôlée par les autorités serbes. C’est un nouvel exemple de l’urgence pour le Kosovo de voir son indépendance reconnue par son voisin serbe, 20 ans après la fin de la guerre.

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Le reportage original ici (à 11’50).