De Lyon à Tirana, le retour pas si volontaire d’une famille albanaise

Ina et ses filles de retour en Albanie @ DR

Libération – 03.03.2021 – Article

Après le refus de leur demande d’asile en France, Ina et ses filles se sont résignées, mi-janvier, à retourner en Albanie avec le dispositif proposé par l’Office de l’immigration et de l’intégration. «Libération» les a suivies, depuis le premier jour de leurs démarches jusqu’à leur arrivée dans leur pays d’origine.

Écrit avec Gurvan Kristanadjaja

Pour les étrangers en situation irrégulière en France, le parcours vers un titre de séjour est souvent long et épuisant. Il faut courir les rendez-vous, appeler des numéros qui ne répondent pas, remplir d’innombrables dossiers dans lesquels il manque toujours un document, pour parfois se voir refuser l’accès à des papiers. Le tout dans une précarité certaine, tant il est difficile pour ces exilés de trouver un travail et un toit. Après quelques années de vie en France, certains finissent par solliciter un retour volontaire dans leur pays d’origine. L’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) rend ces démarches possibles depuis 2005, et accorde en échange une petite somme d’argent (autour de 300 euros par personne, jusqu’à 1 850 euros). En 2020, plus de 4 000 étrangers ont fait cette demande, pour beaucoup des demandeurs d’asile déboutés et des «dublinés» (menacés d’expulsion car ils ont fait une demande d’asile dans un autre pays européen, ce qui est contraire au règlement de Dublin). Pour comprendre ce qui pousse ces personnes à vouloir rentrer dans leur pays, Libération a suivi une famille depuis le premier jour de ses démarches en France jusqu’à son retour au pays.

14 janvier 2021 : «C’est en France que je me sens chez moi»

Ina et ses quatre filles se sont présentées avec un peu de retard à leur rendez-vous à l’Ofii. Pour cette mère de famille albanaise sans travail, chaque déplacement requiert une organisation millimétrée. Elles sont hébergées depuis quatre ans par le 115 dans la commune de Châtillon-d’Azergues, dans le Rhône, à une trentaine de kilomètres des bureaux lyonnais de l’Ofii. C’est un beau cadre pour élever des enfants : un petit village du XIIe siècle, perdu dans les reliefs du Rhône. Mais dès qu’il faut se rendre à la grande ville, c’est l’expédition. Il faut marcher, prendre le bus, puis le train… et tout cela avec quatre filles âgées de 3 à 11 ans, dont une en poussette.

Ce trajet, la famille l’effectue peut-être pour la dernière fois ce jeudi. Ina vient déposer une demande de retour en Albanie, à Elbasan précisément, d’où elle est originaire. Pour la mère, qui a quitté son pays en 2013 parce qu’elle ne s’y sentait pas «en sécurité» («Un homme voulait profiter de moi», dit-elle pudiquement), c’est une décision difficile à prendre. Mais elle assure qu’elle n’a «pas le choix». «Je suis séparée du papa de mes enfants. Lui, il est retourné en Albanie, et il menace de prendre mes filles. Il faut que je rentre pour faire les démarches du divorce et régler la garde. Je ne peux pas faire ça en France, car je n’ai pas de papiers», explique la mère de 26 ans, cheveux bruns et yeux verts perçants, dans un bon français. Ses demandes d’asile en France et en Allemagne ont été rejetées. Depuis qu’elle a été définitivement déboutée en 2019, elle est en situation irrégulière, et donc sous la menace d’une expulsion.

Si ses deux cadettes nées en France sont encore trop jeunes pour comprendre ce qui se trame, les aînées, elles, sont lucides. «Je ne veux pas rentrer en Albanie. Je pensais que j’allais terminer mes études ici. Je suis habituée à la vie en France», regrette Zerina, la plus grande, 11 ans. Yasmina, 9 ans, yeux de sa mère et masque TikTok à la mode sur le nez, abonde : «Ben oui, maman, pourquoi on doit partir ?» La famille n’est pas retournée au pays depuis cinq ans. «Mes filles ne sont pas d’accord avec mon choix», glisse Ina. Qui assure les comprendre : ses enfants n’ont presque connu que la France, y ont noué des amitiés à l’école, et se sentent finalement plus françaises qu’albanaises. D’ailleurs, quand Ina leur parle dans sa langue maternelle, elles répondent en français. Elle-même le reconnaît, «l’Albanie n’est pas un bon pays pour grandir». Il y a cinq ans, elle a essayé de vivre en Allemagne, mais c’est la France qu’elle préfère, sans qu’elle sache pourquoi : «Une question de ressenti, c’est ici que je me sens chez moi.»

A l’Ofii, la famille est accueillie par une agente dans un petit box façon Pôle Emploi. Ina sort un épais classeur vert, qui contient tous les papiers qu’elle a accumulés en France. «Pour la réservation des billets, j’ai besoin des passeports», précise l’agente de l’Ofii. «Vous allez réserver les billets maintenant ?» s’inquiète la mère de famille. «Ça va prendre du temps tout ça, hein ? On ne va partir que dans trois ou quatre mois, j’espère…» demande-t-elle, finalement pas tout à fait certaine de vouloir vraiment y aller. «Pour le retour, vous aurez 300 euros par personne comme pécule. Ce sera un solde qu’on vous donnera dans votre pays», poursuit l’agente. La mère de famille albanaise semble découvrir que l’on touche de l’argent pour ces démarches. «Mais je pourrai vraiment retirer cet argent à l’aéroport en Albanie ?» interroge-t-elle. L’agente acquiesce. Elle lui montre l’écran d’ordinateur : «Vous allez avoir 1 500 euros pour vous toutes.»

Au moment de quitter les locaux de l’Ofii, Ina semble soulagée, ses filles résignées. Elle attend le dernier moment pour prévenir le foyer de son départ, de peur d’en être expulsée. Désormais, son avenir dépend d’un coup de téléphone lui annonçant un vol imminent pour Tirana, la capitale de son pays natal.

16 février : «Ça va et ça va pas»

Le téléphone a sonné il y a trois jours. «Vous prendrez le vol Pegasus numéro XXXX de 12h35.» En attendant, la famille a élu domicile dans un foyer d’hébergement temporaire de l’Ofii, dans le VIIIe arrondissement de Lyon, dernière étape avant l’Albanie. Les filles ont débarqué avec toutes leurs valises et quelques sanglots. La pièce est spacieuse et propre, mais au fond peu importe, car tout ça n’est que temporaire. Quand on lui demande comment elle se sent, à la veille du grand départ, Ina répond : «Ça va et ça va pas.» Sa version du «comme ci comme ça».Lundi, elle a dû annoncer aux maîtresses des enfants qu’elles rentraient en Albanie. «Elles étaient très tristes, les filles aussi… Elles m’ont dit : “Si t’as besoin de quelque chose, on peut t’aider.” Ça m’a fait plaisir.»

Elle règle les derniers détails avant son arrivée à Tirana : à l’aéroport, sa mère viendra la chercher. Ina est désormais convaincue que son retour au pays n’est que temporaire. «Je vais finir toutes mes démarches là-bas, demander le divorce. Et quand ça sera terminé, on retournera en France. En Albanie, ce n’est pas une vie pour moi, ni pour les enfants. L’école n’est pas bonne, il n’y a pas de travail», explique la jeune femme.

17 février : «Je suis prête»

Ce mercredi matin, les filles ont été reçues à l’aéroport de Lyon par l’Ofii, qui leur a souhaité «bon voyage». Juste avant de décoller, Ina nous envoie un message : «C’est bon, je suis prête.»

21 février : «On cherche tous ailleurs une vie meilleure»

Voilà quatre jours qu’Ina et ses filles sont arrivées en Albanie. Le voyage s’est bien passé, même si Zerina, l’aînée, avait «hâte de toucher terre». La famille est d’abord allée chez la mère d’Ina, à Durrës, le principal port et la deuxième ville d’Albanie. L’occasion pour les filles d’oublier un peu ce départ difficile de la région lyonnaise : le long du front de mer, elles sont allées à la fête foraine locale. Yasmina, 9 ans, se sent «si libérée ici», car le port du masque n’est pas aussi strict qu’en France.

Ce dimanche après-midi, les filles reviennent tout juste à Elbasan, la ville où Ina a grandi avec ses grands-parents, dans le centre du pays. La maison se trouve tout près du centre-ville, dans une ruelle tordue aux murs blancs. On y entre par une petite cour où chantent des chardonnerets en cage, et on s’assoit sur les canapés beiges dans le salon. Quatre générations sont présentes : Ina et ses filles, sa mère, ses grands-parents, son oncle et sa fille. Tout le monde rigole et écoute Arita, la petite dernière âgée de 3 ans, décrire dans de longues phrases en français sa copine de Châtillon, Elsa. Est-ce que quelque chose leur manque déjà de la France ? «Tout !» répondent les enfants en chœur.

Ina ne compte pas rester longtemps à Elbasan : «C’est juste pour les papiers du divorce, comme je suis inscrite à la mairie ici. Mais on va habiter chez mes parents à Durrës.» Les aînées commencent à raconter les différentes étapes de leur périple depuis leur dernier départ d’Albanie. Dans le fond de la pièce, la mère et les grands-parents écoutent attentivement. On dirait qu’ils comprennent le français, car ils hochent souvent la tête, l’air désolé. Depuis la chute de la dictature stalinienne en 1991, l’Albanie a connu plusieurs vagues d’émigration massive. Des départs poussés par la pauvreté, la corruption, le manque de confiance dans les institutions locales. Entre 2009 et 2019, plus de 196 000 Albanais ont déposé une demande d’asile au sein de l’Union européenne. Selon l’institut national des statistiques, plus d’1,5 million d’entre eux vivent aujourd’hui à l’étranger, contre un peu moins de trois millions au pays. «On cherche tous ailleurs une vie meilleure», résume Ina.

Tout d’un coup, on frappe au portail. Ina se lève et rapidement, on l’entend élever la voix et refermer brusquement la porte. Elle revient, et s’allume une cigarette slim Trokadero prise à son grand-père : «Et voilà, c’est mes soucis qui recommencent. On pense qu’on les oublie avec la cigarette…» La famille de son ex-mari habite le même quartier. Ina explique qu’ils cherchent à récupérer les quatre filles, car en Albanie, la tradition veut que ce soit la famille du père qui garde les enfants. C’est pour ça qu’Ina préfère ne pas rester à Elbasan, mais plutôt retourner dès le lendemain chez sa mère, à Durrës.

La conversation se fait à nouveau plus gaie grâce aux blagues des enfants. Assise sur une chaise au fond du salon, Adelina, la grand-mère, couve Ina d’un œil tendre. La jeune femme souffle : «C’est difficile de rentrer comme ça, dans ces conditions compliquées, où ce sont mes proches qui doivent m’aider. Là, c’est du stress pour ma famille aussi.» Elle n’a pas encore réfléchi à la scolarisation de ses filles en Albanie. Au fond, elle espère que les petites pourront bientôt retrouver les classes de Châtillon. Pas gagné : les bénéficiaires de l’aide au retour volontaire ne sont pas censés retenter leur chance en France. Quant à obtenir l’asile, il lui faudrait pour cela présenter de nouveaux éléments. En Albanie, les contrôles au départ se sont d’ailleurs renforcés depuis quatre ans, avec la présence à l’aéroport d’un policier français. Mais ce décalage entre la réalité de la situation migratoire et les attentes d’Ina ne semble pas décourager la jeune femme : «En albanais, on a un proverbe qui dit : “L’humain, là où tu le laisses, il s’habitue.” Moi, je me suis habituée à la France.»

Le reportage sur le site de Libération (abonné).

Covid-19 : Le Kosovo touché de plein fouet par la crise

Dentiste à Prizren @ LS
Dentiste à Prizren @ LS

RFI – Accents d’Europe – 24.02.2021 – 5 min – Audio

Au Sud des Balkans, le Kosovo, petit pays de deux millions d’habitants, un des plus pauvres d’Europe, n’a pas fini de payer la note du Covid. Dans un pays qui survit grâce à l’économie informelle, mais aussi surtout grâce à l’argent de la diaspora, la pandémie a fait plonger plus d’une famille.

Écouter :

Le reportage sur le site de RFI (à 9’10).

30 ans après la chute de la dictature communiste en Albanie

Ancien prisonnier politique, Saimir Maloku montre une photo de la chute de la statue du dictateur @ LS

RTBF – Transversales – 20.02.2021 – 13 min – Audio

C’était il y a exactement 30 ans. Le 20 février 1991, à Tirana, en Albanie, une foule de manifestants révoltés font tomber l’immense statue du dernier dictateur stalinien d’Europe, Enver Hoxha. Surnommée la « petite Corée du Nord de l’Europe », l’Albanie, isolée et économiquement très pauvre, entame alors une bien incertaine « transition » vers la démocratie. 30 ans après, quels regards portent les Albanais sur ces espoirs de démocratisation ?

Écouter :

Le reportage sur le site de la RTBF.

Albanie, trente ans après, «L’Union européenne ne nous accepte toujours pas»

Saimir Maloku a participé au déboulonnage de la statue d’Enver Hoxha à Tirana @ LS

La Tribune de Genève – 20.02.2021 – Article

Le 20 février 1991, les Albanais faisaient tomber la statue du dictateur
stalinien Enver Hoxha. Trente ans plus tard, les manifestants portent un
regard désabusé sur la révolution.

«Quand elle est tombée, je me souviens avoir entendu cette voix qui m’a dit:
«Oh Saimir, va frapper la tête du dictateur!» raconte Saimir Maloku, 75 ans.
«Donc, moi, comme un aigle, je suis monté sur la statue pour frapper la tête
du dictateur. C’était comme si j’y plantais le drapeau de la démocratie.»
L’immense statue de bronze d’Enver Hoxha dominait la place centrale de
Tirana. Partout dans la petite République populaire d’Albanie, les slogans
d’Hoxha, mort en 1985, s’imposaient aux 3,5 millions d’Albanais depuis
presque un demi-siècle, jusqu’au 20 février 1991.

Politiquement isolé et économiquement en faillite, le dernier régime stalinien
d’Europe est alors ouvertement contesté dans la rue. Ce 20 février, des
milliers de personnes affamées et exaspérées convergent vers le centre de la
capitale et s’opposent aux forces de l’ordre. Enfermé pendant neuf ans pour
«agitation et propagande» sous la dictature (1944-1991), Saimir Maloku est
l’un de ceux qui ont passé les cordes autour de la statue. Au bout d’une heure
d’effort, les manifestants prodémocratie font tomber le monument dans une
ambiance survoltée. «Tout le monde pleurait de joie! On avait fait tomber
cette saleté! Les gens criaient: «Enver, Hitler», raconte Saimir Maloku.

«Après, l’un de mes cousins, Ardian, a accroché la tête du buste du dictateur à
un camion et on l’a traînée à travers la ville jusqu’à la cité étudiante.» Là où
depuis des mois, les étudiants réclament le changement, à coups de
manifestations et de grèves de la faim, révoltés par les privations et
l’isolement du pays. Une bonne partie de la population suit de près les
bouleversements à l’œuvre dans le monde communiste. Chaque soir, elle
monte en cachette sur le toit des immeubles, tourne les antennes de télévision
et rêve de liberté grâce aux émissions de l’Italie voisine.

Alors que les régimes socialistes du bloc de l’Est s’effondrent les uns après les
autres, la jeunesse de Tirana veut elle aussi la démocratie, et crie: «Nous
voulons que l’Albanie soit comme les autres pays en Europe.» Le courage des
étudiants force le pouvoir communiste à céder: un parti d’opposition est
fondé et des premières élections pluralistes sont annoncées.

Ces immenses espoirs d’ouverture vers l’Europe et de démocratisation se sont
rapidement envolés au cours des années 1990, une décennie marquée par des
pics de violence et des vagues d’émigrations massives. «Aujourd’hui, trente
ans après, l’Union européenne ne nous accepte toujours pas», se désole Arben
Sulo, l’un des acteurs du mouvement étudiant de 1990. «Chaque année, on
rajoute des critères à notre adhésion. Je comprends que la transition ne se
fasse pas en un ou deux ans, mais trente ans, ce n’est pas rien!»
Un sentiment de rester aux portes de l’Europe, et de vivre dans une
démocratie encore à construire. «Quand on criait: «Liberté, démocratie», on
réclamait un État de droit. Mais trente ans plus tard, il y a toujours des abus
importants au sein de l’administration.»

Minée par la corruption, la persistance du crime organisé et les inégalités
sociales qui ne cessent d’augmenter, l’Albanie de 2021 peine à inspirer
confiance à sa jeunesse. Politiquement, les trois partis principaux ont du mal
à se renouveler. L’actuel président du parlement, Gramoz Ruçi n’est autre que
le dernier ministre de l’Intérieur du régime communiste.

En décembre 2018, l’Albanie a connu les plus importantes manifestations
étudiantes depuis la chute de la dictature. «C’est triste à dire, mais dans ces
manifestations nous avons utilisé les mêmes slogans que ceux d’il y a trente
ans», se lamente Arjela, membre du Mouvement pour l’université.
«Aujourd’hui, la démocratie est en morceaux, il n’y a pas d’alternatives
nouvelles. Depuis les années 90, ce sont toujours les mêmes partis qui
gouvernent!»


Face aux difficultés économiques, une certaine nostalgie de la période
communiste s’est installée dans la société albanaise. «Il y a une expression
qui dit: «On était bien quand on était mal», explique Evelina, 21 ans,
étudiante en psychologie. «À cette époque au moins, tout le monde était
pauvre, alors qu’aujourd’hui, il y a des gens vraiment très riches et d’autres
vraiment pauvres… Les injustices sont plus visibles.»

Avec un salaire moyen de 330 euros et un système judiciaire qui ne leur
inspire pas confiance, beaucoup d’Albanais espèrent trouver ailleurs une vie
meilleure. Entre 2009 et 2019, ils ont été plus de 196’000 à demander l’asile
dans l’Union européenne. Plus d’1,5 million d’Albanais vivent aujourd’hui à
l’étranger.

Le reportage sur le site de La Tribune de Genève (abonné).

La lagune de Narta, une histoire albanaise

Séparée de quelques mètres de la mer, la zone humide de Narta se compose d’une multitude de milieux sensibles @ LS

RTS – Point de Fuite – 15.02.2021 – 40 min – Audio

Avant 1945, deltas, lagunes, marais côtiers et prairies humides recouvraient 20% du territoire albanais. Restés quasiment intacts jusquʹen 1950, la majorité de ces espaces a disparu sous la dictature communiste. En partie asséchés hier pour des besoins agricoles et sanitaires, ces milieux fragiles, formidables réservoirs de biodiversité, sont aujourd’hui menacés par le développement effréné du tourisme balnéaire. Un aéroport pourrait bientôt être construit près de la lagune de Narta, zone protégée, indispensable refuge pour de nombreux oiseaux. Pour lʹheure, majestueuses et mystérieuses, ses eaux reflètent la vie passée et présente des habitant.e.s de cette région côtière.

Écouter :

Réalisation: Jean-Daniel Mottet
Production RTS: Muriel Mérat et Christophe Canut

Le reportage sur le site de la RTS.

Au Kosovo, la jeunesse fait souffler un vent de dégagisme

Un jeune kosovar prend une photo de Vjosa Osmani et Albin Kurti lors d’un meeting de campagne à Klinë @ LS

Libération – 13.02.2021 – Article

Excédée par la corruption et le népotisme, la jeunesse kosovare devrait se rendre massivement aux urnes pour les élections législatives de ce dimanche.

Eraldin fait déjà le V de la victoire. Près des vieux ponts en pierre de Prizren, la deuxième ville du Kosovo, le jeune homme de 26 ans rejoint des amis à une terrasse ensoleillée. C’est le week-end et les cafés affichent complet. «A chaque fois, après les élections, c’est un échec, lâche-t-il, masque sous le menton. Mais là, si Vetëvendosje gagne, les choses vont s’améliorer.» A Prizren, ce parti de gauche souverainiste – dont le nom signifie autodétermination – a le vent en poupe. Favori des législatives de dimanche, il incarne pour beaucoup le changement attendu depuis des années. Attendu surtout par cette jeunesse qui fait les cent pas dans les ruelles pavées. «Il y a plein de gens qui sortent diplômés de l’université et qui n’ont pas de travail», explique Eraldin. «Il faut toujours connaître quelqu’un pour espérer obtenir un emploi… Le chômage, c’est le problème principal du Kosovo. Vingt ans après la guerre, les choses doivent changer !»

Un peu plus loin dans le quartier commerçant, Albuner et sa femme discutent de leurs dépenses du mois. Cet ouvrier d’une usine de chaussures de 33 ans assure seul les revenus de sa famille. Difficilement. «Je gagne 250 € par mois, mais avec trois personnes à la maison, ça ne suffit pas. Surtout que mon employeur ne cotise pas pour moi, et je ne suis enregistré nulle part», souffle-t-il abattu. «L’an dernier, on a été confiné pendant presque trois mois, ça a été une période vraiment difficile. Je n’ai reçu aucune aide de l’État, rien.» Au Kosovo, un jeune sur deux est au chômage, et l’économie informelle pèse près d’un tiers du PIB. La pandémie de Covid-19 a tendu encore un peu plus une situation sociale déjà explosive. En octobre dernier, la Banque mondiale prévoyait une contraction de l’économie locale de près de 9 % pour 2020.

De l’emploi, mais surtout plus de justice au travail, c’est ce que réclament les jeunes Kosovars. Une jeunesse qui n’en peut plus des boulots au noir et du népotisme généralisé. Etudiant en médecine, Diamant milite pour changer les choses avec Vetëvendosje : «La corruption est partout, dans toutes les sphères de la vie, toutes les institutions, dénonce le jeune homme de 20 ans, en brandissant un panneau rouge siglé d’un «V». Par exemple, dans mon université à Pristina, il y a plein de profs qui ne méritent pas leur travail. Il faut créer des filtres pour tenir les corrompus à l’écart des institutions éducatives.» Surfant sur la vague de frustrations, exacerbées par la pandémie, Albin Kurti cultive son image de sauveur du pays. Au fil de ses années d’activisme et lors de son bref passage à la tête du gouvernement l’an dernier, cet ancien marxiste s’est forgé une réputation de dirigeant incorruptible, à même d’affirmer la souveraineté contestée de cette ancienne province serbe. Masque rouge sur la bouche, Svadja Thaçi est venue l’écouter lors d’un meeting de campagne. «Albin Kurti va défendre nos droits et accéder à nos revendications, avec lui, ce sera un grand changement pour le pays», s’enthousiasme cette jeune enseignante d’anglais. «On ne sera plus obligé d’émigrer, on pourra contribuer à la construction de notre pays.» Annoncé comme le prochain Premier ministre, Albin Kurti aime à présenter ces élections comme un «référendum populaire contre la mauvaise politique».A lire aussi

Sentant le vent tourner, l’ensemble des partis politiques rivalisent de promesses plus ou moins farfelues pour séduire la jeunesse. Il faut dire que dans ce pays de 1,9 million d’habitants, une personne sur deux est âgée de moins de 25 ans. «Le Kosovo a la population la plus jeune d’Europe, explique le politologue Agron Maliqi. La génération qui va voter maintenant pour la première fois, celle des 18-22 ans, c’est le groupe démographique le plus important du Kosovo. C’est l’effet du baby-boom d’après-guerre. Ces jeunes ne sont pas très liés à l’histoire de la guerre. Ils veulent quelque chose de nouveau. Avec cette jeunesse, les vieux partis politiques n’arrivent pas à communiquer. Ils ont perdu le contact.» A quelques jours du treizième anniversaire de la déclaration d’indépendance du pays, les jeunes Kosovars semblent moins réceptifs aux discours patriotiques tenus par les anciens partis.

«Nous, on n’a pas connu la guerre, raconte ainsi Diamant, l’étudiant en médecine. On n’a pas tellement de liens avec cette époque-là. Tout ce qu’on a connu, c’est un Kosovo sous-développé et corrompu.» Depuis la fin de la guerre avec la Serbie en 1999, les partis politiques issus de la guérilla albanaise ont gardé la main sur les destinées de l’Etat en construction. Mais les scandales de corruption à répétition et le creusement des inégalités ont terni leur image de libérateurs. Les anciens commandants de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) doivent d’ailleurs aujourd’hui batailler avec la justice internationale. L’ancien président, Hashim Thaçi est actuellement inculpé pour crime de guerre et crime contre l’humanité par le tribunal spécial pour le Kosovo à La Haye.

«Bien sûr que je voterai pour le PDK, comme d’habitude. Ils ont quand même amélioré les routes.»—  Alba, 23 ans.

Même dans la vallée de la Drenica, le bastion du Parti démocratique du Kosovo (PDK) d’Hashim Thaçi, on préfère faire profil bas et relativiser le basculement politique en cours. «Quand des partis ont gouverné pendant 20 ans, c’est normal que les gens veuillent du changement, admet Besart, 30 ans et membre du PDK. Le Kosovo est un pays démocratique, il n’y aura pas de problème avec le résultat de ces élections.» A Skenderaj, la plus grande ville de la vallée, on tente de faire vibrer la fibre nationaliste. Faute de mieux. «La liberté a un nom : UCK» proclament ainsi les immenses affiches, et même certains pulls portés par des militants locaux. Si les sondages créditent Vetëvendosje de 45 à 60 sur les 120 sièges du parlement (soit le double des dernières élections en 2019), la principale inconnue reste le poids de ces différents bastions politiques, où le vote est affaire de traditions familiales. Opératrice téléphonique à Skenderaj, Alba, 23 ans, ira par exemple voter pour le PDK : «Bien sûr, comme d’habitude. Ils ont quand même amélioré les routes.»

Ces nouvelles routes qui quadrillent les collines de ce petit pays grand comme l’Ile-de-France, Albin Kurti les sillonne sans relâche afin de mobiliser les foules. Les marches sous les acclamations qu’il mène dans les différentes villes font grincer des dents les vieux briscards de la vie politique kosovare. Le chef de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) Isa Mustafa s’en est ainsi pris aux foulards rouges que les militants de Vetëvendosje ont noués ces jours-ci autour des arbres de Pristina, la capitale. «Si nous votons uniquement avec des émotions, nous risquons de mettre bientôt ces foulards rouges autour de notre cou, et de prendre le même chemin que celui de la Révolution culturelle chinoise, en nous retrouvant sans république», a-t-il ainsi mis en garde sur Facebook, avec une comparaison quelque peu hasardeuse.

Dans sa croisade contre l’establishment et la corruption, Albin Kurti a reçu un important soutien en la personne de Vjosa Osmani. Cette avocate de 38 ans, formée aux Etats-Unis, a claqué la porte de la LDK et exerce actuellement la fonction de présidente par intérim. Le militant de gauche et la libérale de centre-droit font aujourd’hui front commun sous la bannière de Vetëvendosje. Ce duo insolite compte évidemment sur la participation massive d’une jeunesse qui voit encore beaucoup l’émigration comme unique salut. Alors que les deux dirigeants politiques tiennent l’un de leurs derniers meetings de campagne dans la petite ville de Klinë, Taulant reste à l’écart du rassemblement. «La seule chose qui va changer, c’est les gens qui nous volent quand ils sont au pouvoir, lâche ce jeune serveur de 23 ans. De toute façon, qu’est-ce que je peux faire avec 200 € par mois ? Moi, j’attends mon visa pour partir en Allemagne.»

Rétablir la confiance dans des institutions décriées ne sera pas une mince affaire pour le prochain gouvernement d’Albin Kurti. Les déceptions et les désaccords risquent de rapidement se faire entendre tant ses soutiens paraissent éloignés politiquement. Entre une gauche qui crie non aux négociations avec la Serbie, les libéraux, ou encore la minorité turque pro-Erdogan du pays, les attentes politiques semblent contradictoires. Mais pour l’heure, l’ancien étudiant rebelle, emprisonné lors du conflit en 1999, savoure le vent de dégagisme que la jeunesse fait souffler sur le Kosovo. Chauffeur de taxi et père de famille, Erdin veut y croire : «On a beaucoup d’espoirs… Inch’allah, cette fois-ci ils tiendront leurs promesses !»

Le reportage sur le site de Libération.

Changement en vue au Kosovo

Meeting de Vetevendosje à Klinë @ LS

RFI – Accents d’Europe – 12.02.2021 – 5 min – Audio

On vote au Kosovo où les élections législatives de dimanche (14 février 2021) annoncent un changement radical avec la gauche souverainiste de Vetevendosje, largement favorite. Le parti porte les espoirs de changement d’une population lassée par la corruption et les ravages du chômage.

Écouter :

Le reportage sur le site de RFI.

En Albanie, l’exportation de plantes médicinales bat des records grâce notamment au Covid-19

Floraison de sauge sauvage sur la cote albanaise @ LS

France Info – En direct du monde – 19.01.2021 – 2’30 min – Audio

Selon le syndicat des producteurs, les principes actifs de la sauge ou de la canneberge albanaises ont été utilisés par les laboratoires internationaux pour développer des traitements contre le nouveau coronavirus.

La chronique sur le site de France Info.

Les plantes médicinales, alliées des Albanais face au virus

Parcelle de « çaj mali » ou « thé des montagnes », la reine des plantes médicinales du sud de l’Albanie et du nord de la Grèce @ LS

RFI – Accents d’Europe – 14.01.2021 – 5 min – Audio

Les Albanais sont de grands adeptes des plantes médicinales et des remèdes traditionnels. Méfiance face aux médicaments, corruption et faiblesses dans le système de santé, consultations des médecins moins automatiques qu’en Europe de l’Ouest, beaucoup d’Albanais font plus confiance aux vertus des plantes locales pour se soigner. Avec la pandémie de Covid-19, les herboristes du pays ont été particulièrement consultés pour se garder des infections.

Écouter :

Le reportage sur le site de RFI (à 13’50).

Albanie: manifestation tendue à Tirana après la mort d’un jeune homme abattu par la police

« Sans justice, pas de répit », affiche circulant sur les réseaux sociaux et appelant à manifester après la mort de Klodjan Rasha

RFI – Info – 11.12.2020 – 1’30 – Audio

Scènes de chaos jeudi soir dans le centre de Tirana. La tension n’était pas retombée, deux jours, après la mort d’un jeune homme de 25 ans tué par un policier. Des centaines de jeunes ont demandé justice dans une atmosphère très tendue.

Écouter :