Malgré une mobilisation historique à Belgrade, Vucic s’accroche au pouvoir

La vitrine vandalisée d’un bureau du SNS à Belgrade @ LS

Libération – 16.03.2025 – Article

Après des mois de contestation contre la corruption, une marée humaine a défilé dans les rues de la capitale serbe, samedi 15 mars. Sans réponse concrète du gouvernement, le pays risque de s’enfoncer un peu plus dans l’impasse politique.

La plus importante manifestation de l’histoire de la Serbie et… rien ne change ? Au lendemain de la démonstration de force des opposants au régime autoritaire et corrompu du Président Vucic, la société serbe semble plongée dans l’inconnu. Selon le décompte de l’organisation indépendante Archive des rassemblements publics, autour de 300 000 personnes, venues de tout le pays, ont déferlé sur Belgrade à l’appel des organisations étudiantes. Elles ont surmonté les obstacles routiers et l’interruption des lignes de bus et de train imposés en dernière minute par des autorités qui criaient à l’imminence d’un coup d’Etat.

L’ampleur de cette mobilisation pacifique – du jamais-vu dans la Serbie moderne – a été reconnue par Aleksandar Vucic en personne qui a tout de suite exclu de quitter le pouvoir. Lors d’une allocution télévisée samedi 15 mars, le soir de la manifestation géante, il a cependant troqué son ton martial et ses menaces de répression pour un discours plus avenant, se disant à nouveau ouvert au dialogue. Mais, brandi à chaque crise dans les médias qu’il contrôle, ce «dialogue» est rejeté en bloc par les étudiants, fers de lance de la mobilisation.

Depuis le début de la contestation, ils ne bougent pas d’un iota sur leurs revendications concrètes qu’ils adressent non pas à la présidence mais aux institutions compétentes (justice, transport, enseignement supérieur…). Cette tactique a permis de dévoiler au plus grand monde l’ampleur de la corruption et du népotisme depuis l’arrivée au pouvoir du SNS, le parti de Vucic en 2012.

Pro-UE et pro-Russes côte à côte

La lutte des étudiants pour la justice et l’Etat de droit est allée si loin qu’elle dépasse aujourd’hui largement le cadre des revendications initiales. Seul le départ du régime en place pourrait désormais faire figure de victoire. Il manque cependant au mouvement une articulation politique. Rejetant toute forme de personnalisation, les étudiants décident en effet de chaque étape de la mobilisation au sein de «plenums», des AG fermées à la presse, où l’horizontalité et la décision démocratique priment.

Peu populaires, les partis d’opposition soutiennent tous le mouvement étudiant mais pâtissent d’anciens scandales de corruption, que le régime n’a cessé d’instrumentaliser ces treize dernières années. A l’image des foules qui défilent dans les rues, ils sont aussi politiquement très divers : allant de la gauche écologiste pro-européenne à des partis ultranationalistes admirateurs de Poutine. Dans une société qui balance depuis longtemps entre aspirations occidentales et sympathies prorusses, les étudiants tentent d’ailleurs de préserver l’unité de ce mouvement pour la justice en jouant sur la fibre patriotique à grand renfort de drapeaux serbes.

La proposition d’élections anticipées proposée par le Président est, elle aussi, rejetée par les étudiants et l’opposition. Avec sa mainmise sur une administration pléthorique et le processus électoral, le parti au pouvoir est accusé de fraudes massives à chaque scrutin. Seule la formation d’un gouvernement apolitique afin de refonder les bases d’un système démocratique pourrait contenter les opposants. Mais le maître de Belgrade s’accroche pour l’instant à son fauteuil et il compte sur le soutien de ses alliés illibéraux à Budapest, à Moscou, et désormais à Washington pour le conserver. Les étudiants sont, quant à eux, déterminés à poursuivre leur combat.

L’article sur le site de Libération.

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