
Le Soir – 07.05.2024 – Article
Le parti de droite nationaliste devrait revenir au pouvoir en Macédoine du Nord. Depuis plus de 20 ans, ce pays enclavé des Balkans attend à la porte de l’Union européenne. Si l’UE ne la fait plus rêver, la jeunesse macédonienne garde toujours espoir dans une adhésion future.
Dans le centre de Skopje, le drapeau avec le soleil macédonien et celui aux étoiles de l’Union européenne s’affichent ensemble sur la maison de l’Europe. Le slogan « l’UE pour toi » intrigue Emilija sans trop la convaincre. « Dans l’ensemble, je pense que j’ai plutôt une image positive de l’UE », réfléchit cette étudiante en médecine, venue se renseigner pour la suite de ses études. « Une adhésion ouvrirait beaucoup d’opportunités. Ce serait par exemple plus facile pour aller étudier ailleurs sur le continent. »
Pays enclavé de 2 millions d’habitants, la Macédoine du Nord a déposé sa candidature à l’UE il y a maintenant plus de vingt ans. Les années passent, mais la jeunesse de Skopje continue de croire aux vertus de l’intégration. Dans un pays où le salaire moyen tourne autour de 640 euros, beaucoup espèrent que l’adhésion aura un impact sur l’économie locale. « Ça permettrait surtout d’élever notre niveau de vie », veut croire Agon, un jeune informaticien. « Si on arrive à remplir les conditions posées pour intégrer l’UE, ça va élever nos standards : les salaires, mais aussi les conditions de travail… »
En 2020, la Macédoine du Nord a finalisé son adhésion à l’Otan, mais son processus d’intégration à l’UE s’est transformé en un parcours d’obstacles marqué par les querelles historiques avec ses voisins balkaniques. En 2018, ce bon élève des réformes exigées par Bruxelles avait ainsi accepté de changer officiellement son nom (en ajoutant « du nord », NDLR) afin de mettre fin à la dispute qui l’opposait à la Grèce autour de l’héritage de la Macédoine antique. Mais les promesses d’adhésion ne se sont pas concrétisées. Après un veto d’Emmanuel Macron fin 2019, « une lourde erreur historique » selon Jean-Claude Juncker alors président de la Commission européenne, c’est la Bulgarie qui veut aujourd’hui imposer un changement constitutionnel pour garantir les droits de la minorité bulgare.
« L’identité même des gens »
Ces controverses et les promesses non tenues des diplomates européens ont terni l’image de l’UE. « On a changé le nom de notre pays, alors que c’est l’identité même des gens, et rien ne s’est passé… », lâche, désabusé, Dimitri qui étudie à l’Université européenne. « Les gens se sentent trahis, on a le sentiment que les Grecs et les Bulgares ont été malhonnêtes à propos de notre future adhésion… »
Ce ressentiment envers l’Europe monte dans la société, mais il reste minoritaire. Pour beaucoup de Macédoniens, et notamment les jeunes, l’UE reste synonyme d’État de droit et de lutte contre le fonctionnement clientéliste qui gangrène la fonction publique. « Il ne suffit pas de changer le nom du pays. Si on veut vraiment devenir européen, il faut d’abord qu’on change nous-mêmes », assure Berkaj, 22 ans. « Notre mentalité n’est pas encore européenne : ici, si vous connaissez quelqu’un en politique, les lois ne vous concernent pas… »
L’adhésion à l’UE, l’un des sujets principaux des élections
Annoncé gagnant de la double élection du 8 mai, législative et présidentielle, le parti de droite nationaliste VMRO-DPMNE surfe sur les frustrations liées au processus d’intégration. Son retour au pouvoir devrait marquer une détérioration des relations avec Athènes et surtout Sofia. Mais les conservateurs adoptent aujourd’hui un positionnement proeuropéen, à l’image de la société macédonienne. « Quinze ans après avoir obtenu le statut de candidat, nous avons ouvert les négociations d’adhésion, mais nous n’avons toujours pas entamé le moindre chapitre à cause des disputes bilatérales », explique Simonida Kacarska, directrice de l’Institut de politique européenne à Skopje. « C’est en fait un miracle que nous ayons réussi à maintenir un soutien de 65 à 70 % en faveur de l’adhésion. En ce sens, je dirais que nous sommes une société très pro-européenne. »
Comme presque à chaque élection depuis son indépendance en 1991, l’Europe a été l’un des principaux sujets de la campagne. Mais ce scrutin 2024 ne passionne pas la jeunesse. Plutôt que d’attendre une intégration toujours lointaine, les jeunes Macédoniens préfèrent émigrer au sein de l’UE. Entre 2012 et 2022, le pays a ainsi perdu 11 % de sa population, selon Eurostat.
Le reportage sur le site du Soir.