
Libération – 27.05.2024 – Article
Fort des résultats obtenus à la tête de sa mairie, cet écologiste à la fibre sociale veut porter la voix de la Slovénie verte à Bruxelles. Et tenter d’y faire valoir ses recettes : décentralisation, transparence, priorité donnée à la lutte contre le changement climatique.
Comment brandir le drapeau de l’écologie politique dans un pays qui se considère souvent comme l’un des plus verts de la planète ? Les succès de la Slovénie en matière de développement durable, avec ses transports publics bas carbone, sa gestion des déchets vertueuse et ses immenses forêts remplies d’ours ne suffisent pas à Vladimir Prebilic, 50 ans. Le candidat des verts aux européennes tient à secouer la fameuse «conscience environnementale slovène». «C’est le plus difficile : les gens se disent que nous faisons déjà un super boulot et qu’il n’y a pas besoin de changer. Mais les inondations ont montré que nous n’étions pas préparés aux effets du changement climatique !»
Début août, des crues torrentielles ont dévasté le petit pays alpin. Elles ont fait six morts et causé près de 10 milliards d’euros de dégâts : la plus grosse catastrophe naturelle de l’histoire de la Slovénie et ses 2 millions d’habitants. «Ça a été un déclencheur. Nous, Slovènes, nous sommes dit que nous ne faisions peut-être pas les choses comme il faudrait. Et, pour moi, c’était un bon point de départ pour toucher les gens.»
Avec ses 10 % obtenus comme candidat indépendant à la présidentielle de 2022, Vladimir Prebilic aurait sans doute pu récupérer un portefeuille dans l’actuel gouvernement dirigé par Robert Golob, un autoproclamé écologiste libéral. Mais le quadra aux costumes décontractés a quelques soucis avec ce concept politique. «“Libéralisme vert”, c’est un paradoxe en soi. L’approche libérale de la transition verte va creuser le fossé entre ceux qui possèdent et ceux qui n’ont rien. Pour nous, la transition doit au contraire combler ce fossé.» La coalition de centre gauche au pouvoir ne trouve pas vraiment grâce aux yeux de cet ancien des Sociaux-démocrates, qui en a claqué la porte il y a quinze ans. «Manque de transparence», «corruption», «beaucoup de discours, pas de résultats concrets», balaye-t-il.
Réussites municipales et ambitions européennes
Des résultats, le chantre de la décentralisation en a obtenu dans son fief de Kocevje, 15 000 habitants. Depuis son élection à la mairie il y a quatorze ans, Vladimir Prebilic a transformé cette ville oubliée du sud du pays en une municipalité prospère. Ses forêts préservées ont été mises en valeur et un tourisme vert florissant stimule l’économie locale. «Le taux de chômage était à 20 %, il est quasiment à zéro aujourd’hui ; le budget de la ville est trois fois plus élevé… La recette du succès, cela a été d’abord d’évacuer les idéologies et les logiques de camps de la municipalité pour rassembler les compétences. Ensuite, de miser sur la transparence, avec d’innombrables rencontres avec les habitants pour leur expliquer nos projets.» Une politique récompensée par de nombreux prix, trois réélections, et qui réussit, pour l’instant, l’exploit de contenter les chasseurs comme les défenseurs de la nature.
Bien parti pour remporter l’un des neuf sièges dévolus à la Slovénie, l’édile a hâte de faire son entrée dans l’arène de Bruxelles. Les débats s’annoncent déjà animés avec ses camarades des Verts allemands, revenus de leurs positions pacifistes. «Je suis tellement choqué quand je les entends dire “armons-nous”, se désole celui qui est aussi professeur associé sur les questions de défense à l’université de Ljubljana. L’un des effets de la militarisation de l’Europe, ce sera moins de budget alloué à la lutte contre le changement climatique, ce qui amènera plus de problèmes. Et cela ne fera qu’augmenter les risques de conflits.»
L’article sur le site de Libération.