Aleksandar Vucic, l’Orbán de Serbie

Affiches appelant au boycott des élections législatives à Belgrade @ LS

Libération – 19.06.2020 – Aritcle

Autoritaire, hostile aux médias, nationaliste… Le Président est un allié naturel du Premier ministre hongrois. Dimanche, un plébiscite lui est promis lors d’élections législatives que plusieurs partis d’opposition appellent à boycotter.

Elles forment une haie d’honneur jusqu’à la capitale. Le long des routes qui mènent au centre de Belgrade, une seule et même affiche, omniprésente : celle du Parti progressiste serbe (SNS), et un chiffre, déjà gagnant, le 1. Alors qu’une partie de l’opposition boycotte ces législatives, le scrutin de dimanche semble surtout l’occasion de mesurer la popularité du maître du pays, Aleksandar Vucic, ancien Premier ministre et président depuis 2017. Un plébiscite que ne manquera pas d’observer son voisin, Viktor Orbán, Premier ministre hongrois.

Contrôle musclé des médias, opposition discréditée, personnalisation du pouvoir, nationalisme, etc. Les deux hommes forts tirent leur pays dans le même sens, avec peu d’égards pour les pratiques démocratiques. Neuf partis d’opposition, de gauche comme de droite, ont appelé les citoyens à ne pas voter dimanche. «21 listes participent aux élections, ce qui est une énorme majorité, réplique Suzana Vasiljevic, conseillère en communication auprès du président Vucic. Ceux qui boycottent ont un soutien d’environ 6 % de l’opinion serbe. C’est un signe clair qu’il n’y a pas de problème avec la démocratie en Serbie.» Dans la riche région agricole de Voïvodine, où vit une importante minorité hongroise, le SNS de Vucic peut compter sur la participation de ses alliés de l’Alliance des Hongrois de Voïvodine (SVM), pilotée par Budapest.

Corruption et crime organisé

Ce financement de partis en Europe du Sud-Est fait partie de la stratégie extérieure du Premier ministre hongrois. Chantre de «l’illibéralisme», Orbán peut ainsi compter sur le soutien des eurodéputés des droites dures ou extrêmes croates, slovènes ou bulgares. Et depuis quelques années, il poursuit une politique de réconciliation avec la Serbie, ancien adversaire militaire lors des deux conflits mondiaux du XXe siècle. Vucic et Orbán affichent régulièrement leur nouvelle amitié. «Les deux pays partagent une position semi-périphérique dans l’ordre politico-économique mondial. Ils sont dans une position de profonde dépendance, explique András Juhász, coéditeur du média en ligne serbe Masina. Cette similitude en influence d’autres, comme la façon dont les coalitions au pouvoir gouvernent, le type de politiques suivies, le type d’investissement priorisé, etc.»

Entre le héraut d’une Europe chrétienne antimigrants et l’ancien ministre de l’Information de Slobodan Milosevic, les intérêts politiques sont bien compris. «L’ami Viktor» est en effet le principal avocat de l’intégration à l’Union européenne de la Serbie, officiellement candidate depuis 2012. Orbán aimerait compter sur son voisin et ses 7 millions d’habitants, pour peser de son poids conservateur sur la scène continentale. Si la Serbie est plus avancée que ses voisins sur la voie d’une intégration encore lointaine, les rapports de la Commission européenne pointent invariablement l’absence de progrès dans la lutte contre la corruption et le crime organisé.

«Difficile d’être autocrate»

A Belgrade, les condamnations de criminels notoires ou de responsables corrompus restent rares. Une impunité qui n’indignera pas Viktor Orbán, dont le gendre a été visé par une enquête de l’Office européen antifraude (Olaf). Beaucoup dénoncent des pratiques et une dérive autoritaire similaires de la part du pouvoir serbe. «Dans un pays avec autant de partis politiques, de mouvements, de médias, il est très difficile d’être autocrate, moque Suzana Vasiljevic, conseillère du président Vucic. L’an dernier, la Serbie a attiré le plus grand nombre d’investissements directs étrangers. Les plus grandes entreprises européennes et américaines investissent rarement dans un pays où la corruption augmente.»

Des investissements qui gonflent le chiffre de la croissance économique, mais ne bénéficient pas au quart de la population qui vit toujours autour du seuil de pauvreté, selon l’Institut de statistique de Serbie.

Des journalistes indépendants évoquent un climat ouvertement hostile, peu propice pour enquêter sur ces investissements. Comme la Hongrie d’Orbán, la Serbie de Vucic s’est effondrée dans le classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse, passant de la 54e à la 93e place entre 2015 et 2020.

«Aujourd’hui, il est plus difficile d’enquêter sur les transactions louches de personnalités politiques, car elles ont fermé l’accès ou effrayé la plupart des sources d’information, déplore Milica Saric, directrice du Centre pour le journalisme d’investigation en Serbie. Et comme la plupart des grands médias soutiennent le parti au pouvoir, nous sommes peu entendus et peu crus.» Une situation qui a peu de chances d’évoluer après le scrutin de dimanche.

L’article original sur Libération.

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