Giuseppe Scognamiglio est le fondateur de Radio Siani, porte-voix de toutes les victimes de la Camorra @ LS
RTS – Point de Fuite – 07.12.2020 – Audio – 30 min
Le « pizzo » ce racket de la mafia est une réalité qui pourrit le quotidien des commerçants du sud de l’Italie. Depuis quelques années on parle à ce sujet du « modèle Ercolano », du nom de cette ville vésuvienne du sud de Naples. Durant des décennies la Camorra, la mafia napolitaine, a semé la mort et la violence sur la ville en presque toute impunité. Mais à la fin des années 2000, les commerçants et les entrepreneurs dʹErcolano ont réussi à dépasser leurs peurs et à dire enfin « non » au racket orchestré depuis toujours par les clans de la Camorra. Débarrassée de lʹextorsion mafieuse grâce à une mobilisation des citoyens comme des institutions, Ercolano est fière dʹêtre une ville « déracketisée ».
Écouter :
Reportage: Louis Seiller Réalisation: Didier Rossat Production: Muriel Mérat et Christophe Canut
* Reportage réalisé à l’occasion d’une formation Erasmus + de l’Union Européenne organisée par l’association Babel International et la coopérative italienne Radio Siani.
Première alternance historique au Monténégro où un nouveau gouvernement vient de prendre ses fonctions. Après plus de trois décennies à la tête de ce petit pays des Balkans, le parti du président Milo Djukanovic est rejeté dans l’opposition.
Trois mois, c’est le temps qu’il a fallu à l’hétéroclite opposition monténégrine pour former un gouvernement. Les divergences ne l’ont pas emporté car l’occasion était historique : mettre fin à 30 ans de règne du président Milo Djukanovic, l’homme fort de la « montagne noire ». Dans les Balkans, le résultat des élections législatives du 30 août dernier a eu l’effet d’un coup de tonnerre. Malgré sa mainmise sur ce petit pays de l’Adriatique, le Parti démocratique socialiste (DPS) de Djukanovic a été rejeté dans l’opposition par les 413.000 électeurs.
Dirigeant autoritaire issu des arcanes de l’ancien parti communiste yougoslave, Milo Djukanovic a habilement su jouer des retournements d’alliances afin de tenir les rênes du Monténégro, depuis… 1991. Une longévité unique en Europe, plus discrète que celle d’un certain Alexandre Loukachenko.
Reconverti en pro-européen
Allié de Slobodan Milosevic lors de l’implosion sanglante de la Yougoslavie dans les années 90, Djukanovic s’est ensuite reconverti en pro-européen convaincu. En opposition de plus en plus frontale avec la Serbie, il a mené le Monténégro à l’indépendance en 2006 avant de finaliser son adhésion à l’Otan en 2017. Les accusations de liens avec le crime organisé et de trafics de cigarette à grande échelle n’ont cessé de jalonner la carrière du « clan Djukavovic » qui aurait amassé une fortune colossale.
Le Monténégro n’était ainsi plus considéré comme une démocratie mais comme un « régime hybride » par l’ONG américaine Freedom House, qui dénonçait en mai dernier les abus de pouvoir et la capture des ressources de l’État. Malgré ce bilan peu flatteur pour la démocratie et les droits humains, le Monténégro de Djukanovic était souvent loué pour sa stabilité et présenté par les diplomates de l’UE comme le meilleur élève des candidats à l’intégration.
Inégalités et tensions sociales
Derrière l’image de paradis pour touristes aisés, promue par les autorités, les inégalités n’ont cessé de s’aggraver ces dernières années, et, avec elles, les tensions sociales. Deux hivers de manifestations d’une ampleur inédite ont secoué le pays en 2019 et en 2020. Si les premières dénonçaient un énième scandale de corruption, les plus récentes ont marqué le retour des questions identitaires et divisé encore un peu plus une société monténégrine multi-ethnique. La très puissante Eglise orthodoxe serbe a mobilisé les foules contre un article de loi visant à nationaliser certains édifices religieux. Une nouvelle vague de mécontentement sur laquelle ont surfé la droite pro-serbe et son chef, Zdravko Krivokapic, lors des législatives de fin août.
Avec 41 députés sur 81, le désormais Premier ministre Krivokapic est à la tête d’une majorité fragile, composée de trois partis aux aspirations contradictoires, avant tout réunis par leur ligne anticorruption. Un accord de gouvernement a été trouvé quelques jours après le scrutin, réaffirmant la ligne pro-UE et pro-Otan du pays. « Nous devons mettre au premier plan l’économie, la lutte contre le covid-19, ainsi que le véritable État de droit, nous devons abandonner la politique précédente et nous tourner vers la prospérité et le bien-être du Monténégro », a résumé le nouveau Premier ministre lors de sa prise de fonctions ce mercredi. Alors que le tourisme pèse près de 20 % du PIB, les conséquences économiques désastreuses de la pandémie ne devraient pas faciliter « l’opération mains propres » voulue par la nouvelle majorité monténégrine.
« Tu n’es pas coupable. Les coupables : l’Etat, la police, les médias, les violeurs », Tirana @ LS
RFI – Reportage International – 25.11.2020 – Audio – 2’30 min
C’est aujourd’hui la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et à cette occasion, RFI se mobilise. Reportage en Albanie où une femme sur deux est victime de violences domestiques.
Malgré la mobilisation d’une partie de la jeunesse, la parole a du mal à se libérer dans cette société très patriarcale sur les agressions et les féminicides. Certaines arrivent à trouver le courage de faire face aux stigmatisations.
Le ton est clair et doux. Le récit, parsemé de silences. Les années ont passé, mais la voix semble être celle de la jeune fille qui a vu ses rêves virer au cauchemar. Il a fallu plus de vingt ans à Ina K. pour trouver le courage de raconter son histoire. «Dans l’un des “refuges” pour les femmes de Tirana, j’ai rencontré récemment une mère de 27 ans avec son bébé, raconte cette enseignante et militante respectée des droits humains. Elle avait fui les coups de son conjoint, elle était complètement perdue et déboussolée. Je l’ai hébergée et son histoire a rouvert en moi toutes les plaies que je croyais avoir pansées.» Sur une grande chaîne de télévision et dans un livre collectif, Ina K. lève aujourd’hui le voile sur les épreuves qu’elle a surmontées.
C’est à peine les noces célébrées que le calvaire a commencé pour Ina K., lorsque, comme le veut la tradition, elle emménage auprès de la belle famille dans la capitale. Le prince charmant qui manie si bien l’humour et la littérature se transforme vite en juge oppresseur. Les séances d’humiliations deviennent quotidiennes. Alors qu’elle va d’école en école pour assurer le revenu de la famille, elle décide de garder leur enfant contre l’avis de son époux. Les coups se mettent à pleuvoir…, jusqu’au divorce deux ans et demi plus tard.
Cartouche de fusil et gendre
«La violence physique, c’est… quelque chose d’affreux, souffle-t-elle les yeux dans le vague. Ce n’est pas seulement la violence d’un moment, cela t’accompagne toute ta vie, même dans les moments les plus heureux de ton existence. Et quand tu vois une autre femme qui souffre, cette violence se manifeste à nouveau en toi.» A 48 ans, Ina K. témoigne surtout de sa capacité à faire face, pour toutes celles qui subissent en silence.
Conservatrices, les sociétés des Balkans de 2020 se font plus l’écho d’une virilité inepte que de l’émancipation féminine. Selon un rapport de l’ONU de 2019, plus d’une Albanaise sur deux serait victime de violences domestiques. Figure historique du féminisme local, Sevim Arbana pointe les racines profondes du patriarcat à l’albanaise. «L’Albanie n’est sortie qu’au début du XXe siècle du féodalisme, explique cette infatigable militante. Jusqu’en 1946, dans le nord du pays, quand le père mariait sa fille, il donnait une cartouche de fusil à son beau-fils: cela lui donnait tous les droits sur sa femme, même celui de la tuer, car elle devenait sa propriété.»
Si la dictature communiste (1944-1991) proclama l’émancipation des femmes, son moralisme autoritaire ne révolutionna pas le partage des tâches ménagères. Dans les chaotiques années 90, les Albanaises devinrent les premières victimes de l’effondrement de l’État et des trafics naissants.
Meurtre d’une magistrate
Ce n’est qu’en 2006, sous la pression internationale, que les autorités de Tirana adoptent enfin une loi consacrée aux violences conjugales. Depuis, le pays a régulièrement musclé son appareil législatif. Mais les faits divers sordides rappellent régulièrement l’incapacité de l’Etat à faire face au problème. En 2017, le meurtre de Fildeze Hafizi par son ancien mari symbolisa cette incurie : elle-même magistrate, cette femme de 39 ans avait désespérément demandé une protection policière. Son ex-époux avait été libéré grâce à une amnistie gouvernementale.
Très connectée, la jeune génération des grandes villes donne de la voix contre ces inégalités de genre et la culture de l’honneur qui force les victimes au silence. Au printemps dernier, la médiatisation de viols répétés sur une adolescente de Tirana a provoqué une mobilisation sans précédent.
Inaction et dépendance
Plus que des tabous à briser, c’est le regard et l’inaction de toute la société qui pèsent sur les épaules de celles qui fuient leurs bourreaux. Les divorces et les mères seules restent très mal vus, et la dépendance économique envers les hommes contraignent beaucoup de femmes à se résigner aux souffrances.
En vingt ans d’engagements bénévoles, Ina K. peine à voir les progrès réalisés par la société albanaise. «Quand on dit “tolérance zéro pour les violences conjugales”, je ne l’entends que comme un slogan, déplore-t-elle. Aujourd’hui, les centres d’accueil risquent de fermer à cause du manque de financement, et il n’y a pas de stratégie claire pour s’attaquer aux causes de cette violence. La façon dont les garçons sont éduqués demeure un problème.»
A l’heure de la Covid 19, les conséquences économiques de la pandémie ont déjà eu des effets tragiques dans ce pays pauvre. Depuis mars, les associations qui viennent en aide aux femmes albanaises ont toutes noté une forte hausse des violences conjugales.
La grande mosquée de Tirana en construction et financée par la Turquie @ LS
RTS – Tout un Monde – 16.11.2020 – 5 min – Audio
Nous sommes le 16 novembre, et c’est aujourd’hui la journée internationale de la tolérance. L’occasion de s’intéresser à un petit pays des Balkans qui se tient à l’écart des tensions identitaires et religieuses qui agitent le monde. Avec ses 4 religions principales, l’Albanie cultive son modèle de tolérance interreligieuse. Dans ce pays de moins de 3 millions d’habitants, l’identité passe avant tout par la langue et l’appartenance à la nation albanaise. Si elle doit beaucoup à l’histoire récente du pays, l’harmonie religieuse est une réalité du quotidien. Une réalité qui fait la fierté des Albanais.
Ercolano, dans le sud de l’Italie, c’est la première ville à ne plus payer l’impôt mafieux. La révolution a commencé en 2004 : cette petite cité de 55 mille habitants s’est mise à refuser de payer le « pizzo », ce racket de la mafia qui durait depuis des années. Une liberté défendue avec acharnement par le maire et les commerçants de la ville.
* Reportage réalisé à l’occasion d’une formation Erasmus + de l’Union Européenne organisée par l’association Babel International et la coopérative italienne Radio Siani.
Les volontaires de la Lipu traquent les braconniers dans la campagne romaine @ LS
RTS – Point de fuite – 02.11.2020 – Audio – 40 min
Près de six millions. Cʹest le nombre dʹoiseaux tués chaque année en Italie, un record en Europe. La botte est le plus mauvais élève du continent en matière de chasse illégale. Malgré un durcissement de la législation, le braconnage des oiseaux migrateurs reste une pratique répandue dans tout le pays. Pour lutter contre le phénomène, des brigades conjointes de naturalistes et de carabiniers sillonnent chaque week-end d’automne les collines de la région de Rome. Dans le viseur des volontaires de la ligue italienne de protection des oiseaux (LIPU): les appeaux électromagnétiques. Ces petits appareils qui reproduisent les chants des oiseaux restent encore très utilisés par certains chasseurs, malgré leur interdiction.
Écouter :
Reportage: Louis Seiller Réalisation: Didier Rossat Production: Muriel Mérat et Christophe Canut
Avec près de six millions d’oiseaux tués chaque année, l’Italie est le plus mauvais élève du continent européen en matière de chasse illégale. Des brigades conjointes de naturalistes et de carabiniers ont été mises en place pour lutter contre le phénomène.
Des merles pendus à des fils de fer, des cigognes atrophiées par des pièges à mâchoires, des rouges-gorges agonisant englués sur une branchette… Chaque automne, les images qui parviennent des campagnes italiennes témoignent du massacre. Capturés pour servir d’appâts, abattus pour être revenus à la poêle en secondo piatto (deuxième plat) ou simplement pour perpétuer la tradizione, des millions d’oiseaux sont victimes de la chasse illégale, et parmi eux, de nombreuses espèces protégées. Selon un rapport de l’ONG Birdlife International, environ 5,6 millions d’oiseaux seraient tués chaque année dans la péninsule, un record européen.
Du detla du Po au littoral napolitain, en passant par les Préalpes lombardes et la côte méridionale sarde, le tir aux oiseaux résonne sur une grande partie du territoire italien. Certains n’hésitent pas à parler de sport national. «Il y a d’abord une dimension culturelle, explique Giovanni Albarella, le responsable de la section romaine de la Ligue italienne de protection des oiseaux (Lipu). Pour une grande partie des habitants de régions isolées comme les montagnes ou les îles, les oiseaux migrateurs étaient autrefois l’unique source disponible en protéines. Ensuite, géographiquement, l’Italie représente un pont vers l’Afrique pour ces volatiles, et à certaines périodes, il y a une très forte concentration d’oiseaux, introuvables le reste de l’année.» Le survol automnal de la botte s’apparente à un véritable parcours du combattant pour les espèces en route vers leurs quartiers d’hiver.
Des appeaux problématiques
S’il est parfois sous le contrôle direct du crime organisé comme dans les Pouilles, le braconnage que dénonce la Lipu dans une pétition, se fait plus souvent discret et technique, loin des clichés du braconnier hors-la-loi. «Il y a des formes de braconnage qui sont indiscutables comme quand on capture des oiseaux grâce à des filets ou des pièges, commente Giovanni Albarella. Mais il existe aussi des formes de braconnage plus dissimulées, qui sont pratiquées par des personnes possédant un permis de chasse, mais qui utilisent leur fusil de façon illégale. C’est là que le chasseur devient un braconnier.» Un plan d’action national contre le braconnage a bien été adopté en 2017 par le gouvernement italien mais dans la pratique ses effets restent faibles. Dans le viseur des écologistes : les appelants utilisés par les chasseurs pour attirer les oiseaux.
Cachés dans les bosquets de la campagne romaine, les bénévoles de la Lipu tendent l’oreille dès les premières lueurs de l’aube. Au milieu des coups de fusil, leur attention se porte sur des chants de grives un peu trop réguliers. Sophistiqués, les appeaux électroniques peuvent reproduire le chant de dizaines d’espèces. Ils perturbent les oiseaux dans leur migration. «C’est surtout à cause de l’utilisation de ces appeaux électromagnétiques que le braconnage reste un problème, déplore Patrizia Battistini bénévole depuis plus de vingt ans à la Lipu. La présence de l’avifaune ne cesse de baisser et pourtant les chasseurs continuent d’utiliser ces objets pour chasser.» Si ces appareils sont en vente libre sur Internet, leur usage pour la chasse est strictement interdit en France comme en Italie.
Désintérêt des jeunes Italiens
Des applications proposent aujourd’hui les mêmes services, compliquant encore un peu plus la surveillance des gardes forestiers. Le problème est tel que, depuis plusieurs années, des équipes de carabiniers accompagnent les volontaires de la Lipu pour arpenter les zones boisées du littoral et prendre sur le fait les chasseurs peu scrupuleux. Face à l’augmentation des contrôles et au durcissement de la législation dans leur pays, certains braconniers italiens n’hésitent pas à traverser l’Adriatique pour tirer à leur guise dans les forêts des Balkans, où, contre quelques billets, les autorités fermeraient l’œil.
Lueur d’espoir pour les volatiles, sur le long terme, le braconnage en Italie devrait progressivement devenir une moindre menace pour les oiseaux européens. La chasse n’attire pas les jeunes Italiens et la population de chasseurs ne cesse de diminuer. Pour Raffael Ayé, responsable de BirdLife Suisse, la protection des oiseaux migrateurs ne doit d’ailleurs pas se cantonner à la lutte contre le braconnage dans le sud de l’Europe. «25 millions d’oiseaux sont braconnés chaque année sur le pourtour méditerranéen, résume-t-il. C’est un nombre gigantesque et on ne peut pas nier son impact sur les effectifs de plusieurs espèces d’oiseaux.»
Le problème est, en plus, exacerbé par des pratiques de culture comme l’usage d’insecticides qui privent de nourriture certains oiseaux. «La mauvaise politique agricole en Europe a un impact encore plus dommageable que le braconnage sur les populations d’oiseaux, reprend Raffael Ayé. Les pays d’Europe centrale et d’Europe du Nord ont aussi du pain sur la planche.» Ainsi la huppe fasciée, oiseau symbolique de la vie rurale, disparaît peu à peu des campagnes européennes, transformées trop souvent en gigantesques champs sans bourdonnement.
Voilà un film qui s’adresse à tous les amoureux de nature mais surtout de miel. Le documentaire macédonien Honeyland est dans les salles françaises depuis la mi-septembre. Il brosse le portrait d’une apicultrice hors pair, qui récolte le miel d’abeilles sauvages… Fable écologique aux résonances contemporaines, le documentaire Honeyland enchaîne les prix et les nominations dans les festivals de films.
Écouter :
La chronique originale sur le site de RFI (à 15’50).
Les chantiers sont menés au mépris total des normes de construction et de l’environnement @ LS
France Inter – Un Jour dans le Monde – 17.09.2020 – 5 min – Audio
Vingt-et-un ans après la guerre, la Serbie exclut toujours de reconnaître l’indépendance du Kosovo, son ancienne province du sud. Alors que les tensions politiques sont toujours fortes aujourd’hui, au quotidien, Serbes et Albanais arrivent souvent à dépasser les rancœurs et les divisions.
Surtout quand il faut défendre un bien commun : l’eau. Au sud du Kosovo, dans la vallée de la Lepenac, les deux communautés luttent ensemble pour défendre leurs rivières face à la construction de barrages hydroélectriques.
Écouter :
Le reportage original sur le site de France Inter (à 18’10).