Entretien avec Edi Rama, Premier minsitre d’Albanie

Le Premier ministre d’Albanie, Edi Rama

Libération – 28.05.2019 – Article

A l’automne, il a affronté les manifestations de milliers d’étudiants albanais réclamant plus de moyens. Depuis février, il est vilipendé par les partis d’opposition qui l’accusent d’avoir trafiqué les élections et d’être corrompu. L’opposition a même décidé de boycotter le Parlement et les élections locales du 30 juin, et le conspue dans la rue aux cris de «Rama Ik» («Rama dégage»). Edi Rama, 54 ans, est un Premier ministre sous tension. Avant l’éventuelle annonce par l’Union européenne de l’ouverture de négociations sur l’adhésion de l’Albanie à l’UE, le très francophile chef du gouvernement (socialiste) au pouvoir depuis 2013 a longuement reçu Libération à la Kryeministria, la primature où il siège. Costumes sombres, chemise blanche ouverte, baskets rouges et noirs, le peintre et tweeteur invétéré a vécu pendant quatre ans à Paris avant de revenir diriger le ministère de la Culture, puis la mairie de Tirana, la capitale qu’il a sortie de sa léthargie. Désormais, il entend ancrer l’Albanie au cœur de l’Europe.

Etes-vous inquiet du rapport de la commission du 29 mai d’une part et du Conseil européen du 18 juin qui doit statuer sur l’ouverture ou pas des négociations d’adhésion de l’Albanie à l’UE?

Non, je ne suis pas inquiet. C’est un moment assez particulier et difficile pour l’Europe, pour la politique. Dans les démocraties, on entend des discours qui auraient été absolument inimaginables dans les vieux temps glorieux du général de Gaulle ou du président Mitterrand. On vit dans une époque où des gens qui osent dire «on en a marre des experts, il faut écouter nos tripes» arrivent à avoir la majorité des suffrages d’un grand peuple comme en Grande-Bretagne.

Comment réagit le peuple albanais par rapport à ces discours-là en Europe?

Il y avait un temps où l’inquiétude était assez balkanique, aujourd’hui elle est généralisée. Pendant que nous, nous nous sommes engagés sur le chemin de l’européanisation des Balkans, nous avons assisté à une balkanisation de l’Europe.

Estimez-vous que l’Albanie est prise en otage à la fois par un populisme et des opinions publiques très frileuses dans les 28 Etats membres ?

Ce n’est pas 28, c’est beaucoup moins.

Donc c’est la France et les Pays-Bas ?

Je ne veux pas de faire de différenciations.

Vous qui avez vécu en France, êtes-vous touché par ces frilosités françaises ?

La France a souvent montré pendant son histoire une capacité de rupture inouïe. C’est aussi un pays dont les décisions pèsent sur le destin des autres. Et quand cela se fait d’une manière négative, c’est vraiment terrible. Qu’on le veuille ou non, il y a une réalité : aujourd’hui, être à la tête d’un pays comme la France signifie aussi influer sur une grande partie d’un destin commun qui engage beaucoup d’esprits, de gens, de territoires et de communautés.

Depuis plus de cinq ans, l’Albanie est reconnue comme Etat candidat à l’UE. Ne craignez-vous pas que le peuple albanais, si pro-européen, se lasse, s’estime rejeté, car ostracisé par d’autres pays, et se retrouve déçu si l’ouverture des discussions avec l’Europe est à nouveau repoussée?

Pour les Albanais d’aujourd’hui, c’est aussi simple que pour les pères fondateurs de l’Europe. Nous devons vivre dans un espace où nous ne sommes plus menacés par les guerres ou dans des situations où nous avons notre destin entre nos mains. Mais nous voulons nous sauver pour toujours de la malédiction d’un lieu comme les Balkans. Deux guerres mondiales ont commencé dans les Balkans. Cette région est le cœur de l’Europe, très centrale pour le destin de tout le continent. Même si c’est un lieu qui a été toujours perçu comme une périphérie, disons, comme le Saint-Denis de Paris, non ?

Pourquoi ?

C’est comme une banlieue agaçante dont on a toujours choisi de nier l’existence. Et on est toujours revenu vers cette périphérie parce qu’il y a eu les guerres.

Si l’Europe ferme la porte aux Balkans, il y a un risque de guerre ?

Mais l’Europe ne peut pas fermer la porte aux Balkans. C’est une illusion. Est-ce que Paris peut fermer la porte à Saint-Denis ? Est-ce qu’on peut imaginer une périphérie, qui est dangereuse, frustrée, être laissée dehors ? Ce n’est pas possible.

Au-delà des guerres du passé, est-ce qu’il n’y a pas des problèmes actuels – la criminalité, la corruption, etc. – qui expliquent cette perception ?

Oui, c’est vrai, il n’y a pas de criminalité, pas de corruption en France. Ce sont des maladies particulières à la banlieue balkanique et qui n’existent pas en Europe… Dire que «les Balkans sont le fief du mal» et comme une sorte de source d’infection dangereuse pour l’Europe, c’est vraiment la manière la plus ridicule d’affronter la réalité. C’est vrai, il y a de la corruption, là où il y a moins de modernisation. La corruption n’est pas une maladie génétique, historique. Qu’est-ce qu’on fait ? On aide ces pays à se moderniser ? Parce qu’à la fin, le processus d’intégration est un processus de modernisation. Nous voulons construire ici un pays pour nos enfants, qui soit comme une pièce de tout le fonctionnement européen.

Mais vos enfants choisissent l’exil en nombre. Qu’est-ce qui les pousse à quitter l’Albanie ?

Qu’est-ce qui poussait les Italiens à partir vers les Etats-Unis? Ou qu’est-ce qui pousse les Italiens du Sud aujourd’hui à aller dans le nord et ceux du nord à aller en Allemagne ? Comment peut-on empêcher à des jeunes gens de rêver ? Si on abandonne les Balkans, cette zone peut devenir une plateforme pour des acteurs qui n’ont pas nécessairement des pratiques très amicales avec l’Occident. Il peut s’agir d’Etat ou de groupes, de phénomènes comme le fondamentalisme, le terrorisme. L’Albanie est un pays où vivent des musulmans et des chrétiens. Et les musulmans albanais sont plus pro-européens que tous les électeurs de Marine Le Pen.

Récemment, un sondage indiquait que 60% des Albanais veulent quitter le pays. Comment les dissuader de partir?

Nous vivons dans un monde ouvert, lié et connecté. Paris n’est plus comme la Lune, c’est à deux heures trente de Tirana. Les tentations sont beaucoup plus fortes, les possibilités sont beaucoup plus grandes, c’est normal. Les gouvernements ne peuvent pas faire de miracles. Je veux croire que le futur nous réserve du mieux. Avec le temps, avec les progrès et les intégrations, il y aura de grands centres de l’Europe commune et également de petits centres.

Cette année, les étudiants albanais ont manifesté contre la hausse des droits d’inscription et le manque de moyens lors d’un mouvement de contestation sans précédent depuis la chute du régime communiste. Pensez-vous avoir répondu à leurs attentes?

J’ai très bien entendu le message. Les discussions que j’ai eues avec eux ont été difficiles, mais très claires. Leur dynamique est très belle et nous a aidés à faire des choses. Par moments, le gouvernement perd le sens des priorités. Nous avons ouvert un chantier de trois ans pour refaire les résidences étudiantes et en construire de nouvelles. On a pu faire ça parce qu’on est dans une situation budgétaire beaucoup plus positive.

Pourquoi le climat politique est aussi tendu avec des manifestations de l’opposition (Parti démocratique) qui boycotte le Parlement et les élections locales du 30 juin, appelle à votre démission, lancent des cocktails molotov sur vos bureaux ?

Nous sommes une très jeune démocratie. Construire un Etat démocratique sur des fondements inexistants et après une histoire guère généreuse [empire ottoman, monarchie, occupation fasciste puis nazie, puis dictature communiste jusqu’en 1991, ndlr], c’est un exercice quand même. On peut changer un régime en trois jours, mais pour changer un système et construire la démocratie, une génération, ce n’est pas assez. Nous sommes la seule grande force politique. On va gagner les élections locales et on va continuer.

Mais sans opposition au Parlement et aux élections locales, est-ce vraiment une démocratie ?

Oui. C’est l’espace du libre choix. Ce n’est pas une démocratie si l’opposition est mise les épaules aux murs, s’il y a des obstructions de nature constitutionnelle ou légale. Maintenant si l’opposition décide de se suicider politiquement, ce n’est pas l’expression d’une démocratie en bonne santé, mais ça fait partie d’un processus.

L’opposition parle d’élection truquée, de corruption pour expliquer ses choix. Vous savez ce qu’elle vous reproche…

Qu’elle montre les preuves. Si tu es dans l’opposition, tu as le droit de penser et de dire que la fin du monde approche à cause du gouvernement. Mais tu n’as pas le droit de brûler la ville. Si tu es élu par le peuple pour représenter le peuple mais en minorité, tu n’as pas le droit de mettre un gilet jaune et de dire «moi, je vais casser la ville parce qu’il faut faire ça, ça et ça», non ! Il y a de la corruption? Bon, c’est leur point de vue.

Plusieurs rapports soulignent aussi l’existence de cette corruption

Rapports de qui ?

D’ONG, comme Transparency international, du Fonds monétaire international (FMI) qui a pointé le manqué de transparence dans les partenariats publics-privés.

Mais bon, et alors ?

Il y a aussi le cas de deux de vos anciens ministres de l’Intérieur qui ont dû démissionner à la suite d’accusations de corruption et de liens avec le crime organisé…

Et alors ? et alors ?

Ce sont des faits qui donnent des arguments

… qui donnent des arguments de nature politique pour engager une bataille et pour aller aux élections. Si tu ne gagnes pas, alors tu restes dans l’opposition et tu dois continuer à batailler pour tout ce que tu veux. Mais tu ne peux pas prendre en otage le pays et le système et dire «je refuse mon mandat et je mets un gilet jaune parce que ce sont des criminels, des mafieux au gouvernement». Et si on parle de rapports, il faut toujours les mettre en perspective. Regardez d’où on est parti et où on est. Gouverner, ce n’est pas une promenade sur les Champs-Elysées. C’est monter-descendre, monter-descendre… Il y a une source qui a une crédibilité indiscutable: la Commission européenne. Leurs rapports sont clairs. On est dans un chantier, comme celui de la réforme de la justice qui est vraiment massif.

Et combien de temps va durer ce chantier?

Combien de temps avez-vous mis à faire de la France un Etat brillant et démocratique, avec des administrations qui fonctionnement indépendamment des partis, des cousins, de l’argent de poche… Nous sommes en train d’examiner et d’évaluer les 800 juges et procureurs. Citez-moi un autre pays où tout peut changer complètement ? Il faudra encore dix, vingt ans.

Cette réforme empêche la Cour constitutionnelle de poursuivre ces travaux

La majorité des juges ont été mis dehors parce qu’ils étaient incapables de justifier leur niveau de vie. Ils seront remplacés par des juges propres passés par le processus du vetting. Cette réforme est menée par plusieurs entités et elle est validée par une opération internationale de contrôle. C’est énorme ce qu’on fait et ce n’est pas simple.

L’entretien original ici.

Un paradis naturel bulgare menacé par une autoroute européenne

Sur les plaines au sommet des gorges de Kresna @ LS
Sur les plaines au sommet des gorges de Kresna @ LS

Reporterre – 17.05.2019 – Article

Dans le sud-ouest de la Bulgarie, les gorges de Kresna hébergent une biodiversité remarquable. Or, un projet autoroutier financé par l’Union européenne menace ce paradis des oiseaux. Les habitants appellent à l’aide.

  • Gorges de Kresna (Bulgarie), reportage

«Et vous n’avez rien vu! La circulation qu’il y a maintenant est tout à fait négligeable. Il faut voir en été, quand des milliers de Russes, de Roumains ou d’Ukrainiens utilisent cette route pour aller en vacances en Grèce!» Quand on entend Stoyan Beshkov affirmer que l’endroit où il se trouve est un paradis des papillons et la plus importante réserve de biosphère de Bulgarie, on peine à le croire. Derrière ce biologiste du Musée national d’histoire naturelle de Sofia, la route E79 gronde sans arrêt du vacarme des bus et des poids lourds qui foncent vers la frontière grecque. Mais, si l’on s’aventure sur les chemins de terre qui s’échappent dans la végétation, la nature reprend ses droits. Nous sommes bien dans les gorges de Kresna, dans le sud-ouest de la Bulgarie.

C’est le mois de mai, et autour des petites vignes de cépages autochtones, un ballet d’insectes s’agite au-dessus des fleurs sauvages. En levant la tête vers les sommets, on peut même apercevoir des vautours fauves qui planent au-dessus des gorges : ils sont en cours de réintroduction, plus de 60 ans après leur extinction ici. Les trésors naturels de Kresna, Stoyan Beshkov les a découverts en accompagnant son père herpétologue et depuis son adolescence, il y étudie les lépidoptères. «Je me rappelle la première fois que je suis venu quand j’étais enfant, je n’avais jamais vu autant de tortues, de serpents, de papillons, de platanes d’Orient… L’eau de la Struma était claire et belle.»

«Différents climats se rencontrent ici, le continental et le méditerranéen» 

Au pied des imposantes montagnes du Pirin, classées au patrimoine de l’Unesco depuis 1983, le fleuve Struma a façonné les gorges de Kresna. Sur à peine 18 kilomètres de défilé, cette zone Natura 2000 abrite une biodiversité remarquable. Plus de 3.500 espèces sont présentes dont pas moins de 92 espèces protégées. «Il y a plus d’espèces de papillons par kilomètre carré que dans toute la Grande-Bretagne, s’exclame Stoyan Beshkov. Les gorges ne sont pas seulement importantes pour la Bulgarie, elles ont une importance européenne. Ici, nous sommes à la limite nord de distribution de nombreuses espèces et même d’ordres. Alors que, pour d’autres espèces, c’est la limite sud. Différents climats se rencontrent ici, le continental et le méditerranéen.» Le goudron sur lequel foncent les milliers de véhicules ne sert pas seulement aux hommes : les gorges sont un important couloir de migration pour les oiseaux et les mammifères. Si de nombreuses espèces y laissent déjà leur vie lors de leur traversée de la route, la situation pourrait bientôt s’aggraver.

Car voilà près de vingt ans qu’un projet d’autoroute financé par l’Union européenne agite la région. C’est en effet ici qu’il manque quelques kilomètres d’asphalte pour que le corridor transeuropéen numéro 4, tel que défini par la Commission européenne, soit complet. Celui-ci doit relier Hambourg à Thessalonique. Un investissement que le contribuable européen devrait financer à hauteur de 620 millions d’euros, sur un total de 755. La somme représente des retombées considérables pour l’économie bulgare, la plus pauvre de l’Union européenne. Malgré les recommandations de la Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe, dite Convention de Berne [1], le gouvernement, une coalition droite-extrême droite, a annoncé fin 2017 l’abandon du projet de tunnel de 13 km. L’autoroute sera séparée en deux parties distinctes. L’actuelle route des gorges devrait être élargie pour accueillir le sens Sofia-Thessalonique alors que le sens inverse serait construit à l’est des gorges, aux pieds du Pirin.

«C’est la fin des petits entrepreneurs locaux, bientôt il n’y aura que les grandes boîtes, comme McDo ou Shell» 

Ayant constaté le début des travaux, la coalition d’ONG qui s’oppose à la construction de l’autoroute au sein des gorges a relancé la campagne Save Kresna. L’ONG Bankwatch Network dénonce un cas «emblématique d’un projet financé par l’UE qui a bouleversé la biodiversité européenne et les souhaits des communautés locales». La pétition adressée à la Commission européenne a recueilli plus de 200.000 signatures. Mais il y a urgence. Afin d’accélérer le chantier et de mettre un terme à la bataille judiciaire entourant le projet, le gouvernement bulgare l’a déclaré «d’importance stratégique nationale». Une mesure qui «restreint les droits civils démocratiques» selon Bankwatch Network.

Dangereux pour cause d’activité sismique ou de radioactivité, coût trop élevé, le gouvernement bulgare a avancé plusieurs arguments pour expliquer l’abandon du tunnel. «La vraie raison pour laquelle ils ne veulent pas du tunnel autoroutier, c’est qu’aucune compagnie bulgare n’est capable d’une telle construction, explique Stoyan Beshkov. Ce type de projet requiert un appel d’offres ouvert aux entreprises étrangères et elles remporteraient le projet à coup sûr, avec l’argent qui va avec. Mais le gouvernement et les entreprises qui lui sont proches ne veulent pas laisser échapper cet argent.» La Commission européenne avait fixé l’échéance pour la réalisation des travaux à 2023. Passé cette date, le projet devra être financé par les contribuables bulgares seuls.

Le long des gorges et près de la ville de Kresna, les derniers rebondissements entourant le projet d’autoroute laissent les habitants découragés. «C’est la fin des petits entrepreneurs locaux, bientôt il n’y aura que les grandes boîtes, comme McDo ou Shell», se désole cette hôtelière qui ne veut pas donner son nom. Plusieurs centaines de personnes dépendent du trafic routier actuel et beaucoup redoutent les conséquences que pourrait avoir une autoroute à sens unique dans les gorges. Ils espèrent aussi qu’une solution sera rapidement trouvée : l’actuelle voie rapide est l’une des plus dangereuses du pays et les accidents mortels y sont fréquents.

Sous un immense platane, Boris remonte de la Struma couvert de gilets de sauvetage. Ce jeune homme, originaire de la vieille ville de Kresna, est guide de rafting sur la Struma. «Les gens qui se rendent à Kresna viennent pour le rafting. C’est une activité qui devient très populaire, pas seulement chez les Bulgares, de plus en plus d’étrangers viennent ici.» Les combinaisons qui sèchent au bord de la route, Stoyan Beshkov les perçoit comme une petite victoire pour les gorges. «Il y a quinze ans, personne ici n’avait entendu le mot “rafting”, dit-il. Aujourd’hui, l’activité est connue et soutenue par la plupart des habitants, elle en fait vivre beaucoup.»

«La moitié de mes amis ont déjà émigré vers les États-Unis ou l’Europe de l’Ouest. Pourtant, ils veulent rester ici»

Des produits locaux naturels, des paysages spectaculaires, une biodiversité exceptionnelle et des gens accueillants, le potentiel «écotouristique» du sud-ouest bulgare est bien réel. La famille de Boris l’a compris en aménageant un petit hôtel au sommet des gorges. Elle emploie quelques habitants du village à moitié en ruine. Comme beaucoup, Boris rêve d’une route touristique dans les gorges afin de revitaliser la région. «Ici, à Kresna, presque tout le monde veut partir, raconte-t-il. La moitié de mes amis ont déjà émigré vers les États-Unis ou l’Europe de l’Ouest. Pourtant, ils veulent rester ici. Mais, pour les jeunes il y a tellement de problèmes, ça prendrait la journée d’en parler.»

Membre de l’Union européenne depuis 2007, la Bulgarie illustre certains échecs de l’intégration européenne. Dernier pays européen au classement 2019 de Reporters sans frontières, le pays est aussi le plus inégalitaire de l’Union, selon Eurostat. L’ancienne élite communiste, régulièrement secouée par des scandales de corruption, tient les rênes d’une économie de plus en plus oligarchique qui fait peu de cas de la protection de l’environnement. Face à ce tableau très sombre, les Bulgares quittent leur pays en masse, avec de dramatiques conséquences démographiques : la population bulgare décroît comme nulle part ailleurs sur le globe. Pour les habitants comme pour les tortues ou les ours de Kresna, le devenir de la route des gorges représente bien plus qu’un projet d’infrastructure.

Le reportage original ici.

Albanie : l’exode du personnel de santé

Place Mère Térèsa à Tirana @ LS
Place Mère Térèsa à Tirana @ LS

RFI – Accents d’Europe – 10.05.2019 – 1’45 min – Audio

En Albanie, il y a à peine plus d’un médecin pour mille habitants et le phénomène s’amplifie : beaucoup de professionnels de santé cherchent à partir à l’étranger.

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Le son original ici (à 12’20).

A Tirana : un « refuge » pour les LGBT

Une pensionnaire du refuge "Streha" à Tirana @ LS
Une pensionnaire du refuge « Streha » à Tirana @ LS

RFI – Accents d’Europe – 09.05.2019 – 6 min – Audio

En Albanie, un centre offre un toit et du soutien à la communauté LGBT. Sous la dictature d’Enver Hoxha, être gay était totalement tabou, et même en 1995, l’homosexualité était punie de dix ans de prison. Bien que la législation ait considérablement évolué, les personnes LGBT restent soumises à d’importantes discriminations et sont parfois rejetées par leur famille. A Tirana, le centre Streha offre un toit et un soutien psychologique à des jeunes personnes qui ont souffert de violences physiques ou morales.

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Le reportage original ici (à 10’55).

Sauver les derniers lynx des Balkans

Les forêts de Munella abritent les derniers lynx des Balkans @ LS
Les forêts de Munella abritent les derniers lynx des Balkans @ LS

RFI – C’est pas du Vent – 09.05.2019 – 9 min – Audio

Le lynx des Balkans est l’un des mammifères les plus menacés du continent, en danger d’extinction selon l’IUCN. Il ne resterait qu’une quarantaine d’individus dans les forêts difficiles d’accès d’Albanie, Macédoine et Kosovo. Pourtant des signes positifs émergent pour le plus grand félin d’Europe :  plusieurs individus, dont des jeunes lynx, ont été observés, synonyme de reproduction, et un individu qui avait été capturé et a passé dix ans dans les cages d’un restaurant a été « libéré » et conduit au zoo de Tirana. L’association PPNEA est en première ligne pour protéger les dernières montagnes où il se reproduit. Entre les coupes de bois massives et la chasse, ces membres sensibilisent ds habitants particulièrement pauvres et isolés qui pourraient voir dans l’éco-tourisme des sources d’espoir d’amélioration de leur vie.  Le « tigre de la forêt » fait d’ailleurs partie de leur imaginaire, présent au quotidien dans les contes et légendes de ces montagnes.

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Le reportage original ici (à 23′).

Mémoire de la guerre du Kosovo en Albanie

Les habitants de Kukës ont accueilli des dizaines de milliers de réfugiés kosovars @ LS
Les habitants de Kukës ont accueilli des dizaines de milliers de réfugiés kosovars @ LS

RFI – Accents d’Europe – 26.04.2019 – 2’25 min – Audio

En Albanie, la guerre du Kosovo est ancrée dans la mémoire, notamment dans le nord-est du pays, la région frontalière. Alors qu’on commémore les 20 ans des bombardements de l’OTAN, les Albanais se souviennent que, malgré de grandes difficultés économiques, ils ont accueilli près d’un demi-million de leurs cousins kosovars. L’occasion de retrouvailles, après plus de cinquante ans de séparation pendant la guerre froide.

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Le reportage original ici (à 11’20).

Albanie : menaces sur la liberté de l’information

RFI – Accents d’Europe – 24.04.2019 – 2’10 min – Audio

L’ONG Reporters sans Frontières vient de publier son bilan annuel sur la liberté de la presse. Il n’est pas fameux sur le continent européen. La France, 32ème dans le classement, tout de même loin devant l’Albanie où les journalistes manifestaient récemment pour dénoncer les violences et les obstructions qu’ils rencontrent dans leur travail. Un travail qui risque d’être encore restreint par un projet de loi de la majorité socialiste sur les médias en ligne.

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Le son original ici (à 12’25).

Albanie : un clip touristique qui se rit des clichés

Capture d’écran du clip Be Taken by Albania

RFI – Accents d’Europe – 10.04.2019 – 3 min – Audio

L’Albanie se joue des clichés : une campagne publicitaire s’amuse des stéréotypes sur les activités criminelles et le trafic d’êtres humains qui sont souvent associés au pays pour promouvoir ses atouts touristiques. En 2008, dans le film Taken, l’acteur Liam Neeson jouait un père de famille face à un gang albanais qui avait enlevé sa fille. Alors, c’est à lui tout particulièrement que s’adresse ce film.

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Le son original ici (à 16′).

Un syndicat pour défendre les droits des téléopérateurs albanais

Solidariteti est le premier syndicat créé en Albanie depuis plus de 50 ans @ LS
Solidariteti est le premier syndicat créé en Albanie depuis plus de 50 ans @ LS

RFI – Accents d’Europe – 04.04.2019 – 5 min – Audio

En Albanie, les centres d’appel sont devenus d’importants employeurs. Entre 1 et 2 € de l’heure, les jeunes Albanais appellent en italien, anglais, français ou encore en allemand pour de grandes entreprises internationales. Le Français Teleperformance est l’un des principaux acteurs du marché. C’est dans cette entreprise qu’a récemment été créé le premier syndicat du genre. Une nouveauté pour un pays où les syndicats ne sont que les officines des principaux partis politiques.

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Le reportage original ici (à 11′).

Quelle réforme de la justice en Albanie ?

RFI – Accents d’Europe – 25.03.2019 – 1’30 min – Audio

En Albanie, la réforme de la justice fait partie des conditions d’entrée dans l’Union Européenne. Mais, cela prend du temps. Et les réformes pour lutter contre la corruption et le clientélisme au sein de tribunaux, peuvent aussi se transformer en règlement de compte politique.

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Le son original ici (à 5’15).