La Croatie n’arrive plus à nourrir ses touristes

Le « Rungis croate » à Zagreb @ LS

Tribune de Genève – 13.07.2024 – Article

Destination phare du Sud européen, ce petit pays des Balkans est contraint d’importer la plupart des produits frais dont il a besoin.

Les chaleurs estivales se sont installées sur la Croatie, et, avec elles, débute la saison touristique 2024. En voyage organisé ou en indépendants, les visiteurs sont déjà nombreux à parcourir les rues pavées de la vieille ville de Zagreb. Les restaurants qui entourent la grande place Ban-Jelačić à l’architecture austro-hongroise se remplissent rapidement pour le déjeuner. Leurs menus affichent les plats traditionnels des différentes régions du pays des Balkans.

Venus de Montreux, Laure et Patrick apprécient la gastronomie locale. «On mange bien en Croatie, les produits sont bons, ils ont des recettes intéressantes, avec des influences italiennes et hongroises», détaille l’ancienne ingénieure, après avoir savouré un ragoût au poisson typique de la Slavonie. «Normalement, on passe nos vacances vers Split, sur la mer Adriatique, mais cette année on voulait découvrir Zagreb et les terres», raconte Patrick, une carte de la capitale croate à la main. «Ici, les prix sont un tiers moins cher que sur la côte, pour le logement comme pour les restaurants!» Laure et Patrick sont persuadés que «recette locale» rime avec «produits locaux».

Poissons d’origine inconnue

Mais, à quelques pas de la place centrale, les fruits et les légumes de l’attrayant marché de Dolac ne sont pas tous aussi locaux que le prétendent les vendeurs. «Pour les restaurateurs et les hôteliers, la question des prix est vraiment essentielle», reconnaît Biljana qui travaille dans un restaurant de poissons près des étals. «Si les produits importés sont bien moins cher, c’est évidemment ceux-là qu’on va choisir pour se fournir en grande quantité.» A demi-mot, la sexagénaire avoue ne pas toujours connaître l’origine des aliments qu’elle cuisine.

Beaucoup des produits venus d’ailleurs passent d’abord par le «Veletrznica», le point de rendez-vous matinal des grossistes de Zagreb. Des camions venus de toute l’Europe déposent leurs cargaisons d’aliments frais dans cet immense entrepôt situé à quelques kilomètres à l’est de la capitale croate. «On décharge environ 350 000 tonnes de légumes et fruits chaque année», explique Igor Rudelic, l’un des responsables. «Les produits importés viennent surtout d’Espagne, Italie, Grèce et Turquie… Dans les entrepôts frigorifiques, la quantité de marchandises a augmenté de 100% en dix ans. La demande augmente énormément pendant les 4 à 5 mois de la saison touristique.»

Agriculture à la peine

La Croatie compte près de 170 000 agriculteurs et des terres fertiles, mais elle affiche pourtant la plus faible autosuffisance alimentaire de toute l’Union européenne. Autrefois florissant, le système agricole croate ne s’est jamais remis des destructions et des privatisations liées à la guerre des années 90, et il s’avère peu productif. La dépendance alimentaire du pays s’est encore aggravée avec l’explosion du tourisme : aux 4 millions d’habitants, s’ajoutent, chaque année, plus de 20 millions de visiteurs. Le secteur touristique pèse plus de 20% du PIB.

«La fréquentation touristique croît bien plus rapidement que notre production agricole», constate l’expert Ivo Grgic. «Les importations représentent environ 50% des produits consommés par les touristes, surtout le long de la côte. Les touristes s’attendent à trouver sur leur table des produits croates, mais aussi bien en termes de quantité, qu’en termes de compétitivité des prix, notre système agricole ne peut pas concurrencer ceux de la France, l’Italie, l’Allemagne ou des Pays-Bas.»

Calamars venus de Nouvelle-Zélande, ou pommes de terre égyptiennes… Les aberrations de l’économie globalisée poussent de plus en plus de Croates à vouloir redonner leurs lettres de noblesse aux produits du terroir. Après avoir longtemps travaillé pour l’agro-industrie allemande, Zeljko Ilicic a lancé sa ferme familiale il y a 15 ans. «Dans le groupe de distribution où je travaillais, 90 % des produits étaient importés», se souvient ce grand Zagrébois de 56 ans. «J’ai compris pourquoi les gens achètent des poires d’Argentine ou du Chili, et pourquoi ils ne mangent pas de produits de saison. Ça m’a poussé à me lancer moi-même. Et aujourd’hui ça marche super bien.»

Manque de main-d’œuvre

A l’intérieur de la camionnette que Zeljko Ilicic conduit chaque semaine dans le centre de Zagreb, des produits frais, bio et de saison, et surtout locaux… Le concept est encore nouveau en Croatie, mais les paniers paysans commencent à se faire connaître. Vedrana, 35 ans, vient chaque semaine récupérer sa cagette de fruits et légumes, qu’elle est prête à payer plus cher. «La nourriture compte beaucoup pour moi, je veux savoir comment elle est produite et par qui. C’est vraiment absurde qu’on importe autant, et qu’il n’y ait pas plus d’initiatives pour relier les producteurs locaux et les consommateurs.»

Ces démarches restent marginales. Confrontés à la concurrence internationale, les agriculteurs croates doivent aussi faire face aux conséquences du rapide déclin démographique que connaît le pays. De plus en plus de terres agricoles ne sont plus cultivées faute de main-d’œuvre disponible.

Le reportage sur le site de la Tribune de Genève.

L’Albanie à travers la littérature

Livres de littérature albanaise @ LS

France Culture – Book Club – 27.06.2024 – Audio – 5 min

Quelques conseils de lecture en provenance d’Albanie pour découvrir le « pays des aigles » cet été.

Écouter :

La chronique sur le site de France Culture.

Des camps de rétention italiens en Albanie

Le centre de débarquement italien construit dans le port de Shëngjin @ LS

RFI – Accents d’Europe – 26.06.2024 – Audio – 5 min

La présidente du Conseil Giorgia Meloni en a fait l’un des symboles de la nouvelle politique migratoire de Rome : ces camps de rétention de migrants construits de l’autre côté de la mer Adriatique, en Albanie… Ces camps sont pilotés par les autorités italiennes elles-mêmes en territoire étranger. Il est prévu qu’ils accueillent un maximum de 3 000 personnes secourues en mer, le temps que leur demande d’asile soit étudiée. En cas de refus, il est aussi prévu que ces personnes seraient renvoyées dans leur pays d’origine. Cette « externalisation » des demandes d’asile dans un pays qui n’est pas membre de l’Union européenne est une première sur le Vieux Continent. Et elle a reçu le soutien du Premier ministre albanais, qui met en avant la relation « historique » de son pays avec l’Italie. Pourtant sur place, ce projet est contesté.

Écouter :

Le reportage sur le site de RFI.

Croatie : pour la première fois depuis l’indépendance, un parti ouvertement anti-serbe est arrivé au pouvoir

Au sommet du château d’eau de Vukovar, sur le Danube, à la frontière avec la Serbie @ LS

RTS – Tout un Monde – 18.06.2024 – Audio – 5 min


Suite aux élections législatives du 17 avril dernier, le Premier ministre croate s’est vu contraint de former une alliance avec le Mouvement patriotique (Domovinski pokret, DP) d’extrême droite. Pour la première fois depuis son indépendance, un parti ouvertement xénophobe et anti-serbe arrive ainsi au pouvoir en Croatie. Droits des femmes, des migrants, liberté de la presse, relations avec la Serbie… sur plusieurs dossiers, la politique de Zagreb risque de se durcir encore un peu plus. Depuis 10 ans, le chef du DP, Ivan Penava, est maire de la symbolique ville multiculturelle de Vukovar, où il a mené une politique de divisions, en utilisant les traumatismes de la guerre et en attaquant les droits de la minorité serbe.

Écouter :

Le reportage sur le site de la RTS.

Elections européennes : Vladimir Prebilic, un Slovène ultra-vert

Capture d’écran du Facebook de Vladimir Prebilic

Libération – 27.05.2024 – Article

Fort des résultats obtenus à la tête de sa mairie, cet écologiste à la fibre sociale veut porter la voix de la Slovénie verte à Bruxelles. Et tenter d’y faire valoir ses recettes : décentralisation, transparence, priorité donnée à la lutte contre le changement climatique.

Comment brandir le drapeau de l’écologie politique dans un pays qui se considère souvent comme l’un des plus verts de la planète ? Les succès de la Slovénie en matière de développement durable, avec ses transports publics bas carbone, sa gestion des déchets vertueuse et ses immenses forêts remplies d’ours ne suffisent pas à Vladimir Prebilic, 50 ans. Le candidat des verts aux européennes tient à secouer la fameuse «conscience environnementale slovène». «C’est le plus difficile : les gens se disent que nous faisons déjà un super boulot et qu’il n’y a pas besoin de changer. Mais les inondations ont montré que nous n’étions pas préparés aux effets du changement climatique !»

Début août, des crues torrentielles ont dévasté le petit pays alpin. Elles ont fait six morts et causé près de 10 milliards d’euros de dégâts : la plus grosse catastrophe naturelle de l’histoire de la Slovénie et ses 2 millions d’habitants. «Ça a été un déclencheur. Nous, Slovènes, nous sommes dit que nous ne faisions peut-être pas les choses comme il faudrait. Et, pour moi, c’était un bon point de départ pour toucher les gens.»

Avec ses 10 % obtenus comme candidat indépendant à la présidentielle de 2022, Vladimir Prebilic aurait sans doute pu récupérer un portefeuille dans l’actuel gouvernement dirigé par Robert Golob, un autoproclamé écologiste libéral. Mais le quadra aux costumes décontractés a quelques soucis avec ce concept politique. «“Libéralisme vert”, c’est un paradoxe en soi. L’approche libérale de la transition verte va creuser le fossé entre ceux qui possèdent et ceux qui n’ont rien. Pour nous, la transition doit au contraire combler ce fossé.» La coalition de centre gauche au pouvoir ne trouve pas vraiment grâce aux yeux de cet ancien des Sociaux-démocrates, qui en a claqué la porte il y a quinze ans. «Manque de transparence», «corruption», «beaucoup de discours, pas de résultats concrets», balaye-t-il.

Réussites municipales et ambitions européennes

Des résultats, le chantre de la décentralisation en a obtenu dans son fief de Kocevje, 15 000 habitants. Depuis son élection à la mairie il y a quatorze ans, Vladimir Prebilic a transformé cette ville oubliée du sud du pays en une municipalité prospère. Ses forêts préservées ont été mises en valeur et un tourisme vert florissant stimule l’économie locale. «Le taux de chômage était à 20 %, il est quasiment à zéro aujourd’hui ; le budget de la ville est trois fois plus élevé… La recette du succès, cela a été d’abord d’évacuer les idéologies et les logiques de camps de la municipalité pour rassembler les compétences. Ensuite, de miser sur la transparence, avec d’innombrables rencontres avec les habitants pour leur expliquer nos projets.» Une politique récompensée par de nombreux prix, trois réélections, et qui réussit, pour l’instant, l’exploit de contenter les chasseurs comme les défenseurs de la nature.

Bien parti pour remporter l’un des neuf sièges dévolus à la Slovénie, l’édile a hâte de faire son entrée dans l’arène de Bruxelles. Les débats s’annoncent déjà animés avec ses camarades des Verts allemands, revenus de leurs positions pacifistes. «Je suis tellement choqué quand je les entends dire “armons-nous”, se désole celui qui est aussi professeur associé sur les questions de défense à l’université de Ljubljana. L’un des effets de la militarisation de l’Europe, ce sera moins de budget alloué à la lutte contre le changement climatique, ce qui amènera plus de problèmes. Et cela ne fera qu’augmenter les risques de conflits.»

L’article sur le site de Libération.

Européennes 2024 : en Croatie, Nina Skočak veut faire de la place aux jeunes

@ninaskocak

Libération – 22.05.2024 – Article

Dans un pays vieillissant, une influenceuse se veut la porte-parole d’une jeunesse oubliée par la classe politique. Sa liste indépendante détonne dans un paysage politique dominé par les discours de repli nationaliste.

Faire entendre la voix des jeunes dans une société qui vieillit à vitesse grand V. C’est le défi que s’est lancé Nina Skočak, l’une des influenceuses les plus populaires de Croatie, 3,8 millions d’habitants. A 26 ans, cette tiktokeuse aux costumes colorés, suivie par plus de 200 000 personnes, en avait assez d’entendre les éternels reproches faits à la jeunesse. «Notre liste Génération Z est née d’une frustration face à une situation absurde, explique la pétillante Zagréboise. Les responsables politiques se plaignent constamment que les jeunes ne s’engagent pas en politique, mais ils ne s’intéressent jamais à nos problèmes et ils n’intègrent pas de jeunes sur leurs listes. Après, ils regrettent que la jeunesse émigre.» Une fuite des cerveaux massive : le pays de l’Adriatique a perdu près de 10 % de sa population en dix ans.

Un programme résolument «progressiste»

Jusqu’à ce printemps 2024, Nina Skočak était surtout connue pour ses vidéos sur les réseaux sociaux décrivant son quotidien d’étudiante à Bruxelles, ses voyages et son amour de la mode durable. Mais face à la suffisance de ses aînés et à la dure réalité statistique, la double diplômée, en journalisme et en relations européennes, a décidé de porter les doléances de la génération Z dans l’arène politique. «A peine 1 % des députés du Parlement européen ont moins de 30 ans, se désole-t-elle. Pour ces élections, le HDZ [le parti conservateur qui domine la vie politique croate depuis des décennies, ndlr], ne présente même plus de candidat de moins de 30 ans… Avec les 11 candidats de notre liste, nous sommes les porte-voix des changements voulus par les jeunes.»

Vote dès 16 ans, quotas de jeunes sur les listes électorales, numérisation, transition verte, défense des droits humains… Sans financement et sans structure véritable, la liste Gen Z brandit un programme résolument «progressiste» et proeuropéen. Avec le problème du logement en tête, alors que les loyers à Zagreb ont atteint «75 % des revenus, inabordables pour les jeunes». Nina Skočak fait évidemment campagne sur les réseaux avec ses courtes vidéos émaillées de sourires et de tenues élégantes.

Bousculer le système clientéliste

Ambitieuse, l’influenceuse ne se fixe pas d’objectifs inatteignables, comme l’un des douze sièges dédiés aux eurodéputés croates. Les 8 500 signatures récoltées pour déposer la liste sont «déjà un miracle», qui bouscule quelque peu le système clientéliste de la politique croate. «Deux personnes qui voulaient être candidates sur notre liste ont été menacées de licenciement par leur employeur. Cette animosité politique explique pourquoi beaucoup de jeunes ont souvent une meilleure opinion des criminels que des politiques…»

Alors que les Croates sont appelés trois fois aux urnes en 2024, la liste Gen Z aimerait être un grain de sable contre l’extrême droitisation en cours. Le Mouvement de la patrie, une formation ouvertement xénophobe, vient de rentrer au gouvernement avec le HDZ, déjà très à droite. «Ils sont une vraie menace pour les droits des femmes et des migrants, ils veulent nous ramener dans le passé, s’inquiète Nina Skočak, fille d’un père croate et d’une mère bosniaque. J’ai grandi entre deux religions et je n’ai jamais compris les gens qui discriminent et divisent. Avec l’extrême droite, il n’y a tout simplement pas d’avenir.»

L’article sur le site de Libération.

En Macédoine du Nord, la minorité albanaise cherche sa place

Peinture murale célébrant les héros albanais dans le centre de Skopje @ LS

Tribune de Genève – 08.05.2024 – Article

Favorite des législatives et de la présidentielle de ce mercredi, la droite nationaliste macédonienne devra s’allier avec les partis albanais pour former une majorité parlementaire. La minorité albanaise est souvent accusée de rêver d’union avec le Kosovo voisin.

Une gigantesque statue d’Alexandre le Grand trône sur la place Macedonia, la place centrale de Skopje. Mais de l’autre côté du pont de pierre, le drapeau macédonien, avec son soleil doré sur un ciel rouge, disparaît rapidement des boutiques du vieux bazar. Il est remplacé par un aigle noir sur fond rouge: le drapeau albanais. «Mon drapeau, c’est le rouge et noir, l’albanais bien sûr!», s’exclame Shérif, un Skopiote de 57 ans, devant un monument en bronze à la gloire de Skanderbeg, le héros médiéval albanais. «Mais la Macédoine, c’est aussi l’État des Albanais. Il faut que les Macédoniens acceptent l’idée qu’ils partagent cet État avec les autres qui sont nés ici. Nous les Albanais, on est nombreux.»

Plus petite que la Belgique, la Macédoine du Nord est un État multi-ethnique de deux millions d’habitants. Chrétiens orthodoxes pour la plupart, les Slaves macédoniens y sont majoritaires, mais ils vivent aux côtés d’autres minorités: des Turcs, des Roms, des Aroumains, et surtout des Albanais, quasiment tous musulmans. Les Albanais de Macédoine du Nord représentent environ 30% de la population, selon le recensement contesté de 2021. Ils se sont longtemps sentis méprisés par l’État macédonien. «Il y a encore quelques années, il y avait beaucoup de discriminations, surtout pour obtenir un emploi dans la fonction publique», se rappelle Muhamet, un étudiant de l’université albanophone du vieux bazar. «Aujourd’hui, la situation est bien meilleure: certains Albanais occupent même des postes de direction dans l’administration.»

En 2001, dans la foulée de la guerre au Kosovo voisin, l’Armée de libération nationale (UCK), composée de combattants albanais, s’est soulevée contre le gouvernement macédonien. Après plusieurs mois de conflit, les accords d’Ohrid ont garanti aux Albanais une amélioration de leurs conditions en tant que minorité: ils ont obtenu des droits linguistiques, plus d’autonomie dans les régions du nord-ouest où ils sont majoritaires, ainsi qu’un système de quotas représentatifs dans l’administration. Depuis, le principal parti albanais, l’Union démocratique pour l’intégration (BDI), joue le rôle de faiseur de roi, en s’alliant tour à tour avec les sociaux-démocrates ou les conservateurs macédoniens.

Dans un pays rongé par la corruption, le système clientéliste qui s’est développé à la suite de ces accords suscite des frustrations. Et également un certaine animosité chez de nombreux Macédoniens. «Aujourd’hui les Albanais ont trop de pouvoir! Ils peuvent bloquer tout le pays juste pour leurs intérêts», accuse ainsi Dimitri, un étudiant macédonien de l’Université européenne. «Dans l’administration, ils obtiennent des emplois juste parce qu’ils sont albanais et membres du parti, mais ils n’ont souvent aucune compétence!»

«Grande Albanie»

Beaucoup de Macédoniens accusent surtout les Albanais de mettre en péril l’intégrité du pays en rêvant d’union avec le Kosovo voisin. Ils en veulent pour preuve la visite informelle l’été dernier à Tetovo du Premier ministre kosovar, accusé de promouvoir la «grande Albanie». Pour ces élections 2024, Albin Kurti a également lancé une filiale de son parti Vetëvendosje (Autodétermination). Les dirigeants macédoniens, mais aussi serbes, dénoncent régulièrement les visées irrédentistes du dirigeant kosovar. «Dans les Balkans, Dodik en Bosnie, ou Vulin et Vucic en Serbie font constamment la propagande du « monde serbe »», réplique Bekim Qoku, tête de liste de Vetevendosje pour ces élections macédoniennes. «En comparaison, nous, les hommes politiques albanais, nous ne faisons pas la propagande de la « grande Albanie ». Jamais le Kosovo n’a eu de prétentions territoriales sur la Macédoine. Et pour nous, les Albanais de Macédoine, nos objectifs sont de trouver notre place, de viser l’égalité et de diriger cet État de manière égalitaire.»

Si le système représentatif maintient un fragile équilibre entre les communautés du pays, la société macédonienne reste profondément divisée. Les enfants macédoniens et albanais ne fréquentent pas les mêmes écoles, et les préjugés restent forts. Des violences interethniques éclatent régulièrement dans certains quartiers, dans les stades de foot ou même au sein du parlement. «Les autorités n’ont pas de stratégie, et l’absence de sensibilisation des plus jeunes à la diversité culturelle et au vivre-ensemble conduit à des conflits», déplore Natasha Petkovska du Comité d’Helsinki pour les droits humains. «Des incidents interethniques entre jeunes surviennent souvent sur le chemin de l’école, dans les bus ou les gares routières.»

Malgré ces tensions, le parlement macédonien a récemment nommé pour la première fois de son histoire un Albanais chef du gouvernement par intérim. Un symbole d’apaisement alors que le pays espère avancer sur la voie de son intégration européenne.

Le reportage sur le site de la Tribune de Genève.

Élections en Macédoine du Nord : les jeunes toujours en attente de l’Union européenne

La maison de l’Europe à Skopje @ LS

Le Soir – 07.05.2024 – Article

Le parti de droite nationaliste devrait revenir au pouvoir en Macédoine du Nord. Depuis plus de 20 ans, ce pays enclavé des Balkans attend à la porte de l’Union européenne. Si l’UE ne la fait plus rêver, la jeunesse macédonienne garde toujours espoir dans une adhésion future.

Dans le centre de Skopje, le drapeau avec le soleil macédonien et celui aux étoiles de l’Union européenne s’affichent ensemble sur la maison de l’Europe. Le slogan « l’UE pour toi » intrigue Emilija sans trop la convaincre. « Dans l’ensemble, je pense que j’ai plutôt une image positive de l’UE », réfléchit cette étudiante en médecine, venue se renseigner pour la suite de ses études. « Une adhésion ouvrirait beaucoup d’opportunités. Ce serait par exemple plus facile pour aller étudier ailleurs sur le continent. »

Pays enclavé de 2 millions d’habitants, la Macédoine du Nord a déposé sa candidature à l’UE il y a maintenant plus de vingt ans. Les années passent, mais la jeunesse de Skopje continue de croire aux vertus de l’intégration. Dans un pays où le salaire moyen tourne autour de 640 euros, beaucoup espèrent que l’adhésion aura un impact sur l’économie locale. « Ça permettrait surtout d’élever notre niveau de vie », veut croire Agon, un jeune informaticien. « Si on arrive à remplir les conditions posées pour intégrer l’UE, ça va élever nos standards : les salaires, mais aussi les conditions de travail… »

En 2020, la Macédoine du Nord a finalisé son adhésion à l’Otan, mais son processus d’intégration à l’UE s’est transformé en un parcours d’obstacles marqué par les querelles historiques avec ses voisins balkaniques. En 2018, ce bon élève des réformes exigées par Bruxelles avait ainsi accepté de changer officiellement son nom (en ajoutant « du nord », NDLR) afin de mettre fin à la dispute qui l’opposait à la Grèce autour de l’héritage de la Macédoine antique. Mais les promesses d’adhésion ne se sont pas concrétisées. Après un veto d’Emmanuel Macron fin 2019, « une lourde erreur historique » selon Jean-Claude Juncker alors président de la Commission européenne, c’est la Bulgarie qui veut aujourd’hui imposer un changement constitutionnel pour garantir les droits de la minorité bulgare.

« L’identité même des gens »

Ces controverses et les promesses non tenues des diplomates européens ont terni l’image de l’UE. « On a changé le nom de notre pays, alors que c’est l’identité même des gens, et rien ne s’est passé… », lâche, désabusé, Dimitri qui étudie à l’Université européenne. « Les gens se sentent trahis, on a le sentiment que les Grecs et les Bulgares ont été malhonnêtes à propos de notre future adhésion… »

Ce ressentiment envers l’Europe monte dans la société, mais il reste minoritaire. Pour beaucoup de Macédoniens, et notamment les jeunes, l’UE reste synonyme d’État de droit et de lutte contre le fonctionnement clientéliste qui gangrène la fonction publique. « Il ne suffit pas de changer le nom du pays. Si on veut vraiment devenir européen, il faut d’abord qu’on change nous-mêmes », assure Berkaj, 22 ans. « Notre mentalité n’est pas encore européenne : ici, si vous connaissez quelqu’un en politique, les lois ne vous concernent pas… »

L’adhésion à l’UE, l’un des sujets principaux des élections

Annoncé gagnant de la double élection du 8 mai, législative et présidentielle, le parti de droite nationaliste VMRO-DPMNE surfe sur les frustrations liées au processus d’intégration. Son retour au pouvoir devrait marquer une détérioration des relations avec Athènes et surtout Sofia. Mais les conservateurs adoptent aujourd’hui un positionnement proeuropéen, à l’image de la société macédonienne. « Quinze ans après avoir obtenu le statut de candidat, nous avons ouvert les négociations d’adhésion, mais nous n’avons toujours pas entamé le moindre chapitre à cause des disputes bilatérales », explique Simonida Kacarska, directrice de l’Institut de politique européenne à Skopje. « C’est en fait un miracle que nous ayons réussi à maintenir un soutien de 65 à 70 % en faveur de l’adhésion. En ce sens, je dirais que nous sommes une société très pro-européenne. »

Comme presque à chaque élection depuis son indépendance en 1991, l’Europe a été l’un des principaux sujets de la campagne. Mais ce scrutin 2024 ne passionne pas la jeunesse. Plutôt que d’attendre une intégration toujours lointaine, les jeunes Macédoniens préfèrent émigrer au sein de l’UE. Entre 2012 et 2022, le pays a ainsi perdu 11 % de sa population, selon Eurostat.

Le reportage sur le site du Soir.

Les Népalais bientôt première communauté étrangère de Croatie

Un restaurant et des ressortissants népalais dans le centre de Zagreb @ LS

RTS – Tout un Monde – 17.04.2024 – Audio – 5 min

Il y a un peu plus de trois ans, la Croatie décidait de supprimer son régime de quotas pour les travailleurs étrangers. Face à l’exode de la jeunesse locale, ces nouveaux arrivés sont devenus indispensables à l’économie de ce pays de moins de 4 millions d’habitants. Depuis leur nombre a considérablement augmenté, et notamment le nombre de Népalais. Les ressortissants du pays himalayen sont en passe de devenir la première communauté étrangère de Croatie. Ces nouvelles tendances représentent un bouleversement dans cette société vieillissante et plutôt conservatrice, où l’immigration est un phénomène nouveau…

Écouter :

Le reportage sur le site de la RTS.

25 ans après, la Serbie toujours hantée par les bombardements de l’Otan

Les ruines du Ministère de la défense, bombardé par l’Otan en 1999, centre de Belgrade @ LS

RFI – Grand reportage – 26.03.2024 – Audio – 20 min

Le 24 mars 1999, l’Otan débutait ses bombardements sur la Yougoslavie dirigée par Slobodan Milosevic. Le dirigeant nationaliste serbe était accusé de préparer une nouvelle campagne de nettoyages ethniques contre les Albanais du Kosovo. Pendant 78 jours, l’Alliance bombarde principalement des cibles militaires, mais les frappes feront aussi des centaines de morts civiles. 25 ans après, le souvenir de ces bombardements est toujours aussi présent dans la société serbe. Dans une Serbie, peuplée en majorité de Slaves orthodoxes, le conflit en Ukraine a ravivé le sentiment anti-occidental…

Écouter :

Le reportage sur le site de RFI.