Controversé, Edi Rama en route vers un quatrième mandat

« L’Albanie, 2030 dans l’UE, seulement avec EDI et le PS », affiche électorale @ LS.jpg

Le Soir – 10.05.2025 – Article

Apprécié des dirigeants européens pour son positionnement géostratégique, Edi Rama reste vertement critiqué pour son autoritarisme et ses liens supposés avec la criminalité organisée.

Un Premier ministre au pouvoir depuis douze ans et son prédécesseur comme principal adversaire… les législatives de dimanche affichent un faux air de déjà-vu pour les 3,7 millions d’électeurs albanais. Le résultat ne devrait pas non plus les surprendre : donnés largement en tête d’un scrutin qui favorise le bipartisme, Edi Rama, 60 ans, et son Parti socialiste devraient facilement remporter une nouvelle majorité des 140 députés ainsi qu’un quatrième mandat consécutif.

Casquette sur la tête et pull siglés d’une étoile européenne, l’homme fort du pays a fait campagne avec la promesse d’une adhésion prochaine et le slogan « Albanie 2030 dans l’UE ». La perspective fait consensus dans une société qui rêve du passeport européen depuis la fin de la dictature stalinienne en 1991. Et l’objectif est atteignable, selon le Premier ministre Rama. Cet artiste et ancien basketteur a su tirer parti des nouvelles rivalités Est-Ouest pour renforcer la stature de son pays. Dans des Balkans toujours perçus au prisme des tensions nationalistes, il se pose en stabilisateur et a adopté les positions géostratégiques de l’UE.

De Macron à Von der Leyen en passant par Meloni, les dirigeants européens affichent volontiers leur sympathie pour « Edi », et l’Albanie est désormais régulièrement louée pour ses choix diplomatiques ainsi que pour ses avancées sur le chemin de l’intégration. « Le troisième mandat de Rama a marqué plusieurs étapes géopolitiques », note ainsi le politologue Ilir Kalemaj. « Une présidence de l’OSCE et une place de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pendant deux ans. Le plus important étant l’ouverture des négociations avec l’UE [en décembre dernier], mais aussi l’augmentation du nombre de touristes. »

Adulé, craint ou détesté

A l’ère de Trump II, Edi Rama semble avoir déjà adopté la diplomatie transactionnelle pour consolider son pouvoir. Après avoir permis à la présidente du Conseil italien de construire des centres d’accueil pour migrants sur le sol albanais (un projet jusqu’ici mis en échec par les juges italiens), son gouvernement a ainsi récemment accordé au gendre de Donald Trump le statut d’investisseur stratégique pour développer un luxueux complexe hôtelier sur l’unique île du pays. Promesse de la campagne socialiste de 2021, l’Albanie est bel et bien devenue un « champion du tourisme », puisque les autorités ont comptabilisé près de douze millions de visiteurs en 2024, et le secteur en pleine expansion pèse désormais près de 20 % du PIB.

Adulé, craint ou détesté en Albanie, Rama reste le principal acteur d’une démocratie fragile, mais ce proche d’Erdogan est aussi vertement critiqué pour son autoritarisme, et ses liens supposés avec les trafiquants locaux, devenus des acteurs majeurs du trafic international de cocaïne. Ses trois premiers mandats ont été jalonnés par des scandales de corruption impliquant ses ministres. Depuis le 10 février dernier, c’est son dauphin Erjon Veliaj, le maire de la capitale, qui est en prison, accusé de corruption et de blanchiment d’argent. Du côté de l’opposition conservatrice, dont le chef principal, Sali Berisha, 80 ans, a lui-même été assigné un an à résidence pour des faits de corruption remontant à 2008, on accuse le Premier ministre d’avoir transformé le pays en « narco-Etat ».

« Lors de ce dernier mandat, le degré de corruption s’est aggravé, et nous avons observé de fortes liaisons avec les acteurs criminels qui ont tenté d’imposer des candidats sur les listes du PS », analyse Ilir Kalemaj. « Dans le même temps, les politiques menées ne sont favorables ni aux employés ni aux entrepreneurs, et les salaires minimums et moyens ainsi que les retraites restent les plus bas des Balkans occidentaux. Les talents s’en vont, et l’émigration des jeunes vers l’UE ou le Royaume-Uni reste massive. »

Malgré une certaine hausse du niveau de vie, l’insécurité économique et la corruption frappent durement les 2,4 millions d’Albanais. Rien qu’en 2022 et 2023, 100.000 personnes ont quitté le pays selon Eurostat, et plus de la moitié de la population vit aujourd’hui à l’étranger.

L’article sur le site du Soir.

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