À Mitrovica, le rock pour lutter contre les divisions entre Albanais et Serbes au Kosovo

Le groupe Electra Heart à la Rock School de Mitrovica @ LS
Le groupe Electra Heart à la Rock School de Mitrovica @ LS

Equal Times – 20.01.2020 – Article

« Alternative pop, funky, quelque chose comme ça… Je ne peux pas vraiment coller une étiquette à notre musique.  » Les classifications et les cases importent peu à Jelena. Dans le studio de la Rock school de Mitrovica, cette jeune fan de métal accorde sa basse. C’est l’heure de la répétition avec son groupe de pop-rock Electra Heart et il y a encore quelques réglages à faire avant le concert, prévu le lendemain, dans le sud du pays. « Maintenant on a six ou sept chansons », explique Baton, le batteur. « On joue aussi des reprises et des trucs comme ça. » En apparence, rien ne différencie Electra Heart d’un autre groupe de pop-rock. Mais les choses sont un peu différentes à Mitrovica, la plus grande ville du nord du Kosovo, coupée en deux entre Serbes et Albanais. Pour jouer de la basse dans son groupe, Jelena passe plusieurs fois par semaine de l’autre côté de la rivière Ibar qui sépare les deux communautés.

La Rock school Mitrovica a été fondée en 2008 par les ONG Musiciens sans frontières, et Community Building Mitrovica, l’année où le Kosovo déclarait unilatéralement son indépendance de la Serbie. Un peu moins de dix ans après le conflit qui a ensanglanté cette ancienne province de la Yougoslavie (800.000 déplacés et 13.000 victimes selon l’ONG serbe Centre humanitaire pour la loi) et divisé profondément les populations, l’école voulait rassembler les jeunesses des deux parties de la ville. « Depuis la guerre, il y a toujours eu des organisations qui essayent de nous réunir entre Albanais et Serbes, en vacances ou autres », se souvient Jelena. « Au moins, en ce qui me concerne, je ne me sens pas étrangère quand je suis entourée d’Albanais, ça a toujours été comme ça. »

Alors que la Serbie ne reconnaît toujours pas l’autorité de Pristina, la Rock school est l’une des rares structures de la ville à être présente des deux côtés du pont.

En cette fin d’après-midi, Nothing else matters de Metallica résonne à pleine puissance dans le sous-sol de l’école. Cheveux longs attachés et bouc impeccable, Émir Hasani est l’un des profs de musique. Ce trentenaire aux yeux clairs habite au nord de Mitrovica. Si aujourd’hui, il vient presque tous les jours dans la partie albanaise, ça n’a pas toujours été le cas. « Avant l’école, non, je n’étais jamais allé dans la partie sud », avoue-t-il, presque gêné. « J’étais encore jeune quand j’ai entendu parler de l’école. À l’époque, j’étais membre d’un « mixed band ». On a eu des super moments, avec de la très bonne musique. On était trois Albanais, deux Serbes et moi qui suis de la minorité goranie. »

Lui-même ancien élève, Émir Hasani est aujourd’hui l’un des enseignants de l’école. Il s’occupe notamment de l’une de ces formations phares : le programme « mixed bands », les groupes métissés. Grâce à l’école, des jeunes des différentes communautés du pays apprennent à composer et développer leur musique ensemble. « Moi, j’ai eu beaucoup de soutien de la part de ma famille, c’est sûr », se rappelle-t-il. « Mon père était musicien… Et à l’époque on n’appelait pas ça « mixed band », car on était juste un groupe de musique normal. Et je pense que c’est le but, ou l’un des principaux buts de notre école. C’est de ne pas penser à ces divisions, il s’agit simplement de musique et d’être créatif. » Les divisions de sa ville, Émir Hasani n’aime pas trop en parler, la Rock school, c’est avant tout une école de musique comme les autres.

Rapprocher les gens par la musique et les arts

Aigle rouge et noir albanais au sud, drapeaux serbes et russes au nord, slogans provocateurs sur les murs… Si la situation à Mitrovica est plutôt calme ces dernières années, Serbes et Albanais sont encore loin de réellement vivre ensemble. Marja Perović travaille pour la maison de l’Europe, elle a grandi et travaille toujours dans la partie nord : « Les écoles sont séparées. Les écoles de la partie nord sont financées et gouvernées par le gouvernement serbe. Vous ne trouverez aucun Albanais qui y étudie. Et aucun Serbe n’étudie dans la partie sud. Et là nous avons ce truc incroyable qui est cette école de musique. L’idée principale est d’éviter les conflits et de rapprocher les gens par la musique et les arts. Ce qui est probablement l’un des meilleurs moyens pour le faire. Et je pense qu’ils ont réussi… »

La Maison de l’Europe, où travaille Marija, est située tout près du pont qui relie les deux parties de la ville. L’ambiance y est plutôt détendue, mais la présence d’une patrouille de l’OTAN rappelle que le conflit entre la Serbie et le Kosovo n’est toujours pas réglé. « Nous sommes au point de séparation et quand j’étais enfant, ce lieu a été le théâtre de tant de conflits, de tant de violence », se remémore Marija. « Mais maintenant on voit que c’est paisible. Vous voyez tous ces gens qui vont d’un côté et de l’autre. La plupart, ce sont des Serbes qui vont aller faire leur course à Bosnjacka Mahala, là où les Albanais ont tous leurs magasins. » Dans ce pays de moins de deux millions d’habitants, les projets qui rassemblent Serbes et Albanais restent rares.

Onze ans après la déclaration d’indépendance du Kosovo, les négociations avec la Serbie sont au point mort. Pourtant, selon Marija Perović, les 80.000 habitants de Mitrovica en ont assez de ces postures politiques qui polluent le quotidien des citoyens du Kosovo. « Je pense que la plupart des gens veulent que ça s’arrête et que les choses soient résolues », assure-t-elle.

« Les politiciens, par contre, n’aident pas du tout. Ils sont les seuls qui tirent quelque chose de ce conflit et de nous monter les uns contre les autres. Mais aucun Serbe ni aucun Albanais n’est plus intéressé à se battre. Bien sûr, il y a toujours des têtes brûlées. Malheureusement, je ne peux pas influencer les nationalistes et les têtes brûlées, il y en a partout. »

Aux dernières élections kosovares d’octobre 2019, la liste serbe téléguidée par le pouvoir du très autoritaire président serbe, Aleksandar Vučić a obtenu 96 % des votes. Début 2018, l’un des rares responsables politiques serbes du Kosovo, partisan du dialogue avec Pristina était assassiné dans les rues de Mitrovica. Si jouer du rock avec les voisins du sud de la ville, c’est quelque chose de tout à fait normal pour Jelena, son choix ne fait pas l’unanimité. « Certaines personnes ont vu quand je postais des chansons de mes groupes mixtes sur Facebook », explique-t-elle. « Ils m’ont envoyé des messages en disant que j’étais une traître et tout ça. Mais ils ne me touchent pas, ce ne sont pas des amis proches et je ne leur porte pas trop d’attention. »

Pour Jelena pas étonnant que l’école et ses « groupes mixtes » ne fassent pas la Une des journaux. « En général, les gens ne font attention qu’aux choses négatives. S’il y a des choses négatives qui arrivent entre Albanais et Serbes, là ils vont faire attention. Mais, ici à l’école, il n’y a pas de scandale… Peut-être que la plupart des gens n’en ont même jamais entendu parler. Parce que la plupart des gens ne font attention qu’à la politique… »

En onze ans, la Rock school Mitrovica a vu passer plus de 1.100 jeunes dans ses locaux et elle accueille aujourd’hui environ 80 élèves par an. Sept groupes mixtes se produisent régulièrement sur les scènes des Balkans et de nombreux groupes ont pu tourner sur les différentes scènes de la région. Pour cette nouvelle génération de musiciens, ce n’est pas être Serbe ou Albanais qui compte. Le plus important, c’est de faire de la bonne musique.

L’article original ici.

Balkans: l’ombre d’une «Grande Albanie» revient hanter la région

Drapeaux de l'Albanie à Tetovo en Macédoine du Nord @ LS
Drapeaux de l’Albanie à Tetovo en Macédoine du Nord @ LS

Le Soir – 27.12.2019 – Article

Quand il parle de la classe politique de son pays, Redi ne mâche pas ses mots. « Si je dois résumer en un mot la politique ici, c’est juste un scandale », lâche ce trentenaire au regard déterminé. « 90 % de nos députés sont des incompétents, et c’est la source de beaucoup de nos problèmes. » Attablé devant un expresso dans l’un des vieux cafés de Tirana, cet employé d’une chaîne de télévision se désole de la qualité du débat d’idées en Albanie. « Quelque 300.000 personnes ont quitté le pays ces dernières années », constate-t-il froidement, en pointant l’émigration qui frappe le pays. « 10 % de la population de votre pays qui part en quelques années, vous imaginez ça ? Ce n’est pas seulement à cause de leur situation socio-économique que les gens sont désespérés, c’est aussi qu’ils ne voient plus de raison d’être enthousiastes. »

Enthousiaste, Redi s’efforce de l’être. Depuis quelques années, il suit avec intérêt la montée en puissance au Kosovo, l’autre république majoritairement albanophone, du mouvement Vetëvendosje !, « Autodétermination », en albanais. Fondé il y a 15 ans pour dénoncer l’ingérence étrangère dans les négociations sur le statut de l’ancienne province serbe, ce parti de gauche aux positions souverainistes est arrivé en tête des législatives du 6 octobre dernier. Il a rejeté dans l’opposition les anciens chefs de guerre qui dirigeaient le pays depuis 12 ans. Perçu comme un homme politique incorruptible, son chef, Albin Kurti devrait prendre la tête du prochain gouvernement du Kosovo d’ici le 26 décembre – date limite pour sa formation . Et depuis quelques mois, son mouvement donne aussi de la voix chez les « cousins » d’Albanie, où il espère perturber un jeu politique figé par les clivages partisans et les intérêts clientélistes. « Il y a une différence énorme entre Vetëvendosje ! et les forces politiques ici en Albanie qui sont des partis monopolistiques qui entretiennent des liens avec le crime organisé », affirme Redi.

Une transition économique inégalitaire

« Pour l’instant, nous sommes une simple ONG », tempère Bojken Abazi. Pour le directeur exécutif de Vetëvendosje ! en Albanie, l’ouverture d’un local à Tirana répond d’abord à un manque dans la société albanaise. « Les deux principaux partis qui dirigent le pays depuis trois décennies ont mis en place les mêmes programmes d’ajustements structurels qui ont pris la forme de privatisations brutales. Les principales entreprises et presque toute l’industrie ont été vendues pour des profits à court terme. »

La transition économique que connaît le pays depuis la chute de la dictature en 1991 ne bénéficie pas à tous les Albanais. Malgré une croissance de près de 4 %, le taux de pauvreté est toujours de 30 % selon la Banque mondiale et le salaire minimum est l’un des plus faibles d’Europe, à 210€ brut par mois. « Tout le monde sait que les inégalités s’envolent mais les statistiques ne sont plus publiées depuis 2014 », s’indigne Bojken Abazi, avant de dénoncer les partenariats publics privés votés par l’actuelle majorité socialiste dans les secteurs de la santé, les infrastructures ou l’éducation.

Un positionnement social donc, mais pas seulement. Le slogan de VV, comme le surnomment ses sympathisants, c’est surtout « l’union ». « Nous voulons unifier nos causes », explique Bojken Abazi. « D’abord contre ce système néo-libéral qui produit inégalités, injustice et pauvreté. Et ensuite, vers l’intégration nationale. » Marché et cadre légal communs, union monétaire, fin des permis de travail et de résidence pour les citoyens des deux pays, etc., autant de mesures que Vetëvendosje souhaiterait voir appliquer entre le Kosovo et l’Albanie avant, pourquoi pas, l’unification autour de l’aigle bicéphale du drapeau albanais. « Nous devrions avoir le droit à l’autodétermination, comme le dit le 1er article de la Charte de l’ONU », poursuit Bojken Abazi. « Les derniers sondages ont montré qu’ici en Albanie, 75 % des gens seraient en faveur de l’unification en cas de référendum et au Kosovo, c’est autour de 65 %. »

« Mini-Schengen » régional

Cauchemar des diplomates de l’Union européenne soucieux d’éviter tout retour de tension dans une région encore meurtrie par les conflits des années 1990, la « grande Albanie » semble faire son retour dans l’agenda politique balkanique. Pour Arta Seiti, chercheuse en géopolitique à l’Université catholique de Lille, les causes sont aussi à chercher du côté de Bruxelles. « Le flottement concernant la crise structurelle des institutions européennes et la stratégie-programme dite de “stabilité” qui s’enlise, contribuent à exacerber la fièvre du pan-albanisme », analyse-t-elle. Le veto opposé en octobre par le Président français, Emmanuel Macron, à l’ouverture des négociations d’adhésion de l’Albanie et la Macédoine du Nord a profondément déçu les dirigeants de la région. Face à une Europe aux signaux contradictoires et qui s’éloigne, beaucoup de responsables politiques albanais n’hésitent plus à soutenir ouvertement l’idée d’une « unification nationale » des Albanais de la région.

À défaut d’Union européenne, certains dirigeants de la « zone grise » de l’Europe ont discuté ces dernières semaines d’un « mini-Schengen » des Balkans occidentaux pour développer les échanges régionaux. Mais cette initiative, portée notamment par les chefs d’État serbe et albanais, est battue en brèche par le Kosovo. Les Kosovars n’ont aucune envie de voir l’actuel président serbe, ancien ministre de l’Information de Slobodan Milosevic, donner le ton de l’agenda économique de la région. « Je ne connais pas de cas dans l’histoire où un pays ne reconnaît pas un autre pays, mais ils entrent ensemble dans un marché commun », ironise Bojken Abazi de Vetëvendosje. « La Serbie ne reconnaît pas le Kosovo et, plus que ça, elle combat son indépendance par tous les moyens. »

Corruption, faiblesse de l’État de droit, difficultés économiques, les sociétés des Balkans occidentaux paraissent enlisées dans leurs problèmes, et se vident de leur jeunesse. La percée du mouvement Vetëvendosje au Kosovo semble marquer le retour des questions sociales, drapées des couleurs rouge et noir du drapeau albanais.

L’article original ici (abonnés).

Les journalistes albanais révoltés par la loi sur les médias en ligne

Manifestation des journalistes en décembre 2019 à Tirana @ LS
Manifestation des journalistes en décembre 2019 à Tirana @ LS

RFI – Web – 18.12.2019 – Article

« Le journalisme n’est pas un crime. » Brandissant des pancartes, quelques centaines de personnes se sont réunies à Tirana devant le parlement albanais ce mercredi 18 décembre au matin. Ils protestent contre un projet de loi controversé visant à réguler l’activité des médias en ligne.

« Un seul nom de domaine : Rama.al ? », pouvait-on lire, référence au Premier ministre, Edi Rama. L’ensemble de ces mesures, surnommé « paquet anti-diffamation », autoriserait notamment un organisme administratif à juger du contenu des médias en ligne, sanctions financières, voire fermeture de site à l’appui. Le gouvernement albanais affirme vouloir lutter ainsi contre les fake news et la diffamation.

Présent devant le parlement, Gjergj Erebara est l’un des journalistes du réseau Balkan Investigative Reporting Network (BIRN). « Pour lutter contre la diffamation et les fake news, le gouvernement ne devrait pas lui-même diffamer et produire des fake news, accuse-t-il. Le principal producteur de fake news, c’est le bureau du Premier ministre. Ce projet est l’un des derniers pas vers un régime autoritaire. »

Une loi aux conséquences redoutées

Les journalistes albanais redoutent les conséquences de cette loi sur leur travail, notamment à travers les sanctions financières prévues par le texte. « Le salaire moyen d’un journaliste ici est de 500 euros, explique Gjergj Erebara, et les pénalités prévues par ce projet peuvent monter jusqu’à 5 000 euros. Ces pressions financières peuvent ruiner n’importe quel journaliste. »

Au sein du parlement, le Premier ministre socialiste Edi Rama a affiché sa détermination à faire adopter ce projet de loi qu’il juge nécessaire afin de « discipliner » les médias en ligne. « La liberté d’expression n’est pas seulement un droit mais aussi une responsabilité », a-t-il réaffirmé en référence à de fausses informations qui ont circulé sur certains sites internet après le tremblement de terre du 26 novembre dernier. Il a assuré que des modifications importantes avaient été apportées au projet et que celui-ci était désormais « conforme à 100% aux standards internationaux ».

La veille, Harlem Désir, représentant pour la liberté des Médias de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), avait déclaré dans une série de tweets avoir « travaillé jusqu’à la dernière minute avec le Premier ministre et le gouvernement d’Albanie afin d’améliorer le projet de lois sur les médias et de le mettre en conformité avec les normes internationales et les engagements de l’OSCE ». S’il a salué des « améliorations », il a néanmoins assuré que son bureau « surveillera de près l’application de la loi qui ne doit en aucun cas entraver la liberté d’expression et la liberté des médias ».

We have been working with Prime Minister @ediramaal and the Government of #Albania until the last minute to improve the draft laws on media, and bring them in line with international standards and OSCE commitments. 1/5  OSCE media freedom (@OSCE_RFoM) December 17, 2019

Alors que les dirigeants albanais espèrent toujours obtenir l’ouverture des négociations d’adhésion avec l’Union européenne, les objectifs de ce projet de loi ont suscité ces dernières semaines de nombreuses critiques d’organisations internationales. Ainsi, la commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatovic, s’est dite « profondément préoccupée » par ce projet. Dans un communiqué publié mardi 17 décembre, elle a jugé que « plusieurs dispositions [n’étaient] pas compatibles avec les normes internationales et européennes des droits de l’homme ».

« Déjà presque impossible de faire du journalisme en Albanie »

Ce constat est partagé par Flutura Kusari, qui travaille pour le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias (ECPMF). Elle est venue protester aux côtés des journalistes albanais. « Le processus de rédaction de cette loi n’a pas été transparent : le public et la société civile n’ont pas été consultés, explique-t-elle. Il ne faut pas seulement apporter des modifications « cosmétiques » à ce projet, c’est son esprit même qu’il faut changer. » Flutura Kusari s’est dite très inquiète pour la liberté de l’information dans le pays. « En Albanie, c’est déjà presque impossible de faire du journalisme. En ce sens, c’est le pire pays de la région. Si cette loi passe, ce sera une question de semaines ou de mois pour que les journalistes renoncent. »

Ancien basketteur professionnel et artiste, le Premier ministre Edi Rama a longtemps bénéficié d’une image positive en Europe de l’Ouest, notamment grâce à son positionnement pro-européen. En Albanie, il est accusé de gouverner de façon de plus en plus autoritaire, communiquant essentiellement à travers la chaîne Edi Rama TV, diffusée sur Facebook, et traitant à l’occasion les journalistes de « poubelle » ou « d’ignorants ». Dans le dernier classement de l’ONG Reporters sans Frontières (RSF), l’Albanie a perdu sept places, se classant 82e sur 180 pays.

État peuplé d’un peu moins de 2,9 millions d’habitants, l’Albanie compte une dizaine de chaînes de télévision d’information et plus de 600 portails d’information. Ce projet de loi intervient alors que le pays va prendre la présidence de l’OSCE en 2020.

L’article original ici.

Le métro de Belgrade : un projet fantôme ?

Le chantier de Belgrade sur l'eau @ LS
Le chantier de Belgrade sur l’eau @ LS

France Inter – Un Jour dans le Monde – 17.12.2019 – 5 min – Audio

La Serbie est le dernier pays d’Europe à ne pas disposer d’un système de transports en commun rapide dans sa capitale, avec ses deux millions d’habitants. Ces derniers doivent se contenter de rares trains régionaux et du réseau de bus. Un projet de métro existe bien, depuis près de quatre-vingt ans, et suscite l’intérêt d’investisseurs chinois et français. Mais pour l’instant, les autorités serbes lui préfèrent le pharaonique « Belgrade sur l’eau », un complexe de résidences de luxes et de commerce en cours de construction, financé par les Émirats Arabes Unis.

Écouter :

Le reportage original ici (à 20’00)

Dix jours après le séisme : inquiétude et colère

Secouristes au travail dans une maison effondrée de Durrës @ LS
Secouristes au travail dans une maison effondrée de Durrës @ LS

RFI – Info – 06 et 08.12.2019 – 1’15 min – Audio

Dix jours après le violent séisme qui a frappé l’Albanie, l’heure est au droit d’inventaire et à la recherche des responsabilités. Constructions illégales, corruption, absence de plan d’aménagement, etc, à Durrës, la station balnéaire la plus importante du pays, les problèmes du pays sautent aux yeux. Alors que les experts locaux et internationaux évaluent les bâtiments de la ville, les habitants sont en colère et inquiets.

Écouter :

En Albanie, le séisme a exposé les plaies de la corruption

La corruption dans le bâtiment est l'une des plaies de l'Albanie post-communisme @ LS
La corruption dans le bâtiment est l’une des plaies de l’Albanie post-communisme @ LS

Libération – 06.12.2019 – Article

Après le tremblement de terre qui a fait 51 morts et plus de 2 000 blessés à Durrës, habitants et experts expliquent comment les constructions illégales ont amplifié le bilan des victimes et des dégâts.

Un ballet de tractopelles, des appartements éventrés, des immeubles explosés à la dynamite… Sous le soleil d’automne, le front de mer de Durrës a des allures d’apocalypse. Le séisme de magnitude 6,4 qui a meurtri l’Albanie le 26 novembre (51 morts et 2 000 blessés), a mis à terre la plus grande station balnéaire du pays, aujourd’hui largement désertée par ses habitants, traumatisés.

Face aux gravats de l’hôtel Miramar, dont l’effondrement a coûté la vie à deux de ses employés, Kristo Dozi ne décolère pas. «Selon la loi, à Durrës et à Tirana, il ne faut pas construire plus de quatre ou cinq étages, assure ce retraité en montrant son immeuble fissuré. Mais mon immeuble, on lui a donné un permis pour treize étages ! Alors, à qui est la faute ? Les autorités ont tout vu, pourquoi elles ont autorisé ça ? Ce sont tous des bandits.»

Un peu plus loin, le long d’une rue de l’Indépendance recouverte de poussière, Eron fait les cent pas et noie son désespoir dans le raki. Comme des dizaines de milliers d’Albanais épris de liberté et accablés par la misère, il a émigré en Grèce au début des années 1990, à l’effondrement de la dictature stalinienne, avant de rentrer quelques années plus tard. «Tout le temps et le sang que j’ai donnés ces trente dernières années, c’est dans cet immeuble-là que je les ai investis, lâche-t-il abattu, en montrant un immeuble dont plusieurs murs gisent sur le sol. Un appartement et un magasin pour garantir l’avenir de mes enfants. Et maintenant, le propriétaire ne répond plus.» Situé à quelques dizaines de mètres seulement de la plage, l’immeuble d’Eron, comme des milliers d’autres en Albanie, a été construit sans permis de construire.

Plaies et conflits

Les constructions illégales et l’absence de plan d’urbanisme sont l’une des plaies de l’Albanie postcommuniste, à l’origine de nombreux conflits de voisinage, parfois sanglants. A Durrës, la forêt de pins qui bordait les dix kilomètres de plage n’est aujourd’hui plus qu’un souvenir.

«Il y a deux types d’investisseurs, explique l’analyste politique Neritan Sejamini. Ceux qui ont économisé en travaillant à l’étranger et ont espéré être actifs dans le secteur du tourisme naissant et les autres, des corrompus ou des criminels qui ont investi leurs revenus illégaux sur la côte. Ils ont réussi car le gouvernement n’a jamais fait respecter la législation dans le domaine.» Ces dernières années, la côte albanaise a poursuivi sa bétonisation effrénée, poussée par l’exode rural et la hausse de la fréquentation touristique.

Dans le chaos urbain qu’est devenu Durrës ces dernières années, il était de bon ton de blaguer sur le kitsch de tel ou tel bâtiment, mais aussi sur les immeubles qui s’élèvent d’un étage chaque année, au vu et au su de tous. Des quartiers entiers ont vu le jour dans des zones pourtant impropres à la construction, comme la plage ou «l’ancien marais de Durrës» où ont péri huit membres d’une même famille.

«Presque tous les immeubles sur la côte de Durrës ont été construits illégalement, poursuit Neritan Sejamini. Quelqu’un reçoit de l’argent pour fermer les yeux, pour légaliser quelque chose qui n’aurait pas dû l’être. Quand vous regardez ces immeubles, vous ne voyez pas seulement la faible qualité de leurs matériaux, ni l’occupation illégale des terrains. Derrière toutes ces constructions, il y a un acte de corruption.» La corruption qui pourrit la vie des Albanais sur les routes, dans les hôpitaux ou l’administration se matérialise également dans le BTP.

Précédent de septembre

Mercredi soir, les autorités annonçaient que plus de 5 000 logements avaient été sévèrement endommagés par le séisme. Désormais jugées inhabitables, des centaines d’habitations, parfois très récentes, devraient être détruites dans les jours qui viennent. Située au cœur d’une zone à forte activité sismique, l’Albanie fait régulièrement les frais des mouvements tectoniques. Le 21 septembre, déjà à Durrës, un précédent séisme de magnitude 5,6 avait rappelé les menaces pesant sur la région, faisant 108 blessés et d’importants dégâts matériels.

Omniprésent dans les médias depuis le premier jour de la catastrophe, le Premier ministre albanais, Edi Rama parcourt les sommets internationaux pour récolter des fonds. Avec un certain succès : la commission européenne a par exemple annoncé l’octroi de 15 millions d’euros et Emmanuel Macron a proposé l’organisation d’une conférence internationale pour aider le pays à faire face aux destructions. Mais si la reconstruction devrait rapidement démarrer, les dirigeants albanais arriveront-ils à susciter la confiance de leurs citoyens ? Après le choc de la catastrophe, beaucoup d’Albanais n’en peuvent plus des carences de l’Etat et demandent justice.

L’article original ici.

La Vjosa: dernier fleuve sauvage dʹEurope en danger

Des scientifiques en raft sur la Vjosa, automne 2019 @ LS
Des scientifiques en raft sur la Vjosa, automne 2019 @ LS

RTS – Point de Fuite – 02.12.2019 – 40 min – Audio

Dans les Balkans, quelque 3000 centrales hydroélectriques sont actuellement envisagées ou en cours de construction, alors qu’ailleurs sur le continent, on commence à revenir sur ce type d’énergie. Rien que pour la petite Albanie, on compte près de 700 projets. Plusieurs dizaines de ces barrages pourraient être construits sur la Vjosa – dernier fleuve sauvage dʹEurope – qui coule sur 270 kilomètres entre le nord de la Grèce et la mer Adriatique. Entièrement épargné par les constructions humaines, pour les écologistes ce fleuve n’est rien de moins que le cœur bleu de l’Europe. Embarqués sur des rafts, des scientifiques s’émerveillent et appellent à préserver ce trésor naturel dont la domestication mettrait en péril lʹexistence de nombreux villages riverains.

Écouter :


Un reportage de Louis Seiller réalisé par David Golan
Production: Muriel Mérat & Christophe Canut

Le reportage original ici.

Séisme en Albanie

Campement provisoire à Durrës @ LS
Campement provisoire à Durrës @ LS

RFI – Info – 26-29.11.2019 – Plusieurs 1’15 min – Audio

Un violent séisme de magnitude 6,3 a frappé l’Albanie le 27 novembre au matin, faisant 51 victimes, des milliers de blessés et sans-abris.

Série de reportages pour RFI réalisés entre le 26 et le 29 novembre 2019.

Écouter :

Le métro de Belgrade, entre gros sous, projet émirati et intérêts français

Le projet de métro revient mais adapté au projet controversé "Belgrade sur l'eau" @ LS
Le projet de métro revient mais adapté au projet controversé « Belgrade sur l’eau » @ LS

Reporterre – 27.11.2019 – Article

C’est en Serbie que se trouve l’un des plus grands chantiers d’Europe. Le mégaprojet de luxe, baptisé «Belgrade sur l’eau» et financé par les Émirats arabes unis, pourrait transformer la capitale, et relancer un projet de métro adapté aux investisseurs… mais pas aux habitants.

  • Belgrade (Serbie), reportage

C’est l’heure de pointe dans le centre de Belgrade et, sur le boulevard du roi Alexandre, Veljko Stefanovic saute du tramway. Écouteurs sur les oreilles, cet étudiant en ingénierie ne fait plus attention au bruit assourdissant des vieux wagons de la capitale serbe. «Le réseau n’est pas adapté, assure le jeune homme. De 14 h à 20 h, c’est catastrophique, il y a trop de monde, on ne peut aller nulle part. On doit tout planifier pour ne pas arriver en retard. Et regardez maintenant comme c’est bouché!» L’agglomération de Belgrade compte près de 1,7 million d’habitants, soit le quart de la population totale de Serbie. Pourtant, la plus grande ville des Balkans est l’une des rares métropoles d’Europe à ne pas disposer d’un réseau de transport rapide. L’ancienne capitale yougoslave souffre aujourd’hui d’une circulation automobile polluante et toujours plus dense.

Tableaux d’affichage, escalators, annonces haut-parleur, etc. La station souterraine de Vukov Spomenik, située en plein centre de la ville, a tout d’une station de métro et même le nom, depuis 1995! Pourtant, ce n’est pas le métro qu’attend Nevenka Chpanovic sur l’un des bancs de la station, mais seulement l’un des rares trains régionaux. «Le métro, c’est un excellent projet, il faudrait seulement qu’il… aboutisse, ironise cette aide-soignante de 58 ans. Ce serait bien si nous avions plus de possibilités pour nous déplacer. On est nombreux à attendre le métro avec impatience.» Le projet de métro, les Belgradois en ont entendu parler la première fois dans les années 1930, il y a 80 ans… Écarté à cause des conflits qui ont détruit la ville au XXe siècle, voilà 40 ans que le projet revient régulièrement dans l’actualité.

Pour beaucoup d’habitants, le métro est surtout l’un de ces projets fantômes qui hantent les campagnes électorales et engloutit l’argent public dans d’innombrables études de faisabilité. L’idée même de métro est assez mal connue de la plupart des Belgradois. Pour Stefan, par exemple, c’est assez flou : «J’ai entendu parler de ce projet mais je ne sais pas à quoi ça ressemble, confesse ce jeune homme de 26 ans, avant de monter dans un vieux bus. Je ne m’intéresse pas trop à la politique donc je ne sais pas trop quoi dire…»

Le projet pharaonique Belgrade sur l’eau transforme radicalement le centre de Belgrade 

Le projet de métro, joker de l’agenda politique serbe? Zoran Bukvic acquiesce. «Construire des lignes de métro, cela prend au moins dix ans, explique cette figure de la société civile locale. Mais les politiciens raisonnent en matière de mandats et, même en deux mandats, ils ne peuvent pas mener ce genre de projet à bien. Ils essaient de faire des choses qui peuvent être visibles par leurs électeurs.» Habitué des slaloms au milieu des pots d’échappement, ce barbu féru de deux-roues a fondé l’ONG Des voies pour les vélos. «Ce que nous avons, c’est des bus, constate Zoran Bukvic. Et les bus représentent la majorité des transports publics. 50% des gens utilisent les transports publics, 26% utilisent la voiture privée, 24% marchent, et seulement 1 ou 2% utilisent le vélo ou le scooter.»

Comme beaucoup de Belgradois, Zoran Bukvic aimerait libérer sa ville des véhicules polluants. Mais ce n’est pas la priorité des autorités serbes qui ont lancé d’autres projets, davantage tape-à-l’œil. Derrière Zoran, des immeubles d’une vingtaine d’étages et un énorme chantier se dressent désormais sur les rives de la Save. «Avant, ici, il y avait une gare ferroviaire et aussi une gare routière», déplore-t-il. Lancé en 2015, le projet pharaonique Belgrade sur l’eau transforme radicalement le centre de Belgrade. Estimé à trois milliards d’euros et financé par les Émirats arabes unis, ce futur quartier d’affaires, avec résidences de luxe et commerces, devrait alourdir une circulation déjà compliquée dans la capitale serbe. «Si nous n’avons pas de métro, la circulation sera un désastre à cause de ce projet, prévient Zoran Bukvic. Ici, on parle de 20.000 véhicules chaque jour! Mais personne n’a pensé à ça parce que tout le monde voulait faire de l’argent facile et le plus rapidement possible.»

Très controversé et entaché de soupçons de corruption, le chantier émirati promu par les dirigeants serbes, l’un des plus importants actuellement en cours de construction en Europe, est loin de faire l’unanimité. «Avec ce projet, nous avons compris que la position de la municipalité allait rapidement évoluer en faveur des gros investisseurs et des gros sous, explique Dobrica Veselinovic, l’un des porte-parole du collectif citoyen Ne davimo Beograd [«ne laissons pas couler Belgrade»]. Les demandes et les problèmes des citoyens ordinaires ont été mis de côté.» Ne davimo Beograd se mobilise depuis des années contre ce «Dubaï des Balkans» qui a mis à terre tout un pan de la vie culturelle belgradoise, et notamment le quartier de Savamala et ses nombreux bars et lieux alternatifs.

Une dérive antidémocratique qui ne refroidit pas les investisseurs 

Sourdes aux critiques mais à l’écoute des promoteurs immobiliers, les autorités voient plutôt dans les façades bling-bling de Belgrade sur l’eau l’occasion de relancer le projet de métro. Les lignes qui étaient envisagées depuis les années 1970 suivent aujourd’hui un tracé bien différent. Au printemps dernier, le groupe français d’ingénierie Egis a ainsi soumis une étude de faisabilité en ce sens : la priorité n’est plus de desservir les quartiers les plus peuplés mais de faire de ce quartier de luxe un nouveau centre-ville, en le positionnant au croisement des deux lignes futures. Le terminus de la première ligne fait également polémique : cette plaine du sud encore inhabitée pourrait elle aussi être transformée en quartier résidentiel pouvant loger 30.000 personnes. Selon Dobrica Veselinovic, ces choix sont très éloignés de l’intérêt des Belgradois, qui n’ont pas eu leur mot à dire. «C’est devenu une habitude de la part de la mairie, accuse le militant de Ne davimo Beograd. Ils empêchent toute discussion sur le moindre sujet. Il n’y a plus de consultations publiques et il n’y a absolument aucune participation des citoyens dans les différents projets de la ville.»

Depuis son élection en 2014, le président serbe, Aleksandar Vučić, gouverne le pays de façon de plus en plus autoritaire, au point que Transparency International parle désormais de «pouvoir politique capturé» en Serbie. Cet ancien ministre de l’Information de Slobodan Milošević [1] n’apprécie d’ailleurs pas les enquêtes des journalistes sur les liens entre le pouvoir et les réseaux criminels, et muselle la presse. Depuis qu’il est à la tête du pays, la Serbie a perdu 45 places au classement de Reporters sans frontières, aujourd’hui 90e sur 180 pays.

Une dérive antidémocratique qui ne refroidit pas les investisseurs, alléchés par les quatre milliards d’euros estimés pour la construction du métro. Lors de sa visite à Belgrade en juillet dernier, Emmanuel Macron n’a ainsi pas oublié d’emmener avec lui les dirigeants d’Alstom, en concurrence avec des compagnies chinoises pour mettre le métro sur les rails. Dans la foulée, une déclaration d’intention a été signée, et la France devrait effectuer un prêt de 80 millions d’euros à la Serbie pour financer la première phase du projet. L’ONG anticorruption Transparency Serbia a dénoncé le non-respect des procédures et l’opacité entourant ces choix. Mais du côté des autorités de Belgrade, on préfère faire de nouvelles promesses : les travaux commenceront dès 2020. Reste à voir si ces annonces passeront le cap des élections législatives, prévues en avril prochain.

Le reportage original ici.

Des Albanais critiquent le veto d’Emmanuel Macron sur leur entrée dans l’Union européenne

Le boulevard des martyrs à Tirana, sans circulation @ LS
Le boulevard des martyrs à Tirana, sans circulation @ LS

France Info – 17.11.2019 – 2 min – Audio

Écouter :

Erjona prend la pose sur les pavés multicolores de la place centrale de Tirana. Mais dès qu’on on lui parle d’Emmanuel Macron, la jeune femme de 22 ans perd le sourire. « Cela ne devrait pas être possible qu’un seul pays puisse déterminer le destin d’un autre pays », affirme-t-elle. « Ce doit être décidé à la majorité. Ce n’est pas possible que seule l’élite de la France puisse décider de notre destin. »

Alors que l’équipe de France affronte l’Albanie dimanche 17 novembre dans le cadre des éliminatoires de l’Euro 2020, le match aura un certain goût de revanche pour les Albanais. En effet, la décision d’Emmanuel Macron d’opposer son veto à l’ouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne avec la Macédoine du Nord et l’Albanie a été vivement critiquée dans un pays résolument tourné vers l’Europe, et très francophile.

Comme beaucoup d’Albanais et de Nord-Macédoniens, Erjona n’a pas apprécié le veto du président français. Cette diplômée en économie en a assez de devoir attendre à la porte de l’Union européenne. « Notre génération vieillit, on attend. Le temps passe et nous ne sommes toujours pas membres de l’Union européenne, alors que c’est vraiment quelque chose que nous voulons. »

« On n’a rien fait de ce qui nous était demandé »

Si les Albanais aiment l’Europe, ils aiment aussi la France. Le député d’opposition Ralf Gjoni a voté pour Emmanuel Macron en 2017. Ce franco-albanais s’est senti blessé par le « non » du président français. « Les Albanais, c’est un peuple qui adore la France et qui aime les Français », confirme le député. « C’est très décevant de voir le président français bloquer les négociations pour l’Albanie. »

Dans les Balkans, la perspective européenne est souvent synonyme de démocratisation. Gledis Gjipali, de l’ONG Mouvement européen en Albanie, redoute quant à lui les conséquences de la décision du président français. « Si nous perdons cette direction, cette motivation pour l’Union européenne, ce sera difficile de voir de grands progrès en ce sens dans les prochaines années. »

Je n’ai pas mal réagi parce que je m’attendais à cette décision.Dhurataà franceinfo

Si la décision française a été très critiquée dans les Balkans, elle n’a pas surpris les jeunes comme Dhurata, qui se dépêche pour être à l’heure à son travail de téléopératrice. « Pendant tout ce temps, on n’a rien fait de ce qui nous était demandé. »

Corruption, criminalité, absence de méritocratie… Pour Dhurata, les problèmes sont bien réels en Albanie, et constituent autant de raisons de partir. « Si les négociations ne s’ouvrent pas, on continuera de quitter le pays en partant demander l’asile, ou par d’autres moyens. »

Même si la porte a du mal à s’ouvrir, les Albanais ont déjà un pied dans l’Union européenne. Depuis la chute de la dictature en 1991, plus d’un million d’Albanais se sont installés dans l’un des 27 pays membres de l’UE.

Le reportage original ici.