
nocturne et sa population accueillante @ LS
Tribune de Genève – 27.11.2023 – Article
La capitale nord-macédonienne remporte la palme des villes les moins chères pour les jeunes européens, en quête de soleil et de prix abordables.
Autour de l’imposante statue d’Alexandre le Grand qui domine la place centrale ou dans des rues passantes un peu plus éloignées, on entend de plus en plus l’anglais à Skopje. Et pas seulement parmi les groupes de touristes. Certains cafés à la mode servent aujourd’hui de bureaux à de nouveaux venus… qui ont toujours leurs ordinateurs dans leur sac à dos.
«J’avais besoin de rester dans un endroit pas cher», raconte Jens, un néerlandais de 28 ans qui vient de s’installer dans la capitale macédonienne. «J’ai consulté un site dédié aux nomades numériques qui compare les prix des villes, et Skopje était bien classée pour économiser de l’argent. Et le même jour, il y avait un vol pas cher, donc c’est un peu par hasard que j’ai atterri ici.»
Après les confinements liés à la pandémie de Covid 19, l’entreprise de jeux en ligne de Jens a généralisé le télétravail. Depuis, le jeune hollandais déménage régulièrement, à la recherche d’une bonne connexion Wi-Fi et de mini prix. Direction Skopje pour cet automne 2023. Le très populaire magazine anglais Time Out a placé la capitale macédonienne en tête des villes les moins chères pour les nomades numériques.
«Aux Pays-Bas, la plupart de mes revenus seraient dépensés dans les factures, le loyer…», confirme Jens. «Je ne pourrais pas économiser grand-chose, alors qu’ici, je peux facilement mettre mille euros de côté. Ça fait une grande différence.» Le jeune homme s’amuse presque des quelques euros seulement que lui reviennent un taxi ou un bon repas dans une kafana, un restaurant traditionnel.
Au coeur des Balkans
Moins réputées que l’Espagne ou la Thaïlande, les capitales du sud-est de l’Europe se font petit à petit leur place sur la «to-do list» de ces nomades des temps modernes. Originaires pour la plupart de pays d’Europe de l’Ouest ou des États-Unis, ils seraient aujourd’hui plusieurs milliers à Sofia, Sarajevo ou Skopje. Développeurs, entrepreneurs ou webdesigners, tous profitent des trois mois où ils peuvent rester sans visa, avant de se «relocaliser».
Une bière locale devant lui, Maciek apprécie le soleil macédonien. «Avant d’arriver en Macédoine du Nord, je ne connaissais que le nom de la capitale», sourit cet informaticien polonais d’une quarantaine d’années. «C’est vraiment un pays agréable à vivre, les gens sont sympas, et il y a de belles choses à visiter. J’ai découvert la ville d’Ohrid (inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco) dont je n’avais jamais entendu parler, c’est magnifique.»
Au-delà de ses petits prix et de son patrimoine culturel, Skopje a d’autres atouts à faire valoir dans la compétition informelle qui l’oppose à ses voisines des Balkans. La vie nocturne est attrayante, et la jeunesse macédonienne, très accueillante, est parfaitement anglophone. La capitale de 500 000 habitants est aussi bien située au cœur des Balkans: son aéroport est relié à plus d’une quarantaine de destinations, essentiellement par des compagnies à bas coût. Alors que la presse locale évoque quelques centaines de nomades numériques résidant dans la capitale, de nouveaux espaces de «coworking» ouvrent régulièrement.
«Il y a un vrai boom des arrivées de ces nomades numériques», affirme Dian, une Skopiote de 43 ans, qui organise des soirées pour les expatriés. «Ils découvrent les Balkans. Parce que, avant, notre région était toujours associée aux guerres qu’on a connues… Le digital nomadisme est devenu très populaire après la pandémie de Covid 19. Ils se sont aperçus que les Balkans étaient vraiment un super endroit pour vivre, voyager et profiter. Et surtout bien plus abordable que les pays du nord de l’Europe où ils allaient avant.»
Différence de salaires
Le gouvernement macédonien a annoncé vouloir suivre l’exemple de l’Albanie et de la Croatie et instaurer un visa dédié aux nomades numériques afin de leur permettre de rester plus longtemps. Mais dans un pays où le salaire moyen dépasse à peine les 500 francs, l’arrivée de ces travailleurs fortunés est parfois mal perçue. «Certains trouvent qu’un loyer à CHF 600, ce n’est rien, alors que c’est ce que je gagne par mois!», se désole Diane.
Si les prix du marché de l’immobilier explosent à Belgrade, Tirana ou Zagreb, la hausse reste limitée à Skopje. Une aubaine pour les nomades numériques, mais qui s’explique par une triste réalité socio-économique. Selon les résultats du dernier recensement, la Macédoine du Nord a perdu 10% de sa population en vingt ans.
«Les prix augmentent peu car beaucoup de macédoniens sont partis travailler dans les pays occidentaux», analyse le sociologue Zdravko Saveski. «Et en même temps, on continue de construire de nouveaux logements. Résultat, la demande en logement est faible. Mais pour nous, le prix à payer pour bénéficier de logements abordables est lourd, car les Macédoniens qui émigrent ne contribuent pas au progrès économique du pays.» Pas sûr que la contribution toute relative des nomades numériques à l’économie locale ne permette d’inverser la tendance.
Le reportage sur le site de la Tribune de Genève.