L’Albanie, nouvelle destination touristique… des Serbes !

La « Riviera albanaise » @ LS

RFI – Accents d’Europe – 15.09.2020 – 3 min – Audio

En Albanie aussi, le secteur touristique est particulièrement touché, mais la bonne nouvelle est venue des visiteurs serbes. Pour profiter quand mêmes des rives de la Méditerranée, ils se sont rendus nombreux chez leurs voisins albanais. L’occasion de mettre à mal beaucoup de stéréotypes.

Écouter :

Le reportage original sur le site de RFI (début à 5’45).

Kosovo-Serbie: un sommet à la Maison-Blanche sans grand espoir

A Mitrovica nord, graffiti refusant l’indépendance du Kosovo @ LS

Le Soir – 03.09.2020 – Article

Deux mois après son annulation, un sommet se tient ces jours-ci à la Maison-Blanche
entre les dirigeants serbes et kosovars. Le difficile « dialogue » visant à normaliser les
relations entre les ennemis d’hier devrait se poursuivre lundi à Bruxelles sous l’égide de
l’UE.

Ce devait être l’un de ses (rares) « big success » sur la scène internationale qu’il
voulait mettre en avant pour sa réélection. Régler l’un des principaux conflits
territoriaux du Vieux Continent et se poser en faiseur de paix efficace et acclamé, en
prenant de vitesse les négociateurs de l’Union européenne, enlisés depuis une
décennie dans des tentatives infructueuses. Mais il y a peu de chances que le
président américain, Donald Trump puisse brandir un historique « accord de paix
définitif » entre la Serbie et le Kosovo, après le sommet organisé à Washington ces
jours-ci.


A Pristina et encore plus à Belgrade, les dirigeants ont pris l’avion sans grand
enthousiasme et campent sur leurs positions. Selon son président, Aleksandar
Vucic, la Serbie n’est pas disposée à reconnaître l’indépendance de son ancienne
province, déclarée avec le soutien des Occidentaux en 2008. Les conseillers du
président américain ont dû revoir leurs ambitions à la baisse. Faute d’accord final
en vue, les objectifs de cette rentrée à la Maison-Blanche se concentrent avant tout
sur l’économie. « Les deux pays devraient d’abord conclure un accord économique
avec le gouvernement américain (cela signifie un soutien financier pour les deux
pays), et ensuite un accord [devrait être trouvé] entre le Kosovo et la Serbie sur les
aspects économiques de la future coopération lors de la mise en œuvre de l’aide
américaine », explique Emrush Ujakni, expert en droit européen.

La rumeur d’un « plan secret »

Et pourtant, l’envoyé spécial pour le dialogue entre la Serbie et le Kosovo, Richard
Grenell, n’a pas ménagé ses efforts ces derniers mois pour accomplir la mission
confiée par Donald Trump en 2018. Une diplomatie éclaire, brutale, menée surtout
en coulisses, qui a irrité les diplomates de l’UE, et fait chuter le gouvernement
kosovar sorti des urnes après les législatives d’octobre dernier. A Pristina, la rumeur d’un « plan secret », signé entre les présidents serbe et kosovar sous patronage américain, qui
redessinerait les frontières du Kosovo, n’a cessé d’alimenter les inquiétudes et les
oppositions. Mais le scénario est tombé à l’eau juste avant le sommet initialement
prévu le 27 juin dernier quand les Chambres spécialisées de La Haye chargées
d’enquêter sur les crimes de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK) ont annoncé
leur décision d’accuser le président kosovar, Hashim Thaçi de « crimes contre l’humanité » et de « crimes de guerre ».


Deux mois après ce coup de théâtre, c’est le Premier ministre kosovar, Avdullah
Hoti, qui discute à Washington avec le président serbe, officiellement concernant le
transport et des questions énergétiques. Plusieurs responsables ont affirmé que la
question d’un échange de territoires n’était pas au menu des discussions et la
présence à ces réunions du locataire de la Maison-Blanche n’a pas été annoncée.
Après des mois de fortes tensions, les rivalités entre les diplomaties américaine et
européenne semblent perdurer. Comme sur d’autres dossiers, les Européens
espèrent beaucoup du résultat des élections du 3 novembre prochain outre-
Atlantique afin de retrouver une approche commune dans ces discussions
balkaniques.

Ces négociations sont en tout cas perçues avec méfiance par les opinions publiques
des deux pays, tant la légitimité des dirigeants actuels est contestée. Peu populaire,
le Premier ministre kosovar n’a pas été directement élu, et les dernières élections
serbes ont exposé la dérive autoritaire du président Aleksandar Vucic, mis sous pression par la droite nationaliste sur la question toujours très sensible du Kosovo. « Le problème de la légitimité démocratique du gouvernement du Kosovo est très débattu et je ne vois pas comment le gouvernement actuel peut faire avancer tout accord conclu avec les Serbes », s’inquiète Ermush Ujkani. « La situation est différente en Serbie, mais nous savons
tous comment l’actuel parti au pouvoir gouverne le pays où l’opposition, de facto,
n’existe pas. Les habitants de la région ont peur de la façon dont Vucic fait de la
politique, non seulement en Serbie, mais aussi de la façon dont il traite ses
voisins. » Ces laborieuses discussions devraient se poursuivre lundi 7 septembre,
cette fois-ci à Bruxelles, sous les auspices de l’UE.

L’article original sur Le Soir.

Élections au Monténégro : fin de règne pour Milo ?

Le lac Skadar au Monténégro @ LS

RTS – Info – 30 et 31.08.2020 – 1 min – Audio

Se dirige-t-on vers une fin de règne au Monténégro ? Après 30 ans au pouvoir, le parti du tout puissant président Milo Djukanovic n’a recueilli qu’un tiers des voix à des législatives qui ont eu lieu dans un contexte très tendu et en pleine pandémie. Le scrutin a fortement mobilisé les 540.000 électeurs et l’opposition, notamment pro-serbe, crie victoire. 

Les enjeux :

Les résultats :

Kosta Botunjac, chef de file de la renaissance viticole serbe

Kosta Botunjac produit 4 vins, dont un pinot noir et un prokupac @ LS

RFI – Accents d’Europe – 17.07.2020 – 4 min – Audio

Dans le sud de la Serbie, rencontre avec Kosta Botunjac. Il est peintre, mais c’est surtout le premier producteur de vin naturel du pays. Kosta Botunjac, qui tient à défendre les cépages autochtones, est l’un des chefs de file de la renaissance viticole serbe, celles d’après le vin de masse de la période socialiste.

Écouter :

Le reportage original sur le site de RFI (début à 7’40).

Le Kosovo face à l’injustice internationale

Les monuments aux martyrs de l’UCK sont très présents au Kosovo @ LS

RTS – Tout un Monde – 14.07.2020 – 8 min – Audio

Une série de rencontres menées par l’UE ont eu lieu ces derniers jours
afin de relancer un dialogue entre la Serbie et le Kosovo au point mort. Plus
de 20 ans après la guerre, les anciens ennemis ont toujours autant de mal à se
parler et à régler leurs différends. Le « Kosovo multi-ethnique » voulu par les
Occidentaux reste un vœu pieux.

Écouter :

Le reportage sur le site de la RTS.

Kosta Botunjac, Serbe sous le pied

Le vigneron Kosta Botunjac dans ses vignes @ LS

Libération – 11.07.2020. – Article

Au sud de Belgrade, dans la région d’Aleksandrovac, ce vigneron est l’un des premiers a s’être lancé, après la dénationalisation des vignes yougoslaves, dans une production 100% naturelle. Aujourd’hui son pinot, ses blancs et son prokupac s’exportent dans toute l’Europe du Nord et ses méthodes séduisent une nouvelle génération de vignerons.

Il sait que c’est le prix à payer pour mettre «la preuve» en bouteille. Pour 2020, Kosta Botunjac a déjà fait une croix sur un tiers de sa production. Les pluies estivales, diluviennes, qui transforment la Velika Morava et ses affluents en torrents boueux, malmènent ses parcelles de pinot noir. Les rameaux, qu’il couve du regard, s’élèvent bien péniblement. Le soleil manque. Mais Kosta Botunjac, 65 ans, ne s’en fait pas. «La terre est la mère. La vigne, le père. Le vin, l’enfant. Et la météo votre foi. Vous ne pouvez pas la contrôler», concède-t-il en s’en remettant aux proverbes de sa Župa natale, dans le sud de la Serbie. Ces pertes sont l’essence du défi qu’il s’est lancé il y a plus de vingt ans : redonner de l’élégance au podneblje, le terroir de la région d’Aleksandrovac, à quatre heures de route au sud de Belgrade. Un défi qu’il relève en acceptant les aléas, sans chercher à dominer les éléments.

Levures sauvages. C’est en s’asseyant en fin de journée à la terrasse des Botunjac, lorsque le tonnerre gronde au loin sur les monts Kopaonik, les «montagnes du soleil», que la «preuve» agit. Les odeurs de fleurs et de champs humides se prêtent au mieux à la découverte de la vedette de la petite maison, le Pino Botunjac, 100 % issu du cépage français pinot noir. La première rencontre avec ce vin aux arômes de fruits des bois, léger et lumineux, matérialise l’état d’esprit du lieu, entretenu par le vigneron et sa femme, Nevanka : une transparente simplicité, une honnêteté confiante, sûre de ses atouts, qui met le visiteur à son aise, un sourire aux lèvres. «A la fin, la preuve est dans le verre, qu’est-ce qu’il faut d’autres ? Il faut juste laisser le vin parler», souffle-t-il avant de trinquer. Et prendre le temps d’apprécier les douces subtilités de cette Hrašnjaci, cette terre de vieux chênes.

Pour «faire d’un diable, un ange en bouteille» avec l’impétueux pinot noir, Kosta Botunjac s’est libéré des implacables méthodes des coopératives du maréchal Tito (1892-1980). Relégués aux oubliettes de l’histoire rouge, les objectifs de rendement et leurs vins tanniques qui n’auguraient que des lendemains difficiles. Le vigneron, amateur de toiles néoromantiques, sait manier les chiffres. Mais il mise d’abord sur la qualité. Un seul objectif pour le palais : un «dobro vino», un bon vin. Au milieu des 3 000 hectares de vignes de la Župa, la colline où il vit et travaille, se dévoilent, en toute modestie, 2,5 hectares, 4 vins et 10 000 bouteilles par an. Une production limitée qui ne doit pas non plus au hasard.

A contre-courant des douloureuses années 90, Kosta Botunjac a fait le choix du naturel, mais sans le brandir en étendard. «Quand je me présente, je dis juste « voilà mon vin », rien de plus. Mes méthodes de production sont proches de la biodynamie [techniques de culture et de vinification prônant le respect des cycles de la Terre et de la Lune, en excluant la chimie, ndlr], mais pour moi c’est plutôt un retour aux traditions. Le naturel est un peu à la mode, mais beaucoup de gens mentent sur ce qu’ils font. Dire que l’on fait du vin bio, c’est souvent pour justifier qu’il est mauvais.»

S’il n’est pas avare de bons mots, son passé d’ingénieur l’oriente avec sérieux dans sa quête œnologique. Pour les deux rouges et les deux blancs de la Vinogradi Botunjac, pas d’additifs mais des levures sauvages, pas de pompage électrique mais l’utilisation des lois de la gravité durant tout le processus de production, et des vins non filtrés, et pourtant clairs. La petite taille de sa cave lui permet aussi de sortir ses fûts pour un bain de soleil en plein hiver. «Un truc de grand-père pour accélérer l’élimination des résidus.»

 16/02/2020 : View of the hills that make the Zupa wine region in SerbiaŽupa, région natale du vigneron, dans le sud de la Serbie, le 16 juin. Photo Ana Skoric

Secrets. Artiste-peintre, ingénieur mécanique pendant plus de vingt ans, amateur d’histoire, Kosta Botunjac s’est fait une place de choix dans un paysage viticole serbe débarrassé du carcan planificateur de la Yougoslavie socialiste. Une place d’artiste avec une touche d’excentricité qui le pousse par exemple à élaborer, les bonnes années, son Svetih Ratnika : 500 à 900 bouteilles produites à partir de 70 % des grappes de la deuxième génération, les Jagurida, récoltées cinq semaines après leurs aînées, auxquelles elles se mêlent, pour un pinot d’exception. Cet homme aux yeux rieurs puise sa créativité de vigneron dans les racines familiales. Les fûts de chêne de sa petite «podrum», la cave, il y est tombé dès l’enfance. Deux grands-pères et un père à temps plein dans le vin, pas d’autres choix que de prendre le relais.

L’histoire de la famille Botunjac, c’est un peu celle du XXsiècle européen. De cette autre Europe des Balkans qui fait office de frontière mouvante entre Orient et Occident, et où les vignes subissent les purges des changements d’empires. Volontaire auprès de l’armée française durant la Première Guerre mondiale, le grand-père, Dragomir, n’a pas seulement risqué sa vie dans l’Hexagone : après l’armistice, il est resté dans l’Est de la France pour travailler. Il fut pris d’affection par son patron vigneron qui l’envoya en formation dans le Bordelais. Son talent lui valut même une proposition de mariage avec la fille de son protecteur, mais il préféra retourner sur ses terres natales, célibataire mais des projets plein la tête pour les trop banales vignes familiales. Et dans ses bagages tricolores, un souvenir qui fait aujourd’hui le bonheur de son petit-fils : des pieds de pinot noir.

C’est au cours de la seconde boucherie militaire que le grand-père est fait prisonnier des nazis. Alors qu’il pense finir ses jours dans un camp autrichien, il parvient à envoyer une carte postale au village avec, pour testament, les secrets de fabrication du prokupac, ce rouge autochtone de Serbie. Mais, en 1945, la victoire des partisans titistes marque le début d’une ère nouvelle pour les Slaves du sud et le socialisme autogestionnaire doit s’édifier sans les trop riches propriétaires terriens. Le grand-père est incarcéré et les vignes familiales, comme toutes celles du pays, sont nationalisées. L’heure est à la production de masse au sein de l’entreprise d’Etat Vino Župa. Dans les années 70, la fédération yougoslave rentra même dans le top 10 mondial avec 6 millions d’hectolitres annuels. Mais pour l’élégance du bouquet, passez votre tour.

Et pourtant, sur la bouteille qu’il place devant lui, le vigneron a écrit «Sveti Gral». Le «saint Graal» qu’il a dessiné lui-même sur l’étiquette, c’est la boisson reine de cette Župa, cœur de la Serbie médiévale : le généreux prokupac. Un breuvage des nobles et des moines, que l’on dit servi dans la région depuis des centaines – des milliers ? – d’années.

 1/07/20 : New grapes growing in the vineyard BotunjacC’est le grand-père du vigneron qui a rapporté de France, après la Première Guerre, les premiers pieds de pinot noir. Photo Ana Skoric

Chênes. Pour ce cépage endémique à la robe foncée, aux arômes de chênes et à l’acidité marquée, on ne lève pas les secrets du grand-père. «Le prokupac a une peau plus résistante, plus forte que le pinot. Sa macération est plus importante mais sa fermentation plus facile.» Les raisins du pays, Kosta Botunjac y tient. Il a ainsi sauvé de la disparition le rarissime Jagoda, qui va pour «fraise» en français. Ses voisins ont délaissé cette variété locale déconcertante, mais lui en tire, depuis 2011, un blanc demi-sec aux notes aromatiques et à la finale longue, pour un apéritif haut de gamme.

Chez les cavistes ou les restaurants à la carte de Belgrade, les vins de Botunjac se sont fait leur nom. Ses bouteilles s’exportent dans le nord de l’Europe, et ses méthodes attirent aussi la nouvelle génération de vignerons. «Va chez Kosta !» répond-on en Serbie à quiconque cherche à allier bon vin et méthodes naturelles. Eugenio Berra, qui travaille pour le mouvement Slow Food dans les Balkans, acquiesce : «Kosta joue en quelque sorte un rôle de guide car il a été l’un des premiers en Serbie à se lancer dans une production de vins 100 % naturels. Et aujourd’hui, il y a un marché pour ces vins. Un marché petit, mais qui se fait sa place, porté par la demande.»

Des étés chauds, des sols riches et préservés, une multitude de microclimats… les potentialités des reliefs de la Župa, Kosta Botunjac aimerait les léguer à sa fille. La jeune femme doit encore convaincre son compagnon de quitter la capitale. Mais quand l’on monte derrière la maison, au sommet de la colline, on comprend d’où le pino Botunjac tire sa puissance tranquille. A quelques pas d’une forêt de chênes centenaires, trois massifs montagneux entourent les parcelles de vigne et le soleil, finalement, se fait doux. «Quoi d’autres ? Il faut juste laisser parler le vin.»

Le reportage original sur Libération.

Des accusations de crimes de guerre agitent le sommet Serbie-Kosovo

La plupart des villes du Kosovo ont affiché leur soutien au Président @ LS

Libération – 10.07.2020 – Article

Le président kosovar est visé par la Cour de La Haye, alors que Paris et Berlin organisent ce vendredi une conférence pour tenter de relancer le dialogue entre les deux anciens ennemis.

Leurs plaques de marbre bordent les routes et modèlent presque chaque place des villes du Kosovo. Souvent en treillis et fusil au poing, les visages des jeunes «martyrs» de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), témoignent de la quête d’identité du plus jeune pays d’Europe. Douze ans après sa déclaration d’indépendance et vingt-et-un ans après le conflit qui a coûté la vie à près de 13 000 personnes (dont plus de 10 000 Albanais), l’ex-province méridionale de la Serbie se cherche toujours une âme et une reconnaissance internationale.

La tentative des dirigeants français et allemand de faire redémarrer un dialogue Belgrade-Pristina sous l’égide de l’Union européenne ce vendredi, interrompu il y a dix-huit mois, n’enthousiasme pas les Kosovars. Sur cette terre au cœur des Balkans flotte peu le drapeau bleu aux étoiles jaunes, symboles du Kosovo «multiethnique» hissé par la volonté de la communauté internationale. L’ombre de l’aigle rouge et noir albanais plane sur ce territoire de moins de 2 millions d’habitants.

Mais le 24 juin, les chambres spécialisées de la Cour pénale internationale de La Haye pour le Kosovo, chargées de juger les crimes potentiels commis par l’UCK, ont froissé les pages du glorieux roman national que rédigeaient les autorités de Pristina. «Crimes contre l’humanité» et «crimes de guerre» : les accusations portées envers l’actuel président du Kosovo, Hashim Thaçi, ont provoqué une vive émotion chez les Albanais des Balkans.

Dans son bastion de la vallée de la Drenica, l’ancien dirigeant de l’UCK, alias «le serpent», peut compter sur une solidarité sans faille des habitants. «Ce sont des accusations malsaines qui sont lancées depuis Belgrade, contre-attaque Ramadan, 47 ans. Elles n’ont absolument aucune base factuelle. Thaçi a bien agi. L’UCK n’a jamais tué des femmes ou des vieillards, jamais.»

Nouvelle page

Le président kosovar a annoncé qu’il se rendrait lundi à La Haye pour y être entendu par les juges et répondre des accusations d’une centaine de crimes commis en 1998-1999 contre des Serbes, des Roms, mais aussi des opposants politiques albanais. Il a assuré qu’il démissionnerait si les accusations débouchaient sur une inculpation formelle.

Héros de l’indépendance et stratège militaire ? Ou mafieux mêlé au trafic d’organes devenu un dirigeant corrompu ? Lui aurait aimé écrire une nouvelle page de sa vie à Washington il y a deux semaines, en obtenant une reconnaissance historique de son pays par son ennemi d’hier, l’actuel président serbe, Aleksandar Vucic.

C’est dans l’avion qui le conduisait à un sommet Belgrade-Pristina voulu par la diplomatie de Donald Trump que le dirigeant kosovar a appris les accusations portées contre lui et Kadri Veseli, l’un des fondateurs de l’UCK et l’actuel chef du parti présidentiel, le Parti démocratique du Kosovo (PDK). De façon inédite, les juges ont préféré rendre les accusations publiques «en raison des efforts répétés [des deux hommes] pour entraver et saper le travail [du tribunal]», avec pour conséquence le report du sommet prévu outre-Atlantique. Selon plusieurs observateurs, les magistrats et diplomates européens redoutaient que Hashim Thaçi n’obtienne une forme d’amnistie lors de ses entrevues à la Maison Blanche. 

Symbole

Au Kosovo, le timing de ces accusations ne fait pas de doute sur leur nature. Pour beaucoup, elles sont surtout «politiques». C’est en tout cas ce que pense Argjent, 25 ans, rencontré près de la rue de l’Exode-de-1999, qui rappelle la fuite de centaines de milliers de Kosovars vers l’Albanie ou la Macédoine du Nord voisines lors de l’intervention des forces serbes. «Je suis vraiment remonté contre ces accusations, explique le jeune homme. Ce n’est pas nous qui avons commis les crimes, nous avons été les victimes. Nous avons subi des périodes très dures et avons dû faire face à l’ennemi. Ces accusations sont plus politiques que basées sur des faits.»

L’initiative franco-allemande laisse les Kosovars de marbre. «L’UE n’a jamais pris parti, ni pour les Serbes ni pour les Kosovars, alors que les Etats-Unis se sont montrés plus décidés à obtenir rapidement un accord, déplore Argjent, qui compte partir travailler en Allemagne. Et puis, on a déjà signé plusieurs accords qui n’ont jamais été appliqués.»

A Mitrovica, ville coupée en deux et symbole des murs invisibles du Kosovo, les drapeaux serbes flottent partout dans la partie Nord. le parti d’Aleksandar Vucic impose avec force sa volonté dans ces «enclaves serbes» qu’un possible et risqué redécoupage des frontières pourrait rattacher à Belgrade. «Les gens normaux veulent simplement trouver une solution pour vivre ensemble, Serbes et Albanais, lâche Milos, 29 ans. Nous voulons la paix et la liberté. Moi, je veux juste vivre en Serbie. Et je pense que le Kosovo, c’est la Serbie. Ça l’a toujours été et ça le sera toujours.»

Le reportage original sur le site de Libération.

A Belgrade, une cybersurveillance à la chinoise

Huawei développe sa technologie en Serbie @ LS

RFI – Accents d’Europe – 06.07.2020 – Audio

Aux limites de l’Europe, les Balkans ont ouvert leurs portes aux investissements chinois et à la fameuse route de la soie. Industrie, chemin de fer, autoroute Pekin dépense des milliards en Serbie. Et le président Aleksandar Vucic qualifie même son homologue chinois de frère. Il va jusqu’à installer des technologies chinoises bien peu respectueuses des libertés individuelles, comme ces caméras de surveillance.

Écouter :

Le reportage original sur le site de RFI (à partir de 2’18).

Au Kosovo, Serbes et Albanais luttent ensemble pour protéger leurs rivières

Les chantiers sont menés sans aucun soucis de l’environnement @ LS

Reporterre – 02.07.2020 – Article

Dans la vallée de la Lepenac, au Kosovo, Serbes et Albanais se battent ensemble pour protéger leurs rivières des investisseurs. Des milliers de projets de mini centrales hydroélectriques assèchent les cours d’eau et mettent en péril les cultures locales.

Dragoljub Milanovic est désespéré. Depuis plusieurs mois, ce retraité serbe, qui a travaillé en France dans les années 70, voit tous les jours les bulldozers entamer le lit des cours d’eau de sa vallée. «Ici, avant, on faisait un petit barrage avec les pierres et puis on se baignait dedans, raconte-t-il la voix brisée. Et on pouvait boire l’eau en toute tranquillité. Mais après les bombardements et puis maintenant avec ces chantiers, adieu. L’eau est dégueulasse.» À quelques mètres seulement de sa maison, la belle rivière Murzica, qui coule entre les saules et les frênes depuis le sommet des montagnes de Shar, est complètement ravagée. Régulièrement, l’accès à l’eau des habitants de la vallée est coupé la nuit.

«Et là, vous voyez ce tuyau où ils vont faire passer la rivière?, dénonce Dragoljub, alors qu’un bulldozer soulève pierres et troncs d’arbres dans un vacarme assourdissant. Depuis qu’ils ont commencé, il n’y a aucun panneau! Ils ont signé des papiers qui ne sont pas en règle. Ils ont donné l’autorisation comme ça, dans un café du coin.» Autour du «chantier», aucun permis de construction n’est affiché et les ouvriers ne portent ni casque ni uniforme. La situation est identique sur presque tous les cours d’eau de la région et jusqu’au cœur du parc national de Shar, où des tuyaux ont été installés.

Les petites centrales hydroélectriques qui se construisent sur la vallée de la Lepenac sont vivement contestées par les habitants. Devant la mairie de Shterpce, ils dénoncent chaque mois le manque de transparence et la corruption qui entourent ces projets. Dans les Balkans, on compte près de 3.000 centrales hydroélectriques en projet ou en cours de construction. Des investissements très rentables qui ne répondent pas aux réels besoins énergétiques locaux car l’électricité produite est vendue sur les marchés internationaux et utilisée en majorité par les industries.

La rivière Lepenac.

Vingt ans après la guerre qui les a meurtris, la région de Shterpce est l’une des rares au Kosovo où Serbes et Albanais vivent encore ensemble. Entre mars 1998 et juin 1999, la folie nationaliste et l’idéologie criminelle du «nettoyage ethnique» du président serbe Slobodan Milošević ont coûté la vie à près de 13.000 personnes — plus de 10.000 Albanais et 2.200 Serbes selon le Humanitarian Law Center basé à Pristina, la capitale du Kosovo. Un conflit sanglant, achevé sous les bombes de l’Otan, qui a marqué le point final de la désintégration de la Yougoslavie socialiste.

Les travaux ont lieu à quelques mètres de la maison de Dragoljub.

Aujourd’hui, le conflit est encore présent au quotidien au Kosovo — désormais indépendant —, les politiciens agitant les idées nationalistes pour mieux régner et favoriser leurs intérêts économiques. Dans ce contexte, Donald Trump voulait un «big success», parfait pour sa campagne électorale : le président américain devait réunir les présidents serbe et kosovar afin d’obtenir à tout prix un accord sur la question complexe du Kosovo, un État que la Serbie ne reconnaît pas. Mais le président kosovar, Hashim Thaçi vient d’être officiellement accusé de «crimes contre l’humanité» et «crimes de guerre», et le sommet de Washington est reporté.

Sur le terrain, Serbes et Albanais dépassent pourtant souvent les divisions et les stigmates, comme dans la vallée de la Lepenac — où les premiers vivent dans des «enclaves», où flottent encore quelques drapeaux serbes — pour protéger leurs rivières des investisseurs.

Presque toutes les rivières de la vallée risquent de disparaître dans les tuyaux.

«C’est l’intérêt de tout le monde qu’on doit défendre, parce que s’il n’y a plus d’eau, il n’y aura plus personne»

Ainsi, depuis fin 2018, Dragoljub discute régulièrement avec ses voisins albanais, comme Agron Rushiti qui habite un peu plus loin dans la vallée. «Bien sûr, on se connaissait. Mais le plus souvent, c’est la rivière qui nous réunit, explique Agron, un mécanicien d’une quarantaine d’année. Dans notre village de Bitinja, on ne va pas seulement protester entre Albanais, on y va aussi avec les Serbes. Parce que c’est l’intérêt de tout le monde qu’on doit défendre, parce que s’il n’y a plus d’eau, il n’y aura plus personne.» Comme des dizaines de familles de la région, Agron cultive quelques hectares de framboises, mais aussi des céréales. Dans un pays où les ressources sont limitées, la plupart des habitants de la Lepenac dépendent au quotidien de l’eau des rivières. L’assèchement des cours d’eau par les centrales hydroélectriques pourrait avoir des conséquences catastrophiques.

«Pour nous, l’eau c’est la vie, plaide Agron, grave. Et pour le profit de deux ou trois personnes qui vont gagner des millions, on va sacrifier toute une communauté. Tout ce qu’on produit dans les champs ici, c’est grâce à la rivière Lepenac. Si ça change, il n’y a plus de vie.» En aval des premières centrales terminées, la Lepenac est déjà quasiment à sec et c’est pourtant le mois de juin : la saison de la fonte des neiges. Fabien Techene est le représentant de WWF Adria pour le Kosovo. Il vient souvent à la rencontre des populations qui s’opposent à ces barrages.

Les habitants de la vallée dépendent notamment de la culture de framboise.

«Il y a des mobilisations similaires en Bosnie, raconte-t-il en inspectant un chantier. Même s’il y a des tensions, qu’on soit Albanais, Serbe ou Croate, l’impact est le même. Et à partir de là, les gens se réunissent autour de ce problème commun.» Malgré les difficultés, les différentes communautés d’ex-Yougoslavie arrivent à dépasser les divisions liées aux conflits des années 90 afin de protéger le bien commun.

«L’Union européenne, au lieu de nous aider, finance ces gens qui détruisent nos conditions de vie»

Sur le long terme, ces constructions posent de réels problèmes pour l’environnement comme pour les populations, surtout que le Kosovo est déjà en situation de stress hydrique. Selon Fabien Techene, les centrales construites sur la Lepenac risquent d’aggraver le problème. «Les ressources en eau du pays sont déjà relativement faibles, explique-t-il. Si on ajoute aux pollutions industrielles des centrales hydroélectriques qui assèchent les rivières, sur cinq, six ou dix kilomètres parfois, on se retrouve avec un pays qui n’a plus vraiment de tronçons de rivières de bonne qualité, avec une quantité d’eau suffisante.»

Portée par une image verte, l’énergie hydraulique a le vent en poupe dans les Balkans. Souvent favorisée par la corruption des autorités locales, cette «ruée vers l’or bleu» touche surtout les petites rivières sauvages et n’épargne pas les zones protégées. Des centaines de ces barrages sont ainsi construits dans des parcs nationaux comme dans les montagnes de Shar. Dans un rapport paru l’an dernier, l’ONG Bankwatch pointait le soutien financier accordé par les États des Balkans, candidats à l’intégration à l’Union européenne (UE), à ces centrales de moins de dix mégawatts. Des aides en contradiction avec les directives de l’UE en matière de protection de l’environnement mais qui bénéficient, aussi, à des compagnies basées dans les capitales de l’UE. Derrière les investisseurs locaux, Autrichiens, Croates, Italiens ou Français se cachent souvent derrière des montages financiers complexes.

Une centrale terminée.

Après des années de scandales politiques, l’idéal du «Kosovo multiethnique» promu par la communauté internationale a bien du mal à toucher des citoyens découragés par la corruption et l’impunité des réseaux criminels. Lors de leurs mobilisations pour la sauvegarde de leur environnement, les habitants de la Lepenac ont parfois été violemment repoussés par les forces de police. Stoyan Josimovic, Serbe, est l’un des porte-parole des habitants de la Lepenac. «Nous, nous ne sommes pas des politiciens et, avec nos mobilisations, nous avons montré que nous sommes vraiment pour le vivre-ensemble et le bien commun. L’UE, au lieu de nous aider, aide ces gens qui détruisent nos conditions de vie. Elle les finance alors qu’ils détruisent notre vie.»

Dans un contexte tendu, les Serbes et les Albanais de la Lepenac arrivent à rester unis et continuent leur lutte pour le bien commun. Une demande de justice qui a peu de chances d’être entendue par la diplomatie américaine de Donald Trump qui pousse de toutes ses forces à un accord entre les deux pays. Un accord qui pourrait aboutir à une dangereuse redéfinition des frontières de la région, et faire ressurgir les tensions nationalistes.

Le reportage original sur Reporterre.

Dans le nord de l’Albanie, des noix de l’espoir

Denisa et son frère inspectent leur plantation récente de noyers @ LS

RFI – Accents d’Europe – 01.07.2020 – 5 min – Audio

Dans le nord-est de l’Albanie, à 24 ans, Denisa Gatchaï porte les espoirs de toute une famille. La région, longtemps isolée et pauvre en ressources, voit partir sa population : villages désertés et écoles de plus en plus vides. Mais, la famille Gaxhaj veut continuer à vivre sur ses terres. Elle a décidé d’investir dans la culture des fruits secs pour passer d’une agriculture vivrière à une agriculture commerciale.

Écouter :

Le reportage original sur RFI (à 13’45).